Que faut-il savoir sur “Alita : Battle Angel”?

Alita : Battle Angel avec Rosa Salazar
Alita : Battle Angel avec Rosa Salazar
© Twentieth Century Fox

Adapté du manga Gunnm, projet de James Cameron avant qu’il ne le confie à son confrère Robert Rodriguez, “Alita : Battle Angel” est un étrange blockbuster, qui mèle 3D, classicisme et nostalgie. Une science-fiction hybride, à l’image de sa création.

Est-ce un film de James Cameron, ou pas ?

A l’origine, Alita : Battle Angel est un projet du réalisateur de Titanic (1997). Dans le sillage de ce film mastodonte, Cameron s’accroche à un rêve aussi colossal : mettre en images le monde futuriste d’une jeune femme créée artificiellement, super-héroïne sortie du manga japonais Gunnm. Mais le projet Alita entre peu à peu en concurrence avec l’entreprise Avatar (2009) et Cameron est obligé de choisir. Il confie sa cyborg bien aimée et le scénario qu’elle lui a inspiré à un ami, le cinéaste Robert Rodriguez. Celui-ci déclare dans le magazine Empire : « Je n’ai pas voulu faire un film de Robert Rodriguez mais un film de James Cameron. » Et ce sont bien les thèmes chers au réalisateur de Terminator (1984) que l’on retrouve dans Alita : Battle Angel, notamment sa fascination pour les machines, les femmes puissantes (telle la belle Neytiri d’Avatar) et les histoires d’amour qui prennent des dimensions titanesques.

Quelle est l’histoire d’Alita ?

Justement, elle n’en sait rien : découverte dans une décharge d’Iron City, mégalopole du XXIIIe siècle, Alita est remise sur pieds par un réparateur de cyborgs, mais sa mémoire a été effacée. Son corps va lui donner des indices : elle se découvre un talent pour la castagne, tendance arts martiaux violents. Ce qui fait rapidement d’elle une justicière providentielle dans ce futur dominé par le crime et l’injustice. Au-dessus du grand foutoir d’Iron City, planent la dernière ville volante et sa population de nantis, parmi lesquels un affreux méchant qui considère humains et cyborgs comme ses marionnettes…

Alita : Battle angel
Alita : Battle angel
© Twentieth Century Fox

Que vaut le manga “Gunnm”, de Yukito Kishiro, dont “Alita : Battle Angel” est l’adaptation ?

Yukito Kishiro est un enfant d’Akira. Comme beaucoup d’autres mangakas de sa génération, le créateur de Gunnm a été profondément marqué par la série de Katsuhiro Otomo, publiée au début des années 1980, et qui a connu depuis un succès international. Ruines urbaines, ambiance post-apocalyptique, séparation stricte entre les riches et les pauvres, état policier : les résonances entre les deux œuvres sont nombreuses.

Mais Gunnm fait la part belle aux robots, aux machines, aux androïdes et s’interroge (à l’instar de Ghost in the Shell, de Mamoru Oshii, lui aussi récemment adapté par Hollywood) sur ce que signifie être un humain. Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? Visuellement Gunnm est une réussite. Sans révolutionner les codes du manga d’action, Kishiro les porte à un rare niveau d’excellence. Si le graphisme des personnages, leurs traits fins et réguliers portent la marque des années 1990, les scènes de combat violentes et d’un réalisme cru demeurent très efficaces.

Variation cyberpunk du mythe de Pygmalion et Galatée (dans la série originale, Alita s’appelle d’ailleurs Gally), Gunnm se distingue surtout par l’épaisseur de ses personnages. Même si le combat, la compétition, les coups, le hurlement du métal occupent la majeure partie des planches, bons ou méchants, les principaux protagonistes sont mus par des passions très humaines et souvent contradictoires. Sans jamais tomber dans le pathos, Kishiro parvient à rendre crédible et émouvante Gally/Alita, une redoutable machine de guerre, mais surtout une jeune fille désespérément en quête d’elle-même (Gunnm est publié chez Glénat).

 
© Twentieth Century Fox

Le spectacle est-il le clou du film ?

La passion de la 3D, autre signature de James Cameron, guide Alita : Battle Angel, une superproduction qui soigne particulièrement ses effets de relief et trouve toutes sortes de façons d’en tirer le meilleur bénéfice. Alita se retrouve, par exemple, spectatrice puis candidate du jeu « Motorball », une sorte de Rollerball (1975) d’esprit bande dessinée, grande tuerie sur roulettes au fil d’un circuit aux virages sensationnels. Ce pur spectacle se poursuit façon Yamakazi sur les toits d’Iron City. Visuellement, le film est donc une vraie réussite. Mais il se démarque des blockbusters du type Avengers et de leur surenchère d’images générées par ordinateur. Car Alita repose d’abord sur le charme d’Alita elle-même : cette jolie cyborg aux grands yeux typiques des mangas est un effet spécial à elle toute seule, croisement d’une performance d’actrice (Rosa Salazar) et d’une création numérique (comme pour la puissante Na’vi Neytiri d’Avatar, derrière laquelle se cachait la comédienne Zoe Saldana). Le résultat est un film très spectaculaire et mignon à la fois, pas du genre à rouler des mécaniques.

Sur le tournage d’Alita : Battle Angel, Keean Johnson, Robert Rodriguez et Rosa Salazar
Sur le tournage d’Alita : Battle Angel, Keean Johnson, Robert Rodriguez et Rosa Salazar
© Twentieth Century Fox

Qu’apporte le réalisateur Robert Rodriguez ?

Pour se mettre au service du rêve de Cameron, l’excentrique Rodriguez a laissé au vestiaire sa passion pour les séries B sanglantes (Planète Terreur, 2007, Machete, 2010) et remis à jour son sens du divertissement familial (Spy Kids, 2001). Il apporte à l’univers quand même violent d’Alita une douceur juvénile, et réussit notamment très bien le personnage du réparateur de cyborgs, interprété par Christoph Waltz (lui aussi apaisé), dont il fait un nouveau Geppetto donnant vie à une version techno-futuriste d’un Pinocchio au féminin. Avec Rodriguez, l’histoire d’amour qui lie l’héroïne au cœur d’acier à un jeune humain (bien moins solide qu’elle) frôle parfois la naïveté, tant son côté ado ressort. Cameron aurait sans doute donné à ces grands sentiments une exaltation plus adulte, plus guerrière. Mais la science-fiction âge tendre de Rodriguez a une fraîcheur séduisante.

Comment le film est-il accueilli aux Etats-Unis ?

Avec une majorité de critiques positives, l’inquiétude est pourtant de mise. Car, d’un film pouponné par le roi du box-office James Cameron, on pourrait attendre un potentiel de séduction plus fulgurant. Mis en route il y a vingt ans, le rêve Alita s’est-il réalisé trop tard ? Une innocence un peu rétro traverse ces aventures qui évoquent le meilleur cinéma américain des années 1990, l’époque qui a façonné Cameron (et qu’il a façonnée en retour). Mais cette forme de classicisme n’est plus forcément goûtée aujourd’hui. Et si le scénario assez enfantin du film contribue à sa réussite, il est déjà raillé par ceux qui voient la science-fiction comme un terrain de jeux plus complexes. En repoussant deux fois la sortie américaine, la Fox a donné l’impression de ne pas savoir tout à fait comment promouvoir Alita : Battle Angel. On peut quand même imaginer mission plus difficile que celle de faire rencontrer au public ce film réjouissant qui réclame déjà une suite. Laquelle dépend encore de son score au box-office.