L'Otan prépare sa riposte aux missiles russes SSC-8

Les 29 ministres de la Défense de l’Otan discutent ce mercredi des “mesures dissuasives” à prendre pour contrer le déploiement, depuis 2017, de missiles SSC-8 ou 9M729capables de toucher la plupart des villes européennes. La suspension du traité INF de 1987, début février, à l’initiative des Etats-Unis, a fait monter d’un cran la tension.

Un vent de guerre froide se lève sur l’Europe et le monde depuis la suspension du traité sur les armes nucléaires à portée limitée (INF). Cette décision, annoncée par la Maison-Blanche le 1er février, a été suivie le lendemain par le Kremlin. Le traité INF, conclu en 1987, avait mis fin à la guerre froide et précipité la chute de l’empire soviétique.

Depuis lors, un bras de fer plus musclé que de coutume se joue entre les deux plus grandes puissances militaires de la planète.

Washington reproche à Moscou d’installer un nouveau missile de croisière, le 9M729, ou SSC-8 selon les normes de l’Otan, une arme d’une portée comprise entre 50 et 5.500 kilomètres.

La Russie dénonce le déploiement, par les Etats-Unis, de systèmes de défense antimissile en Europe.

Réunion de l’Otan et “Davos de la défense”

Cette crise est au cœur du conseil des 29 ministres de la Défense de l’Otan ce mercredi à Bruxelles. “Lors de cette réunion, nous allons aborder les mesures que devrait prendre l’Otan pour s’adapter à un monde avec plus de missiles russes, dit le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg.

“Moscou poursuit le développement de plusieurs bataillons de SSC-8, malgré les efforts entrepris par les Etats-Unis et ses alliés de l’Otan depuis plusieurs années pour l’amener à se conformer au traité”, a-t-il dénoncé, “le traité INF ne peut plus assurer notre sécurité, c’est pourquoi les Etats-Unis ont annoncé leur intention de se retirer, une décision soutenue par ses alliés.”

Le secrétaire général de l’Otan n’a pas donné de détails sur ces “mesures dissuasives”. Mais il a exclu “de déployer de nouveaux missiles nucléaires en Europe”.

Les tensions entre Washington et Moscou seront aussi au centre des débats lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le “Davos de la défense”, qui réunira de vendredi à dimanche les dirigeants de la planète autour des questions de sécurité les plus cruciales.

Des missiles difficiles à détecter

Le SSC-8 pose de sérieux problèmes à l’Otan. “Ces missiles sont difficiles à détecter, leur temps de préavis est très restreint et leur portée couvre beaucoup de villes en Europe”, s’inquiète Jens Stoltenberg. “L’emploi d’armes nucléaires pour riposter s’en trouve très restreint”.

“Ces missiles sont difficiles à détecter, leur temps de préavis est très restreint et leur portée couvre beaucoup de villes en Europe.”

La Russie développe ce missile depuis 2000. Un premier tir, en 2014, a alerté les Etats-Unis. Moscou affirme que le SSC-8 est conforme au traité INF, sa portée étant “limitée à 500 km”. Mais selon les services de renseignement de la force aérienne américaine, il peut atteindre 2.500 km.

En 2017, la Russie déployait deux bataillons, l’un au sud-est de la Russie, représentant une cinquantaine de missiles. Fin 2018, la Russie en avait sorti une centaine des usines.

Les Etats-Unis ont mené des recherches pour développer un missile capable de contrer le SSC-8. Si la R&D dans ce domaine est conforme au traité INF, la construction effective de missiles ne l’est pas. Les Etats-Unis n’en sont pas encore à déployer ces missiles sur le territoire européen, mais leur sortie du traité INF est un avertissement.

La Turquie rappelée à l’ordre

“Nous avons besoin de développer une défense contre ces missiles russes”, a affirmé Kate Bailey Hutchinson, l’ambassadrice des Etats-Unis à l’Otan, ce mardi, lors d’un conference call.

Elle s’est aussi dite “très préoccupée” par la vente du S-400, un système de défense antimissile russe, à la Turquie. “Nous espérons que la Turquie prendra la bonne décision et cherchera un autre système”, a-t-elle averti. Mais le président turc Recep Tayyip Erdogan a déjà promis aux Russes d’acquérir le S-400.

L’installation d’un tel système pourrait violer les règles de sécurité et corrompre l’interopérabilité de la défense de l’Otan.

Les ministres de la Défense discuteront également ce mercredi de la contribution des États membres au budget de l’Otan, une question qui avait provoqué de vives tensions entre le président des Etats-Unis Donald Trump et ses alliés, le républicain estimant que les Européens ne font pas assez d’efforts pour contribuer à leur défense.