Ce qu'il faut retenir de «la grande explication » d'Edouard Philippe

Après des débats sur le terrain – à Sartrouville (Yvelines) et Lenax (Allier) notamment-, un débat télévisé face aux Français. Ce mercredi soir, Edouard Philippe avait choisi «La Grande Explication », sur LCI, avec RTL et «Le Figaro » pour échanger avec dix d’entre eux dans le cadre du grand débat. Le Premier ministre voulait parler «quotidien » avec eux  – 6 femmes et quatre hommes, de 22 ans à 88 ans – plutôt que «politique » avait expliqué son entourage avant l’émission. 

«Une très bonne nouvelle pour la République »

Mais avant de débattre, Edouard Philippe, interrogé sur la nomination d’Alain Juppé au Conseil constitutionnel, a dit son « affection » et son « estime » pour son ancien mentor, qui «a Bordeaux dans le sang » et la «densité » pour le Conseil constitutionnel : «c’est une très bonne nouvelle pour la République. »

La «confiance » et les élus

C’est la première question qui lui a été posée et qui revient régulièrement dans les débats. Elle a été posée par Justine Dumontier, assistante-ingénieure, habitante d’une petite commune de 1.200 habitants. «Avez-vous conscience de ce que nous vivons, de nos revenus, de nos vies différentes des vôtres ? Du lien de confiance qui est distendu? » Un autre intervenant, Fabrice Schlegel, chef d’entreprise du Jura, a estimé qu’il y avait trop de parlementaires et pointé les «dorures » du Sénat, des parlementaires « pas présents »…

Edouard Philippe a tenté de répondre en s’appuyant sur les exemples des maires, les élus les plus proches. Il a aussi rappelé qu’il était d’accord avec l’idée de réduire le nombre de parlementaires, mais a défendu leur travail. Et interpellé assez vivement sur la question de savoir combien d’ouvriers il y avait parmi les députés, il a répondu comme souvent dans les débats «je ne sais pas tout. » Sur le traitement des anciens présidents – pension, avantages etc… -, il a défendu que les ex-présidents puissent, entre autres, disposer d’une protection. Mais il a reconnu, s’agissant des anciens premiers ministres, que ces avantages, pourraient être fournis sur une plus courte période par exemple. Mais Edouard Philippe s’est heurté à l’incompréhension d’une intervenante, qui a lâché : « on nous demande de faire des efforts mais quand on voit les sommes, on est choqués! ». Un échange qui s’est terminé sur un «je comprends que vous soyez choquée » du Premier ministre.

R.I.C. et référendum

Interrogé, sur le référendum, le RIC, et le référendum d’initiative partagée, il a redit sa position : « Le référendum est un bon instrument. Dans sa grande sagesse, le général de Gaulle a fait le choix de ne pas permettre de consulter sur tous les sujets, n’importe comment, les Français. Par exemple, on ne peut pas faire un référendum sur le droit pénal, la peine de mort. Il n’est pas absurde qu’il y ait, sur certains domaines, un contrôle. » Quant au référendum d’initiative partagée, – « ceux qui l’ont inventé ont mis ceinture et bretelles » a-t-il souri devant la difficulté à pouvoir le déclencher -, il s’est dit ouvert à en assouplir les conditions. En revanche, lui que le RIC «hérisse », a redit son opposition. « La question, l’a interpellé Anne Ruffet-Sciard, architecte d’intérieur de l’Indre, c’est plutôt ce que vous faites de notre parole, de l’écoute que vous avez de la parole de nos élus locaux. On se sent totalement ignorés. La défiance envers vous, elle vient de là. » Et Edouard Philippe de reconnaître qu’il fallait «purger » ce qu’il s’est passé avec le référendum de 2005 sur la Constitution européenne et que la représentation nationale n’a, ensuite, pas respecté. «C’est la base de quelque chose de très profond qu’il s’est passé », a-t-il admis. 

