Zone Interdite s'attaque au chômage longue durée

Le chômage sans fin ne devrait pas être une fatalité, car il est possible d’en finir avec ce fléau. L’association “Territoires Zéro chômeur longue durée”, que préside Laurent Grandguillaume, en est convaincue. C’est d’ailleurs grâce à cet ex-député socialiste qu’une loi a été votée à l’unanimité à l’Assemblée nationale et au Sénat, en 2016, pour déployer ce programme de retour à l’emploi pour ceux qui en sont le plus éloignés. Et ils sont près de 2,6 millions à chercher depuis plus d’un an alors que l’ancienneté moyenne des inscrits à Pôle emploi atteint désormais 600 jours !

Désormais étendu à une cinquantaine de territoires, le dispositif “Territoires Zéro chômeur” est intégré au plan Pauvreté du gouvernement. C’est justement dans l’une des antennes de l’association, à Mauléon, dans les Deux-Sèvres, que Marie-Monique Robin a décidé d’installer ses caméras pendant trois ans. La documentariste, prix Albert Londres en 1995 avec le reportage Voleurs d’yeux, montre à quel point l’accès au travail marque aussi un retour à la vie pour des personnes en grande précarité. Cette chronique sociale pleine d’humanité relate par petites touches – un sourire, un regard, une attitude- cette renaissance d’hommes et de femmes en marge qui retrouvent toute leur place dans la société.

Utiliser les aides sociales pour créer des emplois stables

Le principe de l’association “Territoires Zéro chômeur longue durée” est simple : entre l’argent des allocations, de la formation, et le manque à gagner fiscal, un chômeur coûte en moyenne 17.500 euros par an à la collectivité. Pourquoi ne pas utiliser cette somme pour créer des entreprises, certes subventionnées, qui emploient des salariés en CDI ? “Le coût en France du chômage de longue durée s’établit à 43 milliards d’euros par an”, rappelait récemment dans Challenges Laurent Grandguillaume.

A Mauléon, donc, dans un local désaffecté mis à disposition par la mairie, un petit groupe se constitue et grossit au fil des mois. Il y a Pierrick, qui a perdu sa femme dans un terrible accident et élève seul ses deux filles. Ou encore Pauline, une coiffeuse victime d’une maladie professionnelle. Peu à peu, ils reprennent confiance et développent l’entreprise de service. Elle comptait 68 CDI en 2018. “Sur les 22.000 euros par an que coûtent ces emplois, l’Etat couvre 18.000 euros, explique Patrick Valentin, vice-président de l’association. La différence provient de l’activité des salariés.”

“Je me lève le matin et je sais pourquoi : je suis utile, j’ai un but”

Dans ces entreprises à but d’emploi (EBE), on  accueille d’abord les chômeurs de longue durée, chacun avec ses compétences, avant de parler travail. Puis, peu à peu, des missions sont identifiées dans des secteurs délaissés par le secteur marchand, comme la création d’un dépôt de pain dans un village voisin qui n’a plus ni café, ni boulangerie ou le recyclage de chutes de tissu. Et tous retrouvent une place dans l’espace social. “Je me lève le matin et je sais pourquoi, explique l’un des rescapés de ce désastre qu’est le chômage longue durée. Je suis utile, j’ai un but.” On voudrait qu’ils soient des centaines de milliers, un jour, à pouvoir prononcer ces mots grâce à cette association.

Notre avis – La documentariste Marie-Monique Robin nous a habitués à des reportages sombres tels La Vie selon Monsanto, L’école du soupçon ou Voleurs d’Yeux. Dans cette chronique, diffusée par M6 dimanche 17 mars à 21 heures, dans l’émission Zone Interdite, elle porte un regard plutôt optimiste et bienveillant sur ce projet de réinsertion des chômeurs longue durée. L’occasion de mettre des noms et des visages sur ces “invisibles” qui ont rarement droit au prime time à la télévision.