Européennes: l'alliance PS-Place publique n'arrange pas Hamon et les écologistes

VIDÉO – Après avoir navigué, un temps, entre Europe Écologie-Les Verts et «Génération.s», le mouvement de Raphaël Glucksmann a finalement décidé de s’associer avec celui d’Olivier Faure. Récit d’actes manqués à gauche.

La nouvelle est tombée ce vendredi, sur France Inter. L’essayiste et philosophe, Raphaël Glucksmann sera finalement tête de liste aux élections européennes. Il portera la liste de «Place publique», le mouvement qu’il a créé en novembre dernier, avec pour paradigme le rassemblement de la gauche. Le Parti socialiste devrait décider, lors de son Conseil national qui se tiendra ce samedi 16 mars à Paris, de rejoindre l’initiative. Seuls deux noms de la liste sont connus pour le moment: celui de Raphaël Glucksmann, et celui de Claire Nouvian, cofondatrice du mouvement et figure de l’écologie française.

Cet aboutissement fait suite à un long chemin de croix pour Place publique. À l’origine, le mouvement entendait devenir le nouveau pilier d’une gauche unie et de dialogue. Mais, sur l’utopie, le réel a vite repris le pas. Proche de Benoît Hamon, dont il avait notamment coécrit le discours de Bercy pendant la campagne présidentielle, Raphaël Glucksmann a laissé planer le doute, un temps, sur une alliance avec «Génération.s». Des démarches avaient d’ailleurs été entamées en ce sens. «Dès la création du mouvement, on a proposé à Place publique de faire quelque chose ensemble, on se ressemblait beaucoup!», raconte un cadre de «Génération.s». «On leur a proposé d’incarner avec nous la nouvelle gauche écologique. Mais ils nous ont tout de suite prévenus: “Nous, ce qu’on veut, c’est le PS”».

Raphaël Glucksmann confirme sa candidature aux européennes à la tête d’une liste d’union de la gauche – Regarder sur Figaro Live

L’espoir des alliances enterré

Les échanges entre les deux formations s’espacent, la discussion devient difficile. Quand «Génération.s» propose une votation citoyenne pour «dépasser les clivages dans un but démocratique», Place publique «répond poliment, mais sans engagement», explique Guillaume Balas, coordinateur de «Génération.s». L’alliance est enterrée, avant même d’avoir vu le jour. Mais même si l’annonce de Raphaël Glucksmann n’est pas une surprise dans les rangs de Benoît Hamon, la nouvelle a un goût amer. «Il faut de la clarté sur ce qu’on dit, et sur ce qu’on fait», commente, sévère, un proche de l’ancien candidat à la présidentielle. «On nous vend un mouvement qui veut dépasser les appareils et rassembler toute la gauche, et on a une centralité sur Olivier Faure et Raphaël Glucksmann, sur fond de vieil appareil». Invité de RTL, ce vendredi, Benoît Hamon a même déclaré: «Aujourd’hui, un vote en faveur d’une liste socialiste est une voix perdue pour la gauche». La pilule passe mal.

Idem du côté d’Europe Écologie-Les Verts, où le scénario a été quasi-identique. L’issue est d’ailleurs d’autant plus douloureuse que la candidate de Place publique, Claire Nouvian, est très proche des milieux écologistes, et aurait pu intégrer la liste portée par Yannick Jadot. «Comme on partage beaucoup, on aurait pu imaginer qu’on s’engage ensemble», déplore Julien Bayou, porte-parole du parti écologiste. Comme avec «Génération.s», la brève perspective d’une alliance est née… avant de disparaître aussitôt. «Nous étions intéressés par l’idée du rassemblement qu’ils proposaient», continue un élu écologiste. «On se parle depuis le mois de mai, mais quand, à l’automne, ils nous ont conviés à une réunion où il n’y avait que le PS, ou presque, et qu’ils ont tout de suite remis la social-démocratie sur le tapis, on a vite compris…» Encore une fois, l’alliance est avortée, donc. Et les espoirs déçus. «C’est dommage», conclut Julien Bayou. «On a juste l’impression que le PS joue son prochain congrès et que ceux qui voulaient lancer un mouvement au-delà des partis se retrouvent à négocier avec les appareils».

Le PS ne fait pas l’unanimité chez Place publique

Des actes manqués, donc, pour Europe Écologie-Les Verts et «Génération.s» qui voient définitivement s’envoler un potentiel allié. Les deux partis, respectivement crédités de 8% et 3% pour les élections à venir, voient mourir un vivier potentiel d’électeurs, et se retrouvent aujourd’hui isolés, sur l’autel de la gauche fracturée.

Au sein de Place publique, l’alliance avec le PS ne fait cependant pas l’unanimité pour autant. «Ce matin, la boîte mail de Place publique était remplie de mails de mécontentements», indique un membre du mouvement. «Beaucoup y sont opposés car cela ne correspond pas du tout à la promesse originelle qui conditionnait la liste à un large rassemblement à gauche et une ligne politique claire. Il n’y a ni l’un ni l’autre, Place publique ne sert qu’à mettre du vernis sur le PS». L’économiste Thomas Porcher, un des fondateurs du mouvement, a d’ores et déjà annoncé qu’il ne ferait pas partie de la liste pour le scrutin du 26 mai prochain.