Sandrine Kiberlain mère et actrice à plein-temps

Ce n’est pas parce qu’elle est en tenue décontractée (corsage en lin, jean délavé), mais il y a quelque chose qui fait qu’on se sent toujours à l’aise en présence de Sandrine Kiberlain.
Avant d’être l’épouse de Daniel Auteuil dans Amoureux de ma femme qu’il a réalisé et qui sort fin avril, celle qui nous a tellement émus dans Pupilles interprète une mère désespérée par le prochain départ de sa petite dernière pour le Canada dans Mon bébé, sorti mercredi.
Ce rôle est un copier-coller de la vie de la réalisatrice Lisa Azuelos (Lol, Dalida). D’ailleurs, la jeune adulte est interprétée par la propre fille de la cinéaste, Thaïs Alessandrin. Le scénario de Mon bébé est également loin d’être étranger à Sandrine Kiberlain qui, à la même époque, a vu la fille qu’elle a eue avec Vincent Lindon, Suzanne, passer son bac et se tourner vers sa vie d’adulte.
Qu’est-ce qui vous a le plus séduite dans le rôle d’Héloïse ? « Quand j’ai reçu le scénario, je me suis dit que j’avais beaucoup de chance de recevoir une histoire que j’étais en train de vivre. Ma fille passait le bac, je lui faisais réciter l’histoire jusqu’à 2 h du matin dans ma chambre, je m’endormais sur la feuille. Elle a eu le bac avec mention très bien. Ce film m’a permis sans doute d’adoucir ce passage qui est quand même une sacrée étape après les autres : la naissance, l’entrée à l’école, la première histoire d’amour. J’ai mis beaucoup de moi dans ce personnage : il y a mon corps, ma voix, mon rythme. J’ai aussi proposé son allure : très libre dans sa façon de se tenir, de vivre, de s’habiller. Elle est drôle malgré elle, sans filtre, elle pleure devant ses enfants, elle parle avec eux… »
Comment construit-on la mère qu’on devient ? « On ne sait absolument pas quelle mère on sera avant de l’être. Je ne me serais jamais imaginé être la mère que je suis devenue. De plus, pour moi, les circonstances étaient un peu compliquées et j’ai tout de suite considéré ma fille comme une personne, je lui ai dit immédiatement : on va faire connaissance. Au fur et à mesure, je me suis construite mère sans regarder ces livres où on trouve des modèles de mères parfaites. On fait toutes des erreurs : autant faire ce qu’on sent. J’ai senti, au jour le jour, la relation avec ma fille se construire. Et je ne sais pas encore la mère que je serai quand Suzanne aura trente ans. »
“ Il m’est arrivé de refuser des rôles pour avoir du temps avec ma fille ” Quand on est comédienne on a le temps de s’occuper de son enfant ? « On le prend. Il m’est arrivé de refuser des rôles pour avoir du temps avec ma fille. Mais ça ne m’a pas empêchée de faire énormément de choses et de construire un chemin où j’ai pu varier les plaisirs, donner envie à des metteurs en scène. Mais j’ai longtemps refusé de tourner loin de Paris. Je n’étais déjà plus avec son papa qui lui-même tournait pas mal. Et puis lui, il n’est pas du genre à se demander si ça vous emmerde ou pas qu’il tourne. Quand il a un tournage prévu, vous gérez les enfants ! »
Quand avez-vous un peu lâché prise ? « A partir du moment où elle m’a dit elle-même : « Maman part au Canada faire ce film ! » C’était Romaine par moins 30. Je crois qu’elle avait 10 ans. Si elle ne m’avait pas dit ça, je n’aurais pas fait le film. Avant ça, je m’arrangeais pour que ce soit à Paris ou autour de Paris. Quand il nous arrivait, avec son père, de faire des films ensemble, on bricolait le planning. Par exemple, ça va vous surprendre, mais sur Mademoiselle Chambon, je n’ai eu que quinze jours de tournage alors qu’on dirait que je suis de tous les plans. Par ailleurs, j’ai toujours gardé les vacances scolaires. Mon agent est morte de rire, elle me dit que je suis la seule à faire un truc pareil. Je n’ai aucune exigence sur un tournage, vraiment aucune. Il ne me faut pas du tout une loge spéciale, des trucs qui rendent fous certains acteurs. Mais je tiens aux vacances scolaires et je réserve aussi le mois d’août à ma fille. »
Cette Héloïse, vous vous sentez des affinités avec elle ? « Beaucoup. D’ailleurs, j’ai dit oui tout de suite. Je pressentais quelque chose, il y des scénarios qu’on lit et qu’on garde sous le bras en disant : « Ah ! C’est mon prochain rôle ». En préparant le film, je me sentais très proche du personnage. Souvent, ma fille me dit, en me voyant rentrer des tournages : « C’est marrant, t’es habillée comme le personnage ! » Quand je tournais Aimer, boire et chanter, elle me disait : « T’es habillée en Alain Resnais ! » J’avais une longue jupe, une tresse. A chaque fois, je suis un peu l’éponge de mon personnage, même si je sais très bien faire la différence entre le moment où je vis et celui où je tourne…. Sinon je ne serais plus en liberté. »
Qu’est-ce que vous n’avez pas en commun avec le personnage ? « Je me retrouve certes dans Lisa, donc Héloïse : les femmes que nous sommes, très indépendantes, très énergiques, limites boulimiques de la vie, mais Lisa a une façon d’être à l’aise avec les ados, presque plus qu’avec les adultes, que je n’ai pas. Je fais vraiment la limite. Ma fille et moi sommes très proches, mais je ne suis pas comme Lisa avec sa fille qui dort dans son lit. Moi, je n’ai jamais fumé avec ma fille… D’ailleurs, elle ne fume pas ! »