Christophe Dettinger condamné à un an de prison ferme

Christophe Dettinger reste en prison. Mais seulement la nuit. Ce mercredi soir, après sept heures d’audience et une heure de délibéré, le tribunal correctionnel a condamné l’ancien boxeur à un an de prison ferme et 18 mois avec sursis. Il a assorti sa peine du maintien en détention mais en prononçant un aménagement de peine immédiat. Concrètement, il effectuera sa peine en semi-liberté, c’est-à-dire qu’il passera la nuit en détention mais sera libre de ses mouvements la journée. Une mesure alternative qui lui permettra notamment de conserver son travail et qui a été accueillie dans le calme.

La vidéo de ses débordements avait fait le tour du pays. Les poings en avant, bonnet sur la tête, un grand gaillard boxe à plusieurs reprises un gendarme mobile sur la passerelle Léopold Sédar-Senghor au-dessus de la Seine à Paris, en marge de l’acte 8 des gilets jaunes, le 5 janvier dernier. Avec ces images, Christophe Dettinger est devenu en quelques secondes un symbole malgré lui.

Dans le box du tribunal ce mercredi, l’ancien champion de France des lourds-légers, gilet gris sur chemise blanche, est beaucoup moins fringant. Les traits tirés, la voix pâteuse, il encaisse les réquisitions du procureur qui réclame à son encontre une peine de 2 ans de prison ferme et son maintien en détention pour l’agression de deux gendarmes. « Des scènes d’une agressivité et d’une violence inouïes, spectaculaires, répétées », fustige le représentant du parquet qui dénonce un homme alors « dans la toute-puissance ».

«J’étais venu manifester, pour faire du chiffre»

Face à une présidente offensive et interventionniste, Christophe Dettinger n’a pas été ménagé au cours de l’audience. Le jour des faits, l’ex-boxeur assure qu’il n’était « pas venu pour taper la police ». « J’étais venu manifester, pour faire du chiffre », revendique ce pionnier du mouvement. Son opinion sur le maintien de l’ordre avait cependant pâti de cet engagement. « Toutes les manifestations sont faites pour que les Gilets jaunes aillent à la faute, pour les discréditer », assure le fonctionnaire territorial de 37 ans.

Selon ses dires, c’est en apercevant une manifestante prise à partie par un gendarme mobile qu’il aurait réagi, mû « par une colère extrême qui est montée ». « C’est mon état d’esprit, revendique-t-il. Quand je vois quelqu’un de vulnérable se faire taper, j’y vais, je ne peux pas faire autrement. Je ne regarde pas l’uniforme, je regarde l’homme qui fait ça. » Entendue comme témoin, la manifestante en question, reconnaissable à ses cheveux rouges, abonde.

VIDEO. Un homme boxe un gendarme, l’incroyable séquence de l’acte 8 à Paris

Pendant de longues minutes, le tribunal décortique la vidéo de la scène. Mais sans parvenir à confirmer cette séquence de violence policière préalable. La présidente affiche son scepticisme. En revanche, les coups de pied assénés au visage du gendarme que Christophe Dettinger vient d’agripper et de mettre à terre crèvent l’écran. « Ce n’est pas une belle image qu’on voit. En voulant empêcher une injustice, j’en ai commis une autre, anone ce père de trois enfants. Ce geste, je le regrette depuis le premier jour. » Toujours blessé au genou, le gendarme n’a pas encore pu reprendre le travail.

«J’étais remonté et j’ai mis mon moyen de défense en route»

La succession de coups de poing intervient quelques minutes plus tard. Là encore, Christophe Dettinger invoque « des coups de matraque » préalables sur ses camarades Gilets jaunes. « J’étais remonté et j’ai mis mon moyen de défense en route », explique-t-il dans une drôle de formule pour décrire cette série de droites à la pointe du menton. Le gendarme punching-ball a 27 ans. Il s’appelle Pierre et se trouve dans la salle. Et il assure n’avoir donné aucun coup de matraque avant cette séquence, mettant à mal la défense du prévenu. Pour Me Thibault de Montbrial, l’avocat des deux gendarmes blessés, Christophe Dettinger avait très tôt « adopté tous les gestes de celui qui veut aller à la castagne ».

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Sans nier la gravité des faits, ses avocats insistent sur la personnalité de ce prévenu au casier vierge, apprécié de ses employeurs et qui avait candidaté il y a trois ans pour devenir réserviste de la gendarmerie. « Je ne crois pas que cet homme est violent. Ce n’est pas un casseur, plaide Me Hugues Vigier. C’est un homme bien qui doit sortir de prison maintenant pour retrouver les siens. »