«Gilets jaunes»: trois ans de prison requis contre l'ex-boxeur Christophe Dettinger

Le 5 janvier, lors d’une manifestation, il avait frappé des gendarmes mobiles. Il a avoué sa «honte» mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris.

Mercredi, devant le tribunal correctionnel de Paris, le procureur a requis une peine de trois ans de prison, dont un an de sursis avec mise à l’épreuve à l’encontre de Christophe Dettinger, ainsi que son maintien en détention. Âgé de 37  ans, l’ex-boxeur était poursuivi pour violences volontaires en réunion sur personnes dépositaires de l’autorité publique commises le 5 janvier, lors d’une manifestation de «gilets jaunes», à Paris.

Un peu plus tôt, l’ancien boxeur de bon niveau livrait sa version des faits. Ce jour-là, raconte-t-il, il était venu manifester avec sa femme et une amie. «On s’est fait gazer à bout portant. Quand je relève la tête, je vois des matraques, plusieurs gendarmes qui frappent des “gilets jaunes”, bam-bam-bam. En face de moi, il y a une dame au sol, un gendarme lui met un coup de pied, il a la matraque levée, c’est là que c’est parti. Quand je vois une injustice, j’y vais, je peux pas faire autrement.»

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Il se défend donc selon la stratégie du bon Samaritain dépassé par son bon cœur. Le tribunal visionne encore et encore les images de ce bref déchaînement de violence. En dépit des ralentis, il n’apparaît pas, du moins sur les passages sélectionnés, qu’un militaire ait brutalisé Gwennaëlle A., tombée par terre dans un mouvement de foule, très identifiable avec ses cheveux teints en rouge. Au contraire, il semble même que deux gendarmes mobiles tentent de la protéger.

«En voulant empêcher une injustice, j’en ai créé une autre. Quand je me revois frapper ce gendarme, j’ai honte. Je regrette tous mes gestes»

Pourtant, l’un d’eux est happé par plusieurs manifestants, dont M. Dettinger, qui s’acharne sur lui avec une particulière brutalité alors qu’il a été jeté au sol. «Tout est fait pour que les “gilets jaunes” aillent à la faute, ça faisait huit semaines qu’on se faisait maltraiter», argumente le prévenu, reconnaissant que sa «colère» l’avait aveuglé: «En voulant empêcher une injustice, j’en ai créé une autre. Quand je me revois frapper ce gendarme, j’ai honte. Je regrette tous mes gestes. J’aurais dû défendre Mme A. et en rester là.»

L’intéressée, entendue comme témoin, affirme qu’un des militaires voulait la soustraire aux brutalités supposées de ses collègues, mais que l’autre l’a molestée. «Elle ne vous plaît pas, ma vérité, désolée, mais c’est la mienne», conclut-elle en réponse aux questions de la présidente.

Seconde séquence. La main du prévenu frappe, en surplomb, le casque d’un gendarme, puis le corps du boxeur, comme déséquilibré, bascule par-dessus une rambarde. Il se retrouve face à face avec l’homme casqué et équipé d’un bouclier qui, il le maintient bien qu’aucune image ne permette de l’établir, venait de frapper des «gilets jaunes». Comme sur un ring, il se met illico en garde, enchaîne des directs d’une force et d’une précision peu communes. Le militaire, sonné, recule. «La première personne à qui je mets des coups de matraque, déclare-t-il au tribunal, c’est M. Dettinger. Avant, j’avais seulement fait usage de la gazeuse à main.»

L’audience, brouillonne, ne permet pas d’avancer dans l’analyse des faits. M. Dettinger, fonctionnaire territorial bien noté à Arpajon, marié et père de trois enfants, peut se prévaloir d’un casier judiciaire vierge. Il se plaint d’avoir été «catalogué Gitan, lyncheur de flics». «Je ne suis pas cette personne-là», crie-t-il à ses juges. Souvent, il oppose aux images et commentaires des médias, l’autre vérité, celle des réseaux sociaux (il dit: «réseaux»). On y trouverait la preuve, il en est certain, que le gendarme qu’il a boxé et ses collègues ont violenté des manifestants pacifiques, quand les séquences diffusées à la télévision montrent plutôt quelques meneurs, avec ou sans gilet fluo, décidés à en découdre avec les forces de l’ordre.

Ironie du sort: il caressait, depuis trois ans, le projet de devenir gendarme réserviste. L’acte VIII des «gilets jaunes» a mis un terme définitif au rêve de Christophe Dettinger, le prévenu à la voix douce et au nez remodelé sur les rings, qui «aime la discipline» et n’a «rien contre l’uniforme».