Gilets jaunes : «On continue car on n'entend pas notre colère»

Hier, début d’après-midi sur les allées Roosevelt, au cœur de Toulouse. Depuis plusieurs samedis, les Gilets jaunes se retrouvent ici. Il est plus de 14 heures et pas grand monde à l’horizon. Peut-être 200 personnes. Assis au soleil, des Gilets jaunes «de tous les rendez-vous depuis novembre», disent-ils, patientent, pas inquiets. «C’est toujours pareil. Au départ, nous sommes une grosse poignée mais ils arrivent après, quand le cortège est en marche», assurent ces habitués.

Une banderole est hissée sur la façade d’un restaurant. Pas à la gloire de Macron, ni du capitalisme… Applaudissements nourris. Beaucoup de téléphones portables «immortalisent» la scène. À l’écart, la police observe.

«Pourquoi continuer ? Parce que c’est nécessaire, parce que rien ne change. On n’entend pas notre colère», regrette un manifestant venu des confins de la Haute-Garonne et du Tarn. Ce discours revient comme un leitmotiv quand on discute avec les Gilets jaunes. L’impression de demeurer oubliés malgré les manifs qui se succèdent depuis quatre mois. Et ce n’est pas le grand débat et les mesures qui s’annoncent qui les rassurent. «Un nuage de fumée», affirme un participant qui revendique «de marcher aussi pour le climat».

Le climat, certains sont surtout venus pour ça hier après-midi. «Nous affrontons la même situation : l’inertie. Écologique d’un côté, sociale de l’autre» affirme un militant. Le cortège de cet acte XVIII, déjà, réunit comme à chaque fois Gilets jaunes «dans la dèche», des personnalités plus jeunes «anti-systeme» et quelques militants bien décidés à profiter d’une colère qui, à Toulouse, ne se calme pas.

Dans son tour de centre-ville plutôt bon enfant sous le soleil, le cortège a croisé le maire Jean-Luc Moudenc à La Daurade, certains lui ont lancé quelques quolibets. Arrivé boulevard Lascrosses, la foule avait en effet bien grossi. «Au moins 10 000 ou 15 000. La semaine dernière, nous étions 20 000 ! Les médias ont dit 3000, ces menteurs…», assure un homme.

Même en comptant double, impossible d’atteindre ces sommets. En réalité, difficile de passer les 4 000 personnes, peut-être moins. «C’est déjà beaucoup», se réjouit une femme, des fleurs dans les cheveux alors qu’un «clapping» est improvisé avant Arnaud-Bernard. Plus loin, deux jeunes étudiants l’assurent : «Ça va péter !»

En effet, du côté de Décathlon, les premiers gaz lacrymogènes tombent au milieu du cortège. «Une réponse à des jets de projectiles divers sur les collègues en protection rue Merly», assure un policier après coup. Dans la foule, ça râle, ça crie à la provocation, ça court… Et puis surtout ça crache, ça pleure. Rue de la Concorde, terrasse bondée au soleil, les consommateurs observent l’agitation, comme surpris. Samedi après samedi, toujours étonnant de constater que quand la foule des Gilets jaune progresse en colère d’un côté, la majorité silencieuse des Toulousains continue sa vie comme si de rien n’était. «Toute façon 10 000 ou 20 000, c’est pareil, rien ne change», s’agace un Gilet jaune qui s’écarte. «Je rentre mais je reviendrais ! Renoncer ? Jamais! Autrement, à quoi ça sert ?»