« La France de l'entre-deux-guerres », souvenirs d'en France

Un champ de ruines. Qu’elles se déroulent de nos jours en Syrie ou en France il y a un siècle, les guerres produisent toujours les mêmes images de désolation. En juillet 1919, alors que les Champs-Elysées en liesse fêtent le premier anniversaire de la victoire, à Noyon, dans l’Oise, un journaliste sidéré découvre une « ville morte » : sur 1 800 maisons, seules 23 sont encore habitables. A Verdun, plus aucun champ n’est cultivable. Dans le pays, 60 000 kilomètres de routes sont impraticables, 450 000 maisons rasées, et 2 millions d’hectares de terre de labour, à remettre en état. Des centaines de milliers de Français déplacés reviennent, la faim au ventre, dans des villages fantômes où plus rien ne subsiste du passé. Comment la France victorieuse mais dévastée va-t-elle se remettre de l’enfer ?

En entremêlant destins particuliers et grande Histoire dans un montage d’archives filmées inédites et souvent très émouvantes, Romain Icard immerge le spectateur dans la vie quotidienne de nos arrière-grands-parents ou de nos grands-parents et raconte comment, unis par l’espoir de la paix retrouvée, ils ont œuvré collectivement à la reconstruction du pays et au changement de la société. La première décennie de la période à laquelle on a donné le nom terrible d’« entre-deux-guerres » sera en effet marquée par un bouleversement de la société civile, des technologies et des mentalités, de la culture et des mœurs. L’industrie remplace l’artisanat et le monde rural laisse place à la ville. Les paysans, majoritaires avant la guerre, deviennent des ouvriers et des banlieusards.

La modernité étend sa toile et modifie les usages : hommes et femmes découvrent une nouvelle forme de servitude sur les chaînes de montage de voitures qu’ils ne pourront jamais se payer. Les femmes triment autant que les hommes, mais elles devront encore attendre pour s’émanciper. Le dimanche, la classe populaire valse sur les bords de Marne tandis qu’à Pigalle et à Montparnasse, des fêtes délurées au rythme du jazz venu d’Amérique donnent à Paris son label d’excentricité. Le 24 octobre 1929, le krach boursier à Wall Street sonne le glas de l’allégresse. La crise économique balaie l’insouciance des Années folles, et la misère fait son retour. Pendant cette seconde décennie, les ressorts des luttes sociales qui marqueront le siècle à venir se mettent en place. Mais la tentation fasciste fait son apparition…

Mardi 12 février à 21h sur France 2. Documentaire français de Romain Icard, raconté par Denis Podalydès (2018) 2×52 min. (Disponible en replay sur france.tv)

Anne Sogno