La question de la semaine : Gregg Popovich est-il le plus grand entraîneur de l'histoire de la NBA ?

NBA – Alors que San Antonio file tout droit vers une 22e participation consécutive aux playoffs, l’iconique entraîneur des Spurs a de nouveau joué un rôle crucial dans la réussite de la franchise texane. Toujours au top à 70 ans, Gregg Popovich continue d’écrire sa légende, digne des plus grands noms du coaching. Membre incontestable de ce gotha, “Pop” est-il en train de s’installer au sommet de la hiérarchie ?

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Gregg Popovich va disputer les playoffs pour la 22e fois d’affilée, un record

Marquée par des soucis professionnels (notamment autour de la gestion du cas Kawhi Leonard), mais aussi – et surtout – par un terrible drame personnel (décès de sa femme Erin), la première moitié de l’année 2018 fut particulièrement difficile à vivre pour Gregg Popovich. L’entraîneur aux cinq bagues de champion NBA (1999, 2003, 2005, 2007, 2014) a cependant trouvé la force de poursuivre sa formidable aventure avec les San Antonio Spurs.

Entamée en 1996, cette dernière fut jalonnée d’accomplissements retentissants, dont le plus impressionnant est peut-être la régularité dont a fait preuve la franchise texane depuis cette date. Hormis lors de sa toute première saison comme entraîneur principal, Popovich a en effet à chaque fois emmené les Spurs en playoffs. Depuis 1998, cela fait donc 21 saisons d’affilée que San Antonio participe à la post-saison, une incroyable série qui devrait selon toute vraisemblance se poursuivre cette année.

Les Spurs se sont réinventés

Sur une série de 7 victoires d’affilée, San Antonio affiche en effet un bilan largement positif (40 victoires, 29 défaites), occupe actuellement la 6e place à l’Ouest et a creusé un écart considérable avec le 9e, Sacramento, qui semble rédhibitoire à une douzaine de matches de la fin de la saison régulière. C’est désormais une quasi-certitude, les Spurs iront en playoffs, et ce n’était vraiment pas écrit il y a cinq mois, à l’issue d’un été agité.

Après avoir vu partir deux piliers de l’institution Spurs (Kawhi Leonard et Danny Green échangés contre DeMar DeRozan et Jakob Poeltl), Popovich avait en effet perdu un autre titulaire juste avant le début de la saison, avec la grave blessure du prometteur meneur Dejounte Murray, l’obligeant à faire une croix sur la saison. Des contretemps qui n’ont pas empêché le coach et ses assistants de trouver le bon équilibre au fil de la saison, tout en parvenant à réinventer le style Spurs. Réputé depuis des années pour la qualité de sa défense, San Antonio s’est bien davantage distingué en 2018/19 par son efficacité en attaque (6e équipe de NBA au rating offensif, 20e au rating défensif).

22 saisons de suite en playoffs, une anomalie en NBA

Au sein d’une conférence Ouest plus relevée que jamais (où, par exemple, les Los Angeles Lakers de LeBron James et les New Orleans Pelicans d’Anthony Davis ne verront pas la post-saison), les Spurs ont donc réussi à tirer leur épingle du jeu et vont égaler le record absolu de participations consécutives en playoffs (22), établi entre 1950 et 1971 par les Philadelphia 76ers (ex-Syracuse Nationals). Déjà hallucinante en soi, la performance prend encore plus de valeur en rappelant que le record initial a été établi aux débuts de la NBA, alors que la Ligue ne comptait qu’une dizaine d’équipes et que l’adversité était nécessairement moins forte. Notons également que sur cette période de 22 saisons, cinq coachs différents avaient dirigé la franchise en question…

Exceptionnelle, la constance sur le long terme des Spurs de Popovich constitue une anomalie dans le fonctionnement très cyclique de la NBA. Pour s’en convaincre, il suffit de constater que derrière celle de San Antonio, la seconde plus longue série en cours de participations consécutives à la post-saison fait bien pâle figure (les Golden State Warriors et les Houston Rockets vont disputer les playoffs pour la 7e année de suite). De la Draft au salary cap, tout est prévu en NBA pour limiter les hégémonies et permettre une redistribution fréquente des cartes. Depuis plus de 20 ans, Gregg Popovich se joue de ces obstacles avec une capacité d’adaptation qui force le respect.

“Pop”, bâtisseur de génie

Et il ne s’agit donc pas seulement de participer aux playoffs, puisque les Spurs ont glané cinq titres depuis la prise de pouvoir de “Pop”, seulement devancé au palmarès des coachs les plus souvent sacrés par Phil Jackson (11 titres) et Red Auerbach (9). Combinée à son palmarès, la longévité de Gregg Popovich lui permet d’ailleurs d’apparaître, de plus en plus, comme un concurrent crédible de ces deux monuments pour le titre de meilleur entraîneur de l’histoire de la NBA. Dans ce débat, le guide des Spurs souffre d’un important déficit en nombre de bagues, mais celui-ci peut-être nuancé par les choix de carrière de Phil Jackson (qui contrairement à Popovich n’est pas l’homme d’une seule franchise) et par la concurrence moins importante à l’époque de Red Auerbach (vainqueur avec les Boston Celtics de neuf titres sur dix possibles entre 1957 et 1966).

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Top 5 des coachs NBA les plus titrés (DR/Basketball Reference)

L’ère glorieuse des Spurs s’était construite autour du trio Tim Duncan – Tony Parker – Manu Ginobili, mais cette époque est depuis l’été dernier définitivement révolue. Amorcé depuis plusieurs années, l’un des grands tours de force de Popovich aura donc été de réussir ce que Jackson et Auerbach n’avaient jamais entrepris : gérer la fin d’une dynastie et amorcer un nouveau cycle, tout en restant compétitif. A 70 ans, l’indémodable “Pop” est récemment monté sur le podium des coachs ayant gagné le plus de matches en saison régulière (1237 à date) et figure également sur celui des coachs comptant le plus de victoires en playoffs (167). Il est le seul entraîneur dans ce cas, une raison de plus de le considérer comme l’un des meilleurs coachs de tous les temps. S’il manque encore sans doute un titre sans Duncan pour faire de lui l’indiscutable “GOAT” (et pas sûr qu’il y parvienne), Gregg Popovich est peut-être d’ores et déjà le plus brillant bâtisseur de l’histoire de la Ligue.