Espagne : Le piège de l'extrême droite

La revendication indépendantiste en Catalogne suscite une surenchère nationaliste.

L’accord a-t-il été donné ou non pour cette photo ? Les dénégations d’après–manifestation émises par Ciudadanos (centre-droit) n’y changent rien : son leader, Albert Rivera, s’il ne pose pas directement aux côtés de Pablo Casado (Parti populaire, droite conservatrice) et surtout de Santiago Abascal (Vox, extrême droite), s’affiche bien en première ligne avec eux. Les trois principaux leaders de la droite étaient réunis, dimanche 10 février, autour de la plaza de Colón, à Madrid, alors que près de 50 000 personnes ont marché dans la capitale espagnole aux cris de « démission » et « nouvelles élections ». La cible : le socialiste (PSOE) Pedro Sánchez, chef du gouvernement, qui voit monter la pression d’un cran avec cette manifestation unitaire inédite à droite.

Huit mois après la chute du gouvernement dirigé par son ancien chef Mariano Rajoy, démis par une motion de censure portée par Sánchez, le Parti populaire (PP) brandit sans relâche de nouveaux motifs pour exiger du PSOE qu’il rende les armes. Le dernier en date : la décision de Sánchez de nommer un « médiateur » auprès des indépendantistes catalans. Pour tenter de trouver une solution au conflit (la moitié des électeurs de Catalogne veulent se séparer de l’Espagne), mais aussi pour s’assurer de leur appui au congrès, où le PSOE est en minorité, pour faire approuver le budget 2019.

Une décision qui a exaspéré Pablo Casado, accablant le chef du gouvernement des qualificatifs « traître », « médiocre », « félon », « incapable ». Oubliant au passage que le PP a eu recours à des médiateurs quand il dirigeait le pays, pour des accords avec les autonomistes : José María Aznar avec les Basques et… Mariano Rajoy avec les Catalans.

Ce sont les conservateurs qui ont appelé au rassemblement de Madrid. Une pétition à laquelle s’est rallié Ciudadanos, mais rapidement aussi l’extrême droite : Vox, ainsi que de sulfureux ultras comme la Phalange espagnole (parti créé dans les années 1930 par le fils du dictateur Miguel Primo de Rivera), Hogar Social ou España 2000, « mobilisés sur une proposition noble : défendre l’unité de l’Espagne ».

L’antiséparatisme catalan : c’est à cette unique conviction que s’accrochent les plus modérés pour justifier tant bien que mal leur présence dans une marche allant de la droite libérale à des groupes néonazis. De fait, les sigles politiques se sont faits discrets, rangés au profit des drapeaux espagnols. « Je suis là aujourd’hui en tant que citoyenne, pas militante », confie Albertina, membre de Ciudadanos. « C’est une manifestation transversale », justifie Manuel Valls, qui convoite la mairie de Barcelone sous les couleurs de ce parti, pour repousser les critiques. Mais pour les militants de Vox, qui se disent « enfin représentés », pas de doute, la victoire politique était de leur côté dimanche dernier.

Que l’extrême droite rejoigne un cortège convoqué par la droite en a surpris plus d’un. Ce n’est pourtant pas une première, mais l’affichage se fait aujourd’hui de manière plus décomplexée. Alors, « plutôt l’extrême droite que la gauche et les indépendantistes » ? C’est le message qui est passé en substance en janvier dernier, quand le gouvernement d’Andalousie a basculé à droite grâce à un pacte PP-Ciudadanos, majoritaire grâce au soutien des 12 députés de Vox, qui a fait son entrée au parlement local (11 % des voix). Le meilleur résultat d’une formation ultra depuis la fin du franquisme, acquis notamment grâce à une virulente rhétorique contre toute indépendance de la Catalogne.


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