Nat King Cole, portrait d'un crooner engagé

1956. La ségrégation raciale sévit encore aux Etats-Unis, mais certaines personnalités afro-américaines parviennent toutefois à se hisser au rang d’icône : c’est le cas de Nat King Cole, pianiste jazz, chanteur et  interprète de nombreux succès populaires (Nature Boy, Unforgettable, (I Love You) For Sentimental Reasons).  

1956. Cette année-là, Nat King Cole est en tournée dans le Sud des Etats-unis. Il est aussi le premier homme afro-américain de l’histoire américaine à présenter une émission de télévision : The Nat King Cole Show, sur NBC. 

Premières années : le King donne le ton 

Né Nathaniel Adams Cole le 17 mars 1919 à Montgomery, Alabama, celui qu’on qualifiera bientôt de « King  »  est vite encouragé à prendre le chemin de la musique. Son père est révérend, sa mère dirige le choeur de l’église, et Nathaniel joue de l’orgue et du piano. A la maison, on admire Earl ‘Fatha’ Hines, Art Tatum, Jimmie Noone… Les pères fondateurs du jazz, les premiers musiciens afro-américains qui parviennent à conquérir un public ‘blanc’. 

Très vite, la famille Cole déménage à Chicago et c’est là, dans l’un des berceaux les plus actifs du swing et du rythm’n blues, que Nat forme son tout premier ensemble musical avec son frère, Eddie. Le premier est au piano, le second à la basse, et déjà le nom de Nat Cole fait le tour des différents clubs de la ville. 

En 1937, il forme The Nat King Cole Trio avec Oscar Moore à la guitare et Wesley Prince à la basse. Nat est toujours au piano et n’envisage pas encore une carrière de chanteur, quand bien même c’est lui qui prête sa voix aux premiers succès du groupe : Straighten Up and FlyRight (1943), (Get Your Kicks On) Route 66 (1946).

1946. Fort des premiers succès rencontrés avec la maison de disques Capital Records, le Nat King Cole Trio est invité à se produire à Las Vegas. La ségrégation raciale y sévit encore durement et Nat Cole n’a – entre autres exclusions – pas le droit de profiter du restaurant de l’Hôtel Sands, où il est pourtant venu se produire. Seule l’intervention du célébrissime et influent Frank Sinatra permet que la direction de l’établissement autorise un musicien afro-américain, Nat King Cole, à s’asseoir à la même table que ses amis. 

Undesirable / Unforgettable

Dans les années 1940, les succès s’enchaînent pour Nat King Cole et ses musiciens : (I Love You) For Sentimental Reasons, The Christmas Song, (Get Your Kicks On) Route 66, ou encore la chanson Nature Boy. Composée par Edhen Abhez, une sorte de pré-hippie farfelu et complètement inconnu, la chanson doit son succès à Nat King Cole qui en obtient la partition en 1947 et, séduit, décide de l’enregistrer. 

En 1948, Nat King Cole épouse Maria Hawkins Ellington, avec qui il s’installe à Hancock Park, prestigieux quartier de Los Angeles. L’arrivée d’un couple “noir” au sein d’une communauté ‘blanche’ perturbe le voisinage : Nat King Cole reçoit une lettre dans laquelle il lui est indiqué qu’aucun « indésirable » n’est souhaité dans le quartier. Ce à quoi le musicien répond que « S’il y en a dans la région, il le fera savoir. » 

Et pendant ce temps le succès perdure : en 1950, l’album Mona Lisa s’écoule à près de 3 millions d’exemplaires. L’année suivante Unforgettable marque un tournant dans sa carrière : Cole se produira désormais en solo, en Europe et aux Etats-Unis, avec ou sans orchestre. 

Nat crève l’écran 

Nat King Cole a bien conscience que sa popularité plaide en faveur de la cause des Afro-américains et du mouvement des droits civiques. Comme d’autres jazzmen, il pousse alors les portes d’Hollywood et tourne dans plusieurs films (Le Joyeux Prisonnier en 1956, Istanbul et Porte de Chine en 1957). 

On le voit aussi à la télévision, sur NBC. En 1956, Nat King Cole est le premier afro-américain à présenter une émission télévisée aux Etats-Unis. Mais le combat est loin d’être gagné : le pays est encore rongé par le racisme, et les grandes entreprises américaines craignent de perdre une partie de leur clientèle en soutenant un programme présenté par un “noir”. Après une soixantaine d’épisodes, The Nat King Cole Show est interrompu. « Madison Avenue a peur du noir » ( « Madison Avenue is afraid of the dark ») commente le jazzman, en référence aux grandes entreprises domiciliées dans cette célèbre artère new yorkaise. 

En 1956 toujours, Nat King Cole est de retour dans sa ville natale, Birmingham, en Alabama. Mais en plein concert, il est violemment agressé par plusieurs membres du White Citizen’s Council, une organisation raciste et suprématiste. Profondément heurté, Cole quitte Birmingham en promettant de ne jamais y revenir. Jusqu’à sa mort en 1965, il ne chantera d’ailleurs plus dans aucun Etat du Sud.  

Nat King Cole encourage chaque initiative prise en faveur des droits civiques, celles de Martin Luther King notamment. En 1961, il se produit aux côtés de Gene Kelly, Ella Fitzgerald et Harry Belafonte pour le gala d’investiture du président John Fitzgerald Kennedy. 

Ambassadeur (afro) américain 

Nat King Cole n’hésite pas à endosser la casquette de crooner, adaptant son répertoire jazz, interprétant des titres populaires et romantiques pour conquérir un public toujours plus large. 

Sa maison de disques Capitol l’encourage également à se tourner vers le public d’Amérique Latine. Nat King Cole enregistre ainsi trois disques en espagnol, et réalise des tournées à grand succès au Brésil, au Venezuela ou encore à Cuba, à la fin des années 1950. 

Nat King Cole n’a que 45 ans lorsqu’il s’éteint le 15 février 1965, des suites d’un cancer de la gorge. Le chanteur disparaît au sommet de sa carrière et, aujourd’hui encore, il compte parmi les références de la musique américaine. 

C’est même longtemps après sa mort, en 1990, que lui est décerné un Grammy Award, prestigieuse récompense venue honorer l’ensemble de sa carrière. 

Nat King Cole à Los Angeles, au début des années 1960.
Nat King Cole à Los Angeles, au début des années 1960., © Getty / Michael Ochs Archives