Juppé au Conseil constitutionnel : à Bordeaux, «on le croyait indéboulonnable»

Alain Juppé donne un point presse devant la mairie de Bordeaux le 18 juin 2018

Alain Juppé donne un point presse devant la mairie de Bordeaux le 18 juin 2018

Photo MEHDI FEDOUACH. AFP

Surprise de taille, l’ancien Premier ministre Alain Juppé est en passe de succéder à Lionel Jospin au Conseil constitutionnel, où il rejoindra les sénateurs Jacques Mézard et François Pillet. Il a annoncé quitter ses fonctions de maire à Bordeaux.

Stupeur et questionnements à Bordeaux. Hier, vers 17 heures, Alain Juppé a annoncé qu’il quittait la mairie pour succéder à Lionel Jospin au Conseil constitutionnel. Un mini séisme local qui ne devrait pas manquer de bouleverser le paysage politique bordelais. Mais en attendant, la décision de l’élu, pour le moins inattendue, a surtout pris de court ses administrés, pas toujours au fait de ce dernier coup de théâtre : «Ah ! Celle-là, je ne m’y attendais pas du tout pour être honnête. C’est sérieux?», s’est ainsi étonné, presque incrédule, Bruno, professeur de mathématiques. Je pensais qu’il avait déjà un ticket pour les prochaines municipales. Difficile d’imaginer qu’il peut y avoir quelqu’un d’autre à sa place, il est depuis tellement longtemps associé à cette ville». Quelques mètres devant les grilles de la mairie, une plaque de bronze solidement scellée au sol peut en témoigner. Le nom d’Alain Juppé y est gravé depuis près d’un quart de siècle. Si bien que, comme Bruno, beaucoup avaient parié sur le fait que l’ancien ministre allait rempiler.

Lorsqu’ils ont appris la nouvelle, Gilles et sa compagne Cathy, tous les deux restaurateurs à Bordeaux, ont eux aussi été très surpris. «On n’avait rien vu venir, c’est étrange de se dire qu’il va être remplacé après toutes ces années. Mais un peu de sang neuf, ça ne fera pas de mal. Notamment sur le plan culturel où je trouve qu’il y a un vrai manque dans l’offre bordelaise. Alain Juppé n’a, selon moi, pas réussi à impulser une dynamique suffisante», pointe Cathy. Et Gilles de poursuivre plein d’ironie : «En revanche, ils vont être perdus sans lui. Que va faire son équipe sans “Dieu le père” ? Car il faut l’admettre aussi, Alain Juppé a tout de même réussi le tour de force de rendre cette ville beaucoup plus attractive.»

«Evolution extraordinaire», «ville embellie», «quais transformés», «bâtiments lumineux», «bien desservie». Parmi les Bordelais interrogés à chaud, les qualificatifs positifs ne manquent pas pour dresser le bilan de ses actions. Tous en conviennent, ils se souviendront d’un homme politique qui a fortement contribué au «réveil» de la belle endormie. «C’est en grande partie grâce à lui que la ville rayonne autant aujourd’hui et qu’elle s’est modernisée. Sur ce point, il fait plus ou moins consensus. Je suis déçue qu’il parte. D’ailleurs, s’il était resté en 2020, j’aurais certainement revoté pour lui», révèle Anne-Laure avant de poursuivre : «Mes parents, eux, sont carrément tristes. Ils sont plus âgés, donc ils ont suivi toute l’évolution de près. Mais aussi ils l’ont toujours connu. Il va laisser un grand vide derrière lui, c’était un bon maire». Pour Anne et Geneviève, le départ d’Alain Juppé est aussi un «déchirement» et déjà les deux retraitées bordelaises redoutent de couper le cordon : «C’est triste. Il a tellement œuvré pour cette ville. On a très peur de savoir qui va lui succéder maintenant. Est-ce que quelqu’un peut vraiment être à la hauteur dans son entourage et poursuivre son œuvre ? Je n’en suis pas sûre», tranche Geneviève.

«Retraite peinard»

De son côté, Annie, bordelaise d’adoption depuis plus de deux décennies, considère le départ d’Alain Juppé comme une suite logique : «Il est trop vieux aujourd’hui pour continuer à un tel poste. Je me souviens d’ailleurs, qu’à l’époque, il reprochait lui-même à Chaban d’être resté trop longtemps… A son tour d’être réaliste !», s’amuse-t-elle. «On le croyait indéboulonnable, alors maintenant qu’on sait qu’il part, ça ouvre clairement le champ des possibles. C’est à la fois vivifiant et effrayant», analyse Paul, arrivé à Bordeaux au début des années 2000. «Avec son poste au Conseil constitutionnel, il va avoir une retraite peinard le veinard», sourit Samuel, gérant d’un commerce. «Étonnant qu’il puisse avoir accès à ce poste avec son passif. Il y a des choses qui ne changent jamais», soupire Marie, étudiante à Bordeaux. Mickaël, étudiant en lettres, s’interroge quant à lui sur la soudaineté de cette annonce : «Est-ce que sa gestion du mouvement des gilets jaunes n’a pas accéléré son départ ? On peut légitimement s’interroger…»

Eva Fonteneau correspondante à Bordeaux