Dans "Vice", Adam McKay se sert de Dick Cheney pour s'attaquer à la politique américaine

CINÉMA – Aviez-vous déjà entendu parler de Dick Cheney avant “Vice”? Si la réponse est non, Adam Mckay est le réalisateur qu’il vous faut. En salle ce mercredi 13 février “Vice”, le nouveau film du réalisateur américain risque de vous apprendre deux trois choses sur l’une des figures les plus secrètes de la politique américaine, mais pas seulement.

Réalisateur des films “Very Bad Cops” et “Anchorman”, Adam McKay revient avec un biopic centré sur la vie tourmentée de Dick Cheney, homme politique et d’influences aux États-Unis durant de longues décennies. Parmi ses principaux faits d’armes, Dick Cheney fut vice-président des États-Unis durant le mandat de Geroge W. Bush entre 2001 et 2009, un rôle trop souvent sous-estimé.

Après s’être attaqué au monde de la télévision (“Anchorman” 1 et 2), à celui du capitalisme (abordé dans “Very bad cops”), Adam McKay avait frappé un grand coup en 2015 avec “The Big Short”, un film traitant cette fois du fonctionnement du monde de la finance à travers le contexte de la crise des subprimes de 2008. Le film porté par Ryan Gosling, Christian Bale, Brad Pitt et Steve Carell avait d’ailleurs valu l’Oscar du meilleur scénario original à McKay.

Une forme de consécration qu’il perpétue ici avec “Vice”, nommé huit fois aux Oscars 2019 notamment dans les catégories reines que sont meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur.

Derrière “Vice” se cache en réalité une thématique que le réalisateur souhaitait creuser en ses temps troublés du côté de la Maison-Blanche: utiliser la figure du vice-président pour décortiquer les arcanes du pouvoir américain et la manière avec laquelle la politique américaine joue avec ses propres codes pour rendre le système opaque aux yeux de la population.

“Je ne me considère pas comme un vulgarisateur”

Soyez prévenu, “Vice” est loin du biopic désincarné retraçant simplement la vie d’un homme célèbre. La portée politique du propos d’Adam McKay risque d’en dérouter plus d’un et pas forcément ceux auxquels on pourrait penser: “Des gens de gauche n’ont pas du tout aimé, des gens de gauche ont trouvé que ça n’allait pas assez loin. Et à l’inverse, des gens de droite n’ont pas aimé et d’autres si. Je n’avais jamais eu une réception aussi bizarre et intéressante pour l’un de mes films”, note Adam McKay.

Et on peut le comprendre. Si vulgariser un sujet (histoire, sciences …) est devenu monnaie courante, notamment sur Youtube, la vulgarisation du monde politique reste encore très dur à aborder auprès du grand public, en dehors du travail documentaire de réalisateurs comme Michael Moore ou Oliver Stone.

Adam Mckay aux côtés de Christian Bale sur le tournage de

Universum Film

Adam Mckay aux côtés de Christian Bale sur le tournage de “Vice”.

Pourtant, Adam McKay ne se voit pas comme un vulgarisateur et en explique les raisons au HuffPost: “Je ne considère pas que je fais de la vulgarisation au sens où les choses seraient inaccessibles et c’est moi qui les rendrais accessibles. Je pense au contraire que ce sont des choses assez simples. C’est simplement dissimulé sous une couche de jargon et d’artifices qui rendent les mécanismes du pouvoir confus et opaques pour le public. J’essaye juste d’enlever cette couche de fumée pour rendre les choses plus accessibles et aussi simples qu’elle le sont et donc ouvertes à tous”, abonde le réalisateur.

Un exercice périlleux mais réussi pour le cinéaste de 50 ans, qui commence à se forger une véritable identité d’auteur sur les sujets de société, après avoir longtemps travaillé sur le genre de la comédie qui l’avait vu débuter sur le grand écran en 2004.

Le cinéma de McKay au service du réel

Comment raconter la vie d’un homme qui a cherché à entretenir le mystère pendant toute sa vie? Comment réussir à accrocher le public avec des sujets aussi sensibles et peu attrayants que l’invasion de l’Irak par les États-Unis?

