La Vienne est-elle en pénurie de médecins ?

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L’image du médecin de campagne à l’ancienne, c’est terminé. Les jeunes veulent travailler en communauté.

© (Photo d’archives)

En milieu libéral ou hospitalier, en ville comme en campagne, il manque des médecins, spécialisés ou non, dans la Vienne. Les raisons sont multiples.

Y a-t-il pénurie de médecins dans le département de la Vienne ? Dans le milieu libéral, les généralistes manquent évidemment en campagne. Mais pas seulement. Selon Franck Duclos, président du Conseil départemental de la Vienne de l’Ordre des médecins (lire plus bas), « les effectifs sont insuffisants chez les ophtalmologues, dermatologues, psychiatres et concernant les spécialités chirurgicales ».

Il manque des anesthésistes, radiologues ou oncologues à l’hôpital public

Dans le milieu hospitalier privé, on est plus optimiste. Comme à la Polyclinique de Poitiers (lire en savoir plus) où l’on estime n’avoir aucun problème de recrutement.
Dans le public en revanche, le directeur général du CHU de Poitiers, Jean-Pierre Dewitte, n’hésite pas à cocher les cases vides. Il y a d’abord un manque important d’anesthésistes : « Il y a dix postes vacants à Poitiers. Ils ne sont que trois à Châtellerault (comme à Montmorillon, effectif stable, NDLR) et nous cherchons désespérément à en recruter un supplémentaire. »
Un autre service, celui de l’imagerie médicale est en souffrance : « Il manque cinq postes de radiologues à Poitiers. A Montmorillon, nous n’en avons qu’un et il en faudrait un deuxième. A Châtellerault, la création d’une équipe territoriale commune permettra de combler le déficit. » Le CHU peine aussi à recruter chez les oncologues et en anatomopathologie.
Et si vous avez eu l’impression qu’il manquait aussi des odontologues (médecine dentaire), c’est à la fois vrai et faux : « Il y a un déficit en ville comme à l’hôpital. Il existe une pénurie de dentistes, reconnaît Jean-Pierre Dewitte. Mais notre service d’odontologie est aussi victime de son succès. Des dentistes libéraux interviennent et nous sommes en pourparlers pour en recruter un ou deux supplémentaires. »
Ces difficultés de recrutement ne semblent pas inquiéter outre mesure la direction du centre hospitalier universitaire de Poitiers. « Nous avons un établissement de bonne facture avec des équipements à la pointe. Dans le choix des jeunes médecins, ça compte. »
La suppression du « numerus clausus » annoncée dès la rentrée 2020 par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, n’est pas vue d’un mauvais œil : « Oui, c’est une bonne chose. Ça peut permettre des adaptations plus ciblées par besoins de territoires. »

en savoir plus

“ Pas de problème de recrutement à la Polyclinique de Poitiers ”

Cyrille Keriquel, directeur de la Polyclinique, du Fief de Grimoire et de la clinique Saint-Charles de Poitiers, n’a pas confirmé une information selon laquelle cinq médecins spécialistes partiraient en retraite prochainement. « Nous avons tous les ans des spécialistes qui partent en retraite et nous n’avons pas de problème de recrutement, indique-t-il. La démographie médicale fait que nous sommes toujours en recherche. »

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Il faut que les hôpitaux sortent de leurs murs pour aller dans les territoires
A terme, des médecins spécialistes du CHU iront travailler dans les communes rurales à travers les maisons et les communautés de santé.  Nous attachons une importance particulière à permettre des consultations avancées comme en chirurgie viscérale à Loudun. Et nous travaillons à la présence régulière d’un cardiologue. 

Jean-Pierre Dewitte, directeur général du CHU, Poitiers

 

Nord Vienne : “ J’ai envie d’être optimiste ”

Avec trois médecins généralistes sur le départ à Loudun et une zone médicale considérée comme prioritaire pour l’installation par l’ARS, Joël Dazas, président du Pays loudunais, ne nie pas les difficultés : « Ce n’est pas un scoop, nous avons une démographie médicale en baisse. Mais nous avons des maisons médicales qui fonctionnent très bien comme à Moncontour. Aux Trois-Moutiers, il y a l’espoir de faire venir un nouveau médecin. A Monts-sur-Guesnes, la maison médicale compte trois médecins. A Loudun, l’extension programmée de la maison médicale permettra l’arrivée de médecins spécialisés. Et le rapprochement du groupe hospitalier peut favoriser le Loudunais. J’ai envie d’être optimiste. »

 

Sud Vienne : “ Il manquera sept à huit médecins dans les cinq ans ”

Michel Jarrassier, maire d’Usson-du-Poitou, en charge des questions de santé à la communauté de communes Vienne et Gartempe (55 communes), est aux premières loges pour constater l’inquiétude grandissante des habitants du sud Vienne. « La moyenne d’âge des médecins est très avancée. On sent bien qu’ils sont inquiets pour leur patientèle, ils sont très attentifs à la situation. On essaye de raisonner en maisons de santé pour attirer les jeunes. »
A Persac, le maire Régis Sirot cherche deux médecins depuis juillet 2018 : « Nous avons un cabinet médical, une pharmacie et la construction d’une HLM… dont les logements se louent bien quand il y a un médecin. C’est vraiment un point sombre. »

 

Journaliste, rédaction de Poitiers