Taxe carbone: une partie de l'opposition juge son retour «prématuré» et «inefficace»

LE SCAN POLITIQUE – Si plusieurs députés de l’opposition acceptent de discuter du retour de la taxe carbone, nombreux au sein de l’opposition restent vivement opposés à la mesure.

C’est une petite musique qui revient doucement. Au sein de la majorité, on glisse depuis quelques jours que la taxe carbone pourrait faire son grand retour. «C‘est sur la table!», a même avancé François de Rugy, le ministre de la Transition écologique, mardi sur Europe 1. Il s’agit pourtant bien de cette même taxe carbone qui a fait sortir de terre le mouvement des «gilets jaunes» début novembre. Gelée en urgence par Emmanuel Macron depuis, son retour risque de remettre le feu aux poudres alors même que des milliers de manifestants continuent d’occuper les ronds-points chaque samedi.

«Pas très prudent»

Signe de bon augure pour le gouvernement: 86 députés de tous bords ont cosigné mercredi dans Le Figaro un «appel» pour «rétablir la taxe», à condition de «débattre de ses modalités». Preuve que l’opposition serait prête à avancer sur le sujet avec le gouvernement? Rien n’est moins sûr. Si certains poussent pour son retour au nom de la transition écologique, nombreux prennent leur distance estimant que son rétablissement serait au mieux «prématuré», au pire «inefficace».

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Sur Public Sénat mercredi, Christian Estrosi, maire de Nice, souvent perçu comme «macron-compatible», a notamment jugé que le délai «n’était pas très prudent». Si le retour de la taxe devait advenir, l’ancien LR préconise de taxer «les vrais pollueurs», comme les «transporteurs internationaux», et non les «gens à faibles revenus qui ont un véhicule un peu ancien». «Ne revenons pas sur les bases qui ont suscité la colère à l’automne dernier», a-t-il prévenu. «Relancer la taxe carbone? Le moment choisi est carrément idéal! (…) Ça, c’est de l’intuition politique! Remettre 100 balles dans la machine», a aussi raillé sur Twitter le député LR, Philippe Gosselin.

Plus radical, Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, estime que le gouvernement «est hors sol de demander le rétablissement d’une taxe carbone qui a mis le feu au pays». «Ils ne peuvent pas redemander ça. Pas maintenant, pas là. Il y a une urgence climatique (mais) il ne faut pas la faire porter par des ouvriers, des salariés, des retraités qui n’en peuvent plus, qui sont aujourd’hui les vaches à lait du gouvernement», a-t-il déploré sur France Inter, proposant lui aussi de taxer les «gros pollueurs».

Une taxe «pas juste»

Stéphane Le Foll, socialiste et ancien ministre de l’Agriculture de François Hollande, s’est lui aussi prononcé «contre le retour» de la taxe. «Laissez penser qu’elle va permettre de financer la transition écologique est une erreur qui, pour moi, est terminée», a-t-il notamment déclaré sur Radio Classique. Seule une partielle partie de la taxe annoncée en novembre devait en effet être reversée à la «transition énergétique».

«On va encore agiter le totem de la lutte contre le changement climatique», a raillé mardi Manon Aubry, la tête de liste de La France Insoumise aux européennes, lors d’une conférence de presse. «Elle n’est pas juste parce qu’elle n’est pas progressive. Ce ne sont pas les plus riches qui en payent la plus forte proportion alors que ce sont les riches qui polluent le plus», a-t-elle voulu souligner, dénonçant une taxe «inefficace, antisociale et anti-écologique».