René Jacquot : le souvenir de « René Jacquot nouveau champion du monde » me donne encore des frissons

Ce lundi 11 février marquait le 30ème anniversaire du titre de champion du monde obtenu par le boxeur René Jacquot, face à l’Américain Curry, dans un Palais des Sports comble, pour ce qui reste un des plus grands exploits du sport grenoblois. Le Lorrain d’origine est revenu pour Gremag sur ce souvenir particulier et sur sa riche carrière.

René, 30 ans plus tard, ce titre de champion du monde marque-t-il encore votre quotidien ?

Oui, il ne s’estompe pas. Il n’y pas non plus des millions de personnes qui m’en parlent mais ça a marqué les gens. Je n’ai par exemple pas besoin de noter la date anniversaire pour m’en souvenir, j’ai eu suffisamment de personnes pour me la rappeler (rires). C’est très sympa de voir qu’après tout ce temps les gens n’oublient pas.

Comment se sont faits vos premiers pas dans le monde de la boxe ?

C’est un sport qui était pratiqué par mon père et mes frères, à un bon niveau national. Mon père était même devenu entraineur. Moi je jouais au foot quand j’étais plus jeune mais à force d’aller les voir, j’ai fini par moi aussi essayer la discipline. C’était tard puisque je n’ai commencé à pratiquer la boxe que vers 16-17ans. Par contre une fois que j’ai testé je n’en suis jamais sorti. Les sensations que cela procure, être finalement toujours sur le fil du rasoir… Je me suis rendu compte que c’est ce que je recherchais dans le sport.

Votre début de carrière, marquée par votre installation dans l’agglomération grenobloise, a été aussi fait d’échecs.

J’ai fait une carrière amateur honorable avant de devenir professionnel à 20 ans. Mes premiers combats ont été difficiles mais c’est comme ça que j’ai appris, on ne nait pas champion du monde, on le devient, en passant les marches une par une.
Je suis effectivement originaire de Lorraine, de Toul et je suis arrivé à Grenoble à l’âge de 23 ans. Plus précisément au club de boxe d’Echirolles du président Gérard Teysseron, de l’entraîneur Jacques Dufreney, de Franck Lussy… où j’ai passé à un cap dans ma carrière. Aujourd’hui je vis toujours dans la région.

Vous avez aussi vécu à Grenoble votre plus grand moment sportif. Pouvez-vous nous parler de ce combat contre Donald Curry ?

C’était ma volonté de le rencontrer. C’était le meilleur boxeur de l’époque, une star mondiale toutes catégories confondues, moi j’étais champion d’Europe depuis quelques temps. Dans ma tête il n’y avait pas forcément beaucoup d’écart entre nous même si on pense souvent que les boxeurs américains étaient sur une autre planète. Comme je le disais quand on monte marche par marche, on comble les différences et ce combat n’arrivait pas trop tôt pour moi. J’ai pris mon temps, après un départ de carrière difficile. J’ai eu des supers professeurs, qui m’ont conditionné pour être au top progressivement.

Après le choix du Palais des Sports a été fait grâce à mon sponsor de l’époque, RMO. Pour expliquer simplement, c’est le promoteur qui met le plus d’argent qui peut organiser où il le souhaite l’évènement. Je voulais boxer à domicile, j’étais prêt à le faire gratuitement pour avoir cette opportunité.
Et le public du Palais des Sports s’est montré à la hauteur de l’évènement (plus de 8000 personnes ont assisté au combat, ndr). Grenoble a toujours eu un public qui apprécie « l’évènement », un public de connaisseurs, et ça en était un, donc je n’ai jamais douté de sa réussite populaire. Et c’était véritablement un plus d’être poussé par eux ce soir là. Pour l’anecdote 20 bus ont également fait le déplacement de Lorraine ce soir là pour venir me soutenir.

Quelle(s) image(s) vous viennent en tête quand vous repensez à cette soirée ?

Déjà j’y pense tous jours, furtivement mais tous les jours, puisque je passe quotidiennement devant le Palais des Sports, donc je ne peux pas faire autrement (rires).
Après je me souviens de tout le combat de A à Z, de tous les à-côtés également. J’ai une très bonne mémoire. Mais si je devais choisir UNE image je dirais quand j’ai entendu la phrase, à la fin du combat, « René Jacquot nouveau champion du monde », qui me donne encore des frissons.

On imagine que votre vie a changé après ce 11 février 1989…

D’autant plus que cela faisait 31 ans qu’un Français n’avait pas été champion de boxe donc cela a eu une énorme résonance. Quand j’étais champion d’Europe et que j’étais dans la rue à Paris, personne ne m’arrêtait, personne ne me connaissait. Cela a changé du tout au tout, tout le monde m’a arrêté après le titre de champion du monde, du peintre au bureaucrate. C’est ce qui est beau avec la boxe aussi, elle réunit tout le monde. Et puis il y a la magie de l’évènement, je comparerais un peu ça à la victoire de Noah à Roland Garros, c’était quelque chose d’unique. Les gens savent adorer les athlètes de haut niveau.

Vous avez dû abandonner sur blessure lors de votre première défense de titre, cela reste votre plus grand regret de ne pas avoir pu « enchaîner » ?

Non parce que cela fait partie des aléas de la discipline. Mon plus grand regret c’est d’avoir dû arrêter la boxe un jour. Mais quand il y a un « clignotant » qui s’allume, il faut savoir être raisonnable. Comme je dis toujours en foot on prend 4 buts mais en boxe on prend un pain, les conséquences ne sont pas les mêmes. C’est la santé qui est en jeu et je voulais pouvoir dire bonjour à mes filles en un seul mot, donc c’était la bonne décision même si elle a été difficile à prendre.

Vous n’avez jamais eu envie de devenir entraineur ?

J’ai mes diplômes mais sincèrement je ne sais pas faire. Je suis plus à amener une tactique, un conseil dans un combat ou pour un événement que de m’occuper de boxeurs au quotidien. Donc je laisse ça aux gens qui sont compétents.
Je suis aujourd’hui auxiliaire de vie, j’aide les personnes âgées et les handicapés. C’est l’humain qui m’intéresse et je suis plus utile là que dans la boxe donc cela me convient parfaitement.

Pour conclure, Grenoble est-elle une terre de boxe à vos yeux de Grenoblois d’adoption ?

Plus que Grenoble, c’est l’agglomération, avec Échirolles notamment qui a été une vraie pépinière de talent. Je ne vais pas dresser la liste mais il y a eu un nombre incroyable de très bons boxeurs qui ont été formé ici. Le public sait répondre présent également.
Aujourd’hui peut être qu’il manque quelque chose par rapport à l’époque où il y avait de nombreux champions. Je pense qu’il faut savoir se faire aimer du public, c’est primordial pour franchir des caps. Et donc ne pas hésiter à aller au devant des médias pour se faire connaître. Moi j’ai eu la chance d’avoir toujours été suivi par des journalistes fabuleux, comme Christian Dutel du Dauphiné Libéré. Ca a aussi permis de faire décoller ma carrière et se sont au final des rencontres qui dépassent en plus largement le cadre du sport.