Cinéma : "Vice", "Deux fils", "Alita"… : nos avis de la semaine

“Vice”

Dick Cheney ou l’ascension extraordinaire d’un type qui ne demandait rien. Qui n’avait pas de génie particulier sinon celui de se taire et d’écouter les autres. Réfléchissant, lèvres closes, et frappant au moment où de plus bavards ne se méfiaient pas. Jeune homme sans envergure, alcoolique, dépourvu d’ambition, Cheney tombe amoureux d’une femme brillante, Lynne, douée d’une inflexible volonté de pouvoir. Elle lui met le marché en main : ou il arrête de boire et s’élève socialement, ou elle le quitte. Il est fou d’elle, il obéit, et devient après des années d’apprentissage en compagnie d’un certain Donald Rumsfeld, un fin connaisseur des arcanes de la politique américaine.

A force de patience et de cynisme, le voilà élu vice-président auprès de George W. Bush en 2001. Le pêcheur à la mouche qu’il est devient l’homme le plus puissant du pays, gère la crise liée aux attentats du 11 septembre, pousse George Bush à envahir l’Irak sous prétexte que Saddam Hussein cacherait des armes de destruction massive et serait lié à Al-Quaïda. Bref, il sème le chaos au Moyen-Orient, bouscule l’équilibre mondial et impose un nouvel ordre dont les conséquences désastreuses se font encore sentir aujourd’hui. Tout ça, pour le seul rêve de gloire de sa petite famille. Adam McKay lui consacre un biopic aussi féroce que fouillé. Après de longues enquêtes et un travail de reconstitution minutieux, le cinéaste de “The Big Short : le casse du siècle” donne une idée précise de ces années immorales qui ont façonné un autre pays. Avec Christian Bale dans le rôle vedette, Amy Adams dans le rôle de Lynne, Steve Carell dans celui de Rumsfeld.


“Deux fils”

C’est une famille de garçons, un trio dont la mère a disparu. Joseph et ses deux fils, Joachim et Ivan, s’aiment de toute évidence mais la vie les met soudain à l’épreuve, et ils font face à leur façon. Joseph, le patriarche (Benoît Poelvoorde, inattendu, secret, eaux troubles sous une calme façade) vient de perdre son frère et décide de changer de métier. Il était médecin, il sera écrivain. Joachim (Vincent Lacoste, pince sans rire, vulnérable) n’arrive pas à se remettre d’une rupture sentimentale, et Yvan, le benjamin (Mathieu Capella, yeux de biche, âme de seigneur), traverse une crise mystique. Il tombe amoureux, comme cela peut arriver quand on a 13 ans, et se rend compte qu’il n’a guère de secours à attendre de ses deux aînés, tant ils sont paumés.

Cette comédie pleine de vivacité et d’émotions, aussi mélancolique qu’elle est réjouissante, repose non seulement sur des personnages formidables, mais aussi sur un scenario écrit au cordeau. La mise en scène est au diapason : juste, au point de tirer les larmes quand on réalise que de l’enfance à la maturité, Félix Moati explore l’existence dans ses recoins les plus profonds.


“Les drapeaux de papier”

Charlie est une jeune femme de 24 ans (Noémie Merlant) qui peine à joindre