“ Consommer de l'information, aujourd'hui, ça s'apprend…”

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Harry Roselmack, photographié ici mercredi, à la Cité Mame, aux Assises internationales du journalisme, à Tours, où il présidait le jury du Prix de l’éducation à l’information et aux médias.

© (Photo NR, Julien Pruvost)

Le journaliste vedette de TF1 était dans sa ville de Tours pour participer aux Assises du journalisme. Une profession malmenée qu’il défend bec et ongles…

A Tours, vous présidiez le jury du Prix national de l’éducation à l’information et aux médias… Pensez-vous que l’information, ça s’éduque ? « Oui, aujourd’hui, consommer de l’information, ça s’apprend. C’est aussi important que d’apprendre à la traiter et à la livrer au public.
Je considère qu’il est intéressant qu’on s’interroge sur notre métier, nous avons cette exigence vis-à-vis du public. Mais nous devons aussi interroger tous les gens qui nous regardent, qui nous lisent, qui nous écoutent, sur la façon dont ils consomment l’information. »
C’était le sens de votre présence à ces Assises ? « L’info est devenue un bien de consommation courante qui inonde le monde à longueur de temps. Il faut une éducation à l’information, sous peine d’être induit en erreur ou d’avoir un sentiment de déformation de l’information qui aura été répétée, rabâchée… »
Est-ce plus compliqué aujourd’hui qu’hier de s’informer ? « Bien sûr, c’est bien plus compliqué qu’il y a vingt ou trente ans de démêler le vrai du faux. En plus des chaînes d’info en continu, il y a les réseaux sociaux et les blogs qui affirment des choses qui ne relèvent pas toujours de l’information… »
Qu’est ce qui fait qu’une info est une info ? « Le traitement. C’est ce que nous, journalistes, apprenons : à traiter une donnée, une affirmation, un fait et à en faire une information qui aura été certifiée. Sur les réseaux sociaux, c’est le règne de la rumeur colportée, de la déclaration reprise sans avoir été sourcée, travaillée de façon contradictoire, analysée… »
Certes, et pourtant, les journalistes n’ont jamais été autant la cible de critiques… « Ce qu’on nous reproche essentiellement, c’est le fait qu’on apparaisse comme étant un pouvoir. Les gens ont le sentiment que nous avons des intérêts convergents avec les cercles que nous pouvons fréquenter, qu’ils soient politiques, financiers… Nous sommes perçus comme une institution ; or, le journalisme n’est pas une institution. C’est un corps médian entre les institutions et le public que nous informons. »
Vous-mêmes avez subi cette défiance sur le terrain ? « Nous rencontrons surtout des difficultés à travailler en banlieue, mais pour d’autres raisons… Je suis allé sur les ronds points rencontrer des Gilets jaunes et je n’ai pas été agressé. Ces gens veulent surtout qu’on les écoute… »
Que dites-vous aux élèves, aux jeunes que vous rencontrez, qui voudraient devenir journaliste ? « Certains me demandent comment on devient une star de l’info ? (rires) Je leur dis qu’on est d’abord journaliste, et que parfois, votre chemin fait de vous quelqu’un de connu et de reconnu. Je leur dis surtout de foncer parce que c’est un métier formidable qui s’intéresse aux gens dans leur diversité et qui nous place dans des situations qui n’existent pas dans la plupart des métiers… »

> Harry Roselmack est né le 20 mars 1973 à Tours, d’un père policier et d’une mère salariée de La Poste.
> Marié, père de trois enfants de 8, 10 et 11 ans.
> Élève au lycée Choiseul à Tours, il présente ses premiers flashes infos sur Radio Béton à 17 ans.
> Deug d’histoire à l’université François-Rabelais et DUT de journalisme à l’École publique de journalisme de Tours. Pigiste sportif à La Nouvelle République.
> Dès 2000, journaliste à Radio France, puis France Info, La Chaîne météo, France Europe Express, avec Christine Ockrent.
> 2005, il présente les JT de
i>Télé.
> 2006, Étienne Mougeotte le nomme présentateur du JT de 20 h, en intérim de Patrick Poivre d’Arvor, puis de Laurence Ferrari (jusqu’en 2011). Il est le premier journaliste noir à présenter un journal télévisé sur TF1.
> Il présente le magazine d’information « Sept à huit » sur TF1 en duo avec Anne-Sophie Lapix, puis en solo (2008). Il crée sur RTL « Le Journal inattendu » puis « Harry Roselmack en immersion »
> 2014, il lance sa marque de cosmétiques Neoclaim.
> Harry Roselmack est ceinture noire 1er dan de judo, qu’il a enseigné à Tours.

Journaliste, rédaction de Tours