Au PS, le périlleux pari d'Olivier Faure

PARIS (Reuters) – En réservant à Place publique la tête de liste aux élections européennes, une première dans l’histoire du Parti socialiste, Olivier Faure ouvre un chapitre périlleux dans son parcours personnel autant que dans l’histoire d’un parti au creux de la vague dont il a pris la tête il y a un an.

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En réservant à Place publique la tête de liste aux élections européennes, une première dans l’histoire du Parti socialiste, Olivier Faure ouvre un chapitre périlleux dans son parcours personnel autant que dans l’histoire d’un parti au creux de la vague dont il a pris la tête il y a un an. /Photo prise le 3 décembre 2018/REUTERS/Stéphane Mahé

Le vieux parti de Jean Jaurès, Léon Blum et François Mitterrand, réduit à sa portion congrue depuis la débâcle électorale du printemps 2017, cède la priorité à un mouvement politique né il y a quatre mois à peine.

Le premier secrétaire espère que son choix de laisser la tête de liste à Raphaël Glucksmann provoquera enfin le rassemblement à gauche qu’il appelle de ses voeux depuis des mois, pour l’instant en vain.

Une tactique loin de faire l’unanimité en interne, où Stéphane Le Foll, finaliste malheureux de la bataille remportée début 2018 par Olivier Faure pour la tête du parti, a pris d’emblée la carte d’opposant numéro un.

Parlant de “mauvaise plaisanterie”, l’ex-ministre de l’Agriculture a quitté le bureau national, l’instance dirigeante du PS, sans pour autant insulter l’avenir : “Nous aurons un débat pour rediscuter des grandes lignes de la social-démocratie française”, a-t-il prédit dans Le Figaro.

Cette séquence met fin à des semaines de suspense et de mauvaise humeur au sein d’une famille politique à l’histoire jalonnée de crises intestines.

Le secret a été gardé jusqu’à jeudi soir et l’annonce dans Libération, confirmé le lendemain sur France Inter, de l’entrée en lice de Raphaël Glucksmann, 39 ans, plus connu il y peu pour ses travaux d’essayiste que pour son appétit politique.

L’alliance proposée par Olivier Faure a finalement été entérinée samedi par les quelque 300 membres du conseil national.

PREMIER TEST

Un choix courageux, disent ses défenseurs, suicidaire, affirment les plus pessimistes, alors que les sondages d’intentions de vote font flirter la liste PS avec les 5%, le niveau requis pour envoyer des élus au Parlement de Strasbourg.

Le score final engagera l’avenir du premier secrétaire, à qui certains reprochent de n’avoir pas su trouver, ni incarner, la stratégie à même de séduire un peuple de gauche en plein désarroi.

Le député de Seine-et-Marne joue donc une partie de son destin politique sur ce scrutin, premier test de son mandat à la tête d’un parti qu’il a rejoint à l’adolescence.

Fils d’un agent des impôts et d’une infirmière d’origine vietnamienne, lui-même père de famille, Olivier Faure s’est lancé dès l’âge de 16 ans dans le militantisme socialiste, parallèlement à des études de droit et de sciences politiques.

Il entre dans les arcanes du pouvoir comme collaborateur du député Gérard Gouzes avant de conseiller Martine Aubry au ministère de l’Emploi et de la Solidarité, sous Lionel Jospin. A 33 ans, il devient directeur adjoint du cabinet de François Hollande, alors premier secrétaire du PS.

C’est en tant que disciple de Jean-Marc Ayrault qu’Olivier Faure a surtout oeuvré, à l’Assemblée d’abord à partir de 2007, puis comme visiteur du soir à Matignon, où le député-maire de Nantes est nommé en 2012 dans le sillage de l’entrée de François Hollande à l’Elysée.

LA PROMESSE D’UNE “RENAISSANCE”

Ce printemps-là coïncide avec l’élection d’Olivier Faure comme député de la onzième circonscription de Seine-et-Marne. En 2016, il prend la tête du groupe au Palais-Bourbon, qu’il conservera temporairement après sa réélection en 2017.

Emporté par le raz-de-marée soulevé par l’élection d’Emmanuel Macron, le groupe PS à l’Assemblée ne compte plus qu’une trentaine d’élus, dix fois moins que La République en marche (LaRem).

Olivier Faure se lance alors à la conquête du parti défait, et l’emporte facilement face à Stéphane Le Foll. Dans son discours de premier secrétaire tout juste élu, en avril 2018, il promet une “renaissance” à quelque 37.000 militants désorientés. “Nous avons déçu, nous devons maintenant regagner la confiance de nos concitoyens en prouvant que nous avons changé”, dit-il.

Mais ni sa tentative de mettre fin aux chapelles internes, ni son inventaire des années Hollande, pas plus que son positionnement critique à l’égard d’Emmanuel Macron, “président des riches”, n’ont véritablement convaincu des électeurs de gauche perdus entre l’attrait de la “macronie” et les sirènes de La France insoumise, des Verts ou de l’ancien candidat à la présidentielle Benoît Hamon, qui a quitté le PS pour fonder le mouvement Génération.s.

C’est à tous ceux-là que le tandem Parti socialiste-Place Publique tend aujourd’hui la main dans l’espoir d’un renouveau. Sans garantie.

Elizabeth Pineau, édité par Simon Carraud