Européennes : Olivier Faure lance sa campagne derrière Raphaël Glucksmann

Le Premier secrétaire du PS a obtenu l’aval de son parti pour se ranger derrière Raphaël Glucksmann lors des élections européennes.

L’occasion était trop belle de réunir les nouveaux alliés et de s’offrir une première photo de famille. Il est 13 heures ce samedi 16 mars. Olivier Faure vient d’achever son discours de clôture du Conseil national du Parti socialiste. Avec ses proches, il prend le métro parisien. Direction la Place de l’opéra. 

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Il y retrouve Raphaël Glucksmann, leader de Place publique. Une bise et voici l’union concrétisée en vue des européennes, avec Pierre Larrouturou de Nouvelle Donne. Anne Hidalgo est également venue tenir avec eux leur première banderole de campagne : “Notre premier combat, l’écologie”. 

“Les différences nous enrichissent”

La veille, Raphaël Glucksmann s’est officiellement déclaré candidat. Olivier Faure a choisi de le soutenir, acceptant de lui céder la tête de liste et de renoncer à la constitution d’une liste purement socialiste. Une décision historique. Devant ses troupes, il se justifie. “Nous avons répondu à l’appel lancé hier par Raphaël Glucksmann. Il n’est pas socialiste. Il ne connaît pas l’histoire de tous nos congrès. Son expression peut parfois nous heurter, je n’en disconviens pas. Mais les différences nous enrichissent.” Juste avant, les socialistes présents ce samedi matin à la Maison de la chimie ont largement voté pour cette alliance de circonstance, avec 128 votes pour et 5 contre. 

Pour autant, ce vote massif ne masque pas les quelques doutes planant encore au sein du PS. 35 membres du conseil national ont choisi de ne pas prendre part au vote. Parmi eux : le député Luc Carvounas, qui s’en est expliqué devant ses petits camarades. “J’ai rappelé la ligne que je défends, la gauche arc-en-ciel que je porte depuis un an, commence-t-il. Le problème, c’est quelle alliance. Cap 21 a soutenu Macron lors de la présidentielle. Surtout, je regrette l’opacité des négociations. Nous avons appris l’existence d’un accord deux jours avant le Conseil national. Le sujet n’avait jamais été mis sur la table lors des trois derniers BN (bureau national).  

“Du jamais vu”

Pour Luc Carvounas, se ranger ainsi derrière Place publique, un mouvement né il y a quatre mois, ne fait que marquer un certain rétrécissement du PS et de son aura. “En un an, nous avons perdu Emmanuel Maurel, Marie-Noëlle Lienemann. Stéphane Le Foll vient de quitter le bureau national du parti. C’est du jamais vu ! s’inquiète-t-il. Avant de faire des alliances, il aurait fallu commencer par rassembler notre famille politique.” 

Il n’est pas le seul à avoir râlé. François Kalfon, conseiller régional d’Ile-de-France et membre du bureau national du PS, a fait de même. Il dénonce la “novlangue” employée en conseil national. “On parle de renaissance, de dépassement. Encore faut-il voir avec qui nous serons alliés au final. J’ajoute que les ‘combats communs’ que nous sommes censés porter avec ces partenaires n’ont été votés par personne”. L’ancien coordinateur du Parti socialiste Rachid Temal a de son côté choisi de voter contre, estimant que le PS, dans tous les cas, aurait dû diriger toute liste d’union.” Un vote qui n’a pas vraiment plus à la direction du PS. “Je ne sais pas comment il peut rester dans la direction, dès lors qu’il s’oppose à l’une de ses propositions”, relève l’un de ses membres à la sortie du Conseil national. 

“Une rupture avec le passé”

Olivier Faure ne veut plus vraiment entendre parler de ces guerres intestines. Le choix est fait. L’union est votée. La campagne démarre. Au micro, il tente d’ouvrir la porte à de nouveaux accords, cite à deux reprises les 66 propositions du Pacte dévoilé le 5 mars dernier par Laurent Berger et Nicolas Hulot. Il lance aussi un appel à Yannick Jadot. “Il y aura toujours le poing et la rose sur nos affiches, mais ils ne seront plus seuls, poursuit-il. Oui, ce n’est pas comme avant. Oui, c’est une rupture avec le passé.” 

À ce stade, rien n’indique que la tête de liste EELV finisse par accepter de rejoindre les deux nouveaux comparses. Depuis des semaines, il s’attache même à rejeter toute stratégie d’alliances, fort de sondages qui font de lui le premier candidat de la gauche. À ce stade, les radicaux de gauche, qui ont acté ce samedi leur scission avec les Valoisiens, pourraient être les prochains visés… À l’inverse, Olivier Faure garde la dent dure contre Benoît Hamon, qui a déclaré vendredi que tout “vote en faveur d’une liste socialiste est une voix perdue pour la gauche”. Le Premier secrétaire du PS semble lui fermer la porte. Il se dit “attristé” par les attaques et les reproches de l’ancien socialiste.  

50 % de socialistes dans la liste

Si Olivier Faure appelle désormais les socialistes à s’intéresser au fond, les prochains jours devraient être très politiques. À L’Express, il assure que son camp pèsera la moitié de la liste en course pour les européennes, l’autre revenant à tous les autres partenaires. Les places seront chères en haut de la liste, les seules capables d’assurer un siège au Parlement européen si les sondages ne grimpent pas. La liste des prétendants est longue, avec des partenaires à contenter comme Pierre Larrouturou ou les radicaux, les eurodéputés sortants, d’éventuels représentants de la société civile.  

À la Maison de la chimie, certains se lançaient déjà dans le jeu des pronostics. Avec son lot d’intox, comme celle qui attribuait la seconde place à la numéro deux du Parti socialiste, Corinne Narassiguin. “Je n’ai jamais déclaré ma candidature, tout cela est volontairement diffusé par certains dans le parti pour nous desservir”, dément-elle. Au PS, la présentation de la liste aura lieu le 26 mars prochain. De quoi garantir dix jours de longues tractations en interne.