Unibail s'adapte à la mutation du commerce

Unibail cultive sa différence. La foncière porte le nom officiel d’Unibail-Rodamco-Westfield depuis le rachat de l’australienne Westfield il y a six mois. En Bourse, elle utilise le code URW. Elle a dépassé ses prévisions de résultats pour l’année 2018. Les chiffres publiés ce mercredi font état d’une croissance de 7,2 % du résultat net courant ajusté. Tous les voyants sont au vert ou presque. Pas d’effet « gilets jaunes » massif en France, avec une hausse de 3,4 % du chiffre d’affaires des commerçants malgré un creux en décembre. En Europe continentale, les loyers nets ont progressé en moyenne de 4 %. L’extension de Westfield London a dopé la fréquentation (+6,1 %), les ventes des locataires (+2,8 %) et donc les loyers (+3,4 %).

L’activité américaine, développée par Westfield, affiche, elle, une baisse de 1,6 % de ses loyers nets. Les « malls » américains sont occupés par des grands magasins en déclin. Mais la baisse des redevances s’est estompée au fil de l’année. Elle n’est plus que de 0,3 % pour les plus grands équipements. La filiale bénéficiera en outre à plein en 2019 des deux nouveaux centres à Los Angeles et San Diego qui viennent d’ouvrir.

L’acquisition de Westfield a produit 75 millions d’euros de synergies de coûts. Le siège australien a été fermé.

La stratégie d’Unibail n’a pas changé. « Nous jouons la carte de la sélectivité avec des grands centres commerciaux hyperconnectés par les transports publics », résume le président du directoire Christophe Cuvillier. « Nous accélérons la rotation des enseignes afin de remplacer les formules qui fonctionnent moins par des nouveaux concepts ». Une nouvelle équipe est chargée des négociations internationales avec les enseignes pour attirer de nouvelles marques aux Etats-Unis et en Europe.

Des restaurants et des spas

La foncière ne s’abrite pas derrière le fait de ne plus posséder que de très gros sites (Les Quatre temps ou Le Forum des Halles à Paris, par exemple). Dans son communiqué, elle reconnaît « la profonde mutation du commerce ». Elle pousse les commerçants à rénover leurs points de vente et à devenir digitaux. Mais les centres commerciaux accueillent plus de restaurants (au moins 10 % des surfaces, contre 5 % auparavant), d’équipements de loisirs comme des cinémas ou même aux Etats-Unis des spas ou des concessions auto Tesla. Le nouveau complexe Gaîté à Montparnasse (près de la gare parisienne) a, par exemple, concédé 4.800 mètres carrés à Moma Group, qui se chargera de faire tourner les tables de ce qui constituera un immense « food court ».

Conscient que les investisseurs qui ont fait baisser le cours de Bourse nourrissent « une interrogation sur le futur du commerce », Christophe Cuvillier entend aussi, en plus du commerce, densifier l’occupation de ses sites avec des bureaux, des espaces de co-working, des hôtels, des logements. A Londres, le Cherry Park regroupera ainsi 1.200 habitations et le projet sera partagé avec un investisseur institutionnel. Il s’agit de « réinventer la ville ». Les foncières n’empilent plus les mètres carrés commerciaux et se muent  en aménageurs urbains. Les plus dynamiques en tout cas. « Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier », conclut le président du directoire d’Unibail-Rodamco-Westfield.