La réponse à toutes ces questions se trouve dans la réalisation du précédent film d’Adam McKay. Souvenez-vous de ces scènes géniales dans son précédent long-métrage, “The Big Short”: pour faire comprendre simplement les enjeux et les mécaniques de sujets complexes, Adam McKay faisait appel à des célébrités jouant leur propre rôle pour vulgariser certains points techniques abordés dans le film.

On retrouvait par exemple Selena Gomez ou Richard Thaler (économiste américain) expliquant le fonctionnement d’un CDO synthétique grâce au jeu du Blackjack. La plus marquante de ces scènes étant bien évidemment celle où Margot Robbie se prélassait dans un bain moussant, coupe de champagne à la main, pour expliquer directement au spectateur le fonctionnement des prêts hypothécaires à risque (subprimes) qui ont provoqué la crise financière de 2008.

Expliquer avec des mots simples et des effets de mises en scène ludiques, voilà la mission que s’est donnée Adam McKay ces dernières années. Un travail de déconstruction des instances qui régissent la société pour les rendre plus compréhensibles en somme.

Dans “Vice”, c’est à travers un organe de presse américain bien connu et une actrice tout aussi célèbre que le réalisateur cherche à percuter le spectateur en brisant le quatrième mur.

Toutes ces astuces de mises en scène sont mises en pratique pour faire passer au spectateur un moment divertissant tout en le poussant (même inconsciemment) à réfléchir aux causes et conséquences des actes du personnage incarné par Christian Bale.

Amy Adams est Lynne Cheney dans "Vice", en salle ce mercredi 13

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Amy Adams est Lynne Cheney dans “Vice”, en salle ce mercredi 13 février.

Un travail proche du documentaire qui semble fonctionner, comme en atteste les retours que reçoit McKay pour son film, en salle depuis le 25 décembre de l’autre côté de l’Atlantique: “Le film a beaucoup plu aux jeunes, aux ados, à ceux qui ont une petite vingtaine d’années. Ils viennent me voir en me disant: ‘Merci beaucoup, parce qu’on ne savait pas tout ça et on l’apprend grâce à vous’, explique le réalisateur, chez les gens plus âgés, il y en a pour qui c’est une forme d’explication: ils ont observé la transformation du pays sans en connaître vraiment les raisons et ils y voient quelque chose de précieux de ce point de vue là”.

La force de “Vice” réside alors dans la capacité du film à apporter aux spectateurs un véritable biopic retraçant la vie de Dick Cheney sur plusieurs périodes. Une caractéristique qui sert surtout de prétexte à Adam McKay pour décortiquer le fonctionnement du système politique américain, notamment à travers l’exemple de l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003.

Tout ce travail mis en place par Adam McKay ne pouvait qu’attirer une actrice comme Amy Adams. Elle s’en explique auprès du HuffPost: “Dès le moment où Adam nous a présenté le scénario, c’était extrêmement intéressant. Ce qui m’intéresse toujours, c’est de travailler sur des films qui ont des choses à dire et qui suscitent des échanges, des discussions, que ce soit au niveau du public ou dans la société. C’était déjà le cas dans mes précédents films comme ‘Her’, avec ce rapport sur les technologies et les relations intimes ou avec ‘Premier Contact’, portant sur les télécommunications et la thématique du conflit”, rappelle-t-elle. “Il me faut des enjeux et des thèmes de réflexion et je savais qu’en travaillant avec Adam, j’étais entre de bonnes mains. C’est quelqu’un qui a un point de vue et une vision des choses qui m’interpelle”, poursuit la comédienne.

Comme un symbole, Adam McKay confie que l’un de ses futurs “projets traitera du réchauffement climatique”, qu’il considère comme “la plus grande histoire de l’humanité”. Mais avant cela, McKay reviendra -comme par hasard- avec une série documentaire.

Le 22 février, “This giant beast that is the global economy” arrivera sur la plateforme Amazon Prime pour une saison de 8 épisodes dont Mckay assurera la réalisation. Dans cette nouvelle série documentaire, l’acteur Kel Penn nous entraînera autour du monde pour rencontrer des acteurs importants de l’économie d’aujourd’hui.

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