Pression fiscale et « eau du bain »

Autre sujet qui fâche, la fiscalité. Un restaurateur de Rueil-Malmaison s’est insurgé, avec des accents poujadistes et une certaine violence, contre les taxes. Alors certes, Edouard Philippe s’et déclaré d’accord pour dire que les prélèvements obligatoires étaient trop élevés. Mais il a aussi demandé de ne pas «jeter le bébé avec l’eau du bain », rappelant à quoi servent les impôts : à payer les retraites, la santé, l’école etc… Et le restaurateur de rappeler le prix d’un retour en avion du Premier ministre de Nouvelle-Calédonie. « Comme M. Mélenchon, êtes-vous sacré? », a-t-il lancé. « Non », a lâché Edouard Philippe se lançant dans un délicat exercice de pédagogie sur les contraintes de la fonction de Premier ministre. Rappelant qu’il n’a pas le droit de se déplacer seul, qu’il doit être en permanence accompagné d’un médecin etc… Et essayant aussi, de redonner des ordres de grandeur. «L’essentiel n’est pas là, et de très loin. Si l’on veut baisser les impôts, il faut forcément se poser la question de savoir où l’on baisse les dépenses. C’est très difficile », rappelle un Edouard Philippe qui n’a eu de cesse de rappeler la « complexité » de la tache des gouvernants. 

Un professeur d’éducation physique a demandé, pour plus de justice fiscale, davantage de tranches d’impôts sur le revenu afin, selon lui, de réparer le «consentement » à l’impôt. Surtout, il a pointé l’évasion fiscale. Edouard Philippe a rappelé que le système est « déjà progressif et redistributif. Est-ce qu’on peut l’améliorer? Avec plus de tranches? Pourquoi pas? Bien sûr on peut raffiner tel ou tel impôt mais cela ne va pas régler tous les problèmes. Enfin, la fraude fiscale, bien sûr il faut lutter contre. L’optimisation, c’est plus compliqué. » 

«Le problème, c’est la dépense publique! » a attaqué le chef d’entreprise de Dole, dénonçant la «gabegie (…). Si on gérait nos entreprises comme cela, on serait au tribunal de commerce ». «Cela fait quatre-quatre ans que l’Etat vit au-dessus de ses moyens. J’essaie de repasser l’Etat dans le vert plutôt que de le laisser dans le rouge. Ce n’est pas facile. Cela ne se fait pas en un an, cela ne se fait même pas en trois ans », a essayé de défendre Edouard Philippe. 

Non à la hausse de la taxe carbone

Quelques heures après Emmanuel Macron, le Premier ministre Edouard Philippe a fermé à son tour la porte mercredi à un retour de la taxe carbone, assurant ne pas vouloir « augmenter la pression fiscale » en France. « J’ai bien vu qu’on était rentré dans cette crise par l’augmentation d’une taxe », a déclaré le chef du gouvernement. « Je ne vois pas qu’on puisse en sortir par l’augmentation d’autres taxes ou la même », a-t-il ajouté, en référence claire à la hausse de la taxe carbone, que certains membres de la majorité souhaitent réintroduire dans le cadre du grand débat. « Après, il y a des gens qui pensent que la taxe carbone est un impôt intelligent, a-t-il déclaré évoquant la tribune de 86 députés, essentiellement de la majorité. Je me suis moi-même battu pour dire qu’il vaut mieux taxer le carbone que le travail. Mais nous avons entendu le message des Français. Bien entendu même. » 

Territoires isolés et services publics 

«Je suis ravie de payer des impôts car je suis d’accord, la santé, c’est très très important, l’éducation, aussi. Mais là où cela commence à me poser problème, c’est quand tous les service publics ferment autour de moi », a alors pointé une habitante de l’Indre. L’Etat détricote les services publics sur nos territoires. Il y a un déclin évident depuis dix ans. Les administrations technocratiques qui prennent ces décisions le font de façon totalement déconnectée avec nous. » Edouard Philippe a essayé de défendre le projet de loi Santé présenté ce mercredi par la ministre des Solidarités Agnès Buzyn en Conseil des ministres.

Pouvoir d’achat et maintien de l’ordre

C’est sur ce thème que le présentateur David Pujadas a demandé à la «gilet jaune » Ingrid Levavasseur, aide-soignante figure emblématique du mouvement, d’intervenir. Mais celle-ci, qui a annoncé en début d’émission ne plus être tête d’une liste «gilets jaunes » RIC pour les européennes mais vouloir mener une autre liste en repartant «sur de bonnes bases », a d’abord demandé «l’amnistie » pour les «gilets jaunes » poursuivis devant la justice. «Impossible », a tranché Edouard Philippe, rappelant le côté « inacceptable » des violences et assurant aussi, s’il y a eu des actes illégaux côté police, qu’il n’est «pas là pour regarder passer les trains ». « (…) Ca n’existe pas, l’amnistie du Premier ministre, il peut y avoir une loi d’amnistie, mais ça n’est pas à la mode, et j’y serai opposé », a-t-il fait valoir. «Quand vous voyez des gens qui saccagent l’Arc de Triomphe, je n’ai aucune envie de leur dire: « allez, c’est pas grave ». Quand vous voyez des gens qui attaquent des policiers et des gendarmes, quand vous voyez l’homme qui a brûlé le camion des forces Sentinelle devant la tour Eiffel, (…), vous voudriez qu’on dise à ce monsieur: « Bon allez, c’est pas grave ? Mais si c’est grave ! », a développé Edouard Philippe.

Retraite et désindexation

Interrogé en revanche par une retraitée de 88 ans qui touche une pension d’un peu plus de 900 euros, Edouard Philippe a convenu que le système actuel de retraites – elle a dû interrompre sa carrière- ne savait pas combler ce manque. Alors le Premier ministre a essayé de dessiner la perspective d’une réforme des retraites pour un système plus juste. Puis, il a ré-expliqué la hausse de la CSG – et ses aménagements pour les plus modestes- et été fortement interpellé sur la désindexation des retraites. « C’est pour un an, a-t-il défendu. On la maintient en 2019, on l’a annulée en 2020, mais encore une fois, on a fait le choix des actifs. » 

Chômage, « fainéants » et formation

Chauffeur-livreur dans le Finistère, une femme a évoqué ses deux années de chômage et sa difficulté, malgré ses recherches, à retrouver un emploi. «Je ne suis pas une fainéante et il ne suffit pas de traverser la rue », a-t-elle souligné, rappelant à quel point les «petites phrases » du chef de l’Etat ont pu blesser. «Je comprends très bien que cette expression vous ait choqué. Vous avez peu-être remarqué que je fais très attention, moi, à la façon dont je parle. J’entends très bien que vous ayez été outrée car vous n’avez pas eu à traverser la rue mais vous avez eu à traverser les montagnes », a-t-il reconnu tout en expliquant les propos d’Emmanuel Macron face à un «jeune homme, formé et qui en l’occurrence, a ensuite trouvé très vite du travail. » Edouard Philippe a expliqué qu’il n’y a «pas une mesure magique » mais «toute une série de choses » qui peuvent améliorer la situation, de la formation à l’assouplissement du contrat de travail. 

Alors qu’un chef d’entreprise lui demander de pouvoir donner aux sociétés de moins de 20 salariés la possibilité d’embaucher une personne, sans aucune cotisation, Edouard Philippe a d’abord défendu l’expérimentation des «emplois francs », la baisse des cotisations de 2018 mais a fini par lâcher, prenant des notes dans son petit carnet spécial débat : «ça se regarde ». 

80 km/h

«Je savais que ça n’allait pas être populaire. Je n’ai pas été déçu! » a plaisanté Edouard Philippe continuant de défendre mordicus la mesure, soulignant les résultats avec la baisse du nombre de morts. «Au moins, on a de bons résultats. » «Non je ne suis pas attaché à cette réforme, je suis attaché à la baisse du nombre de morts », a répliqué Edouard Philippe à une intervenante, estimant en outre que ces décisions de sécurité routière ne sont pas du ressort des collectivités: «quand l’Etat a rendu la ceinture de sécurité obligatoire, il n’a pas dit sur tel tronçon, elle est obligatoire, sur d’autres non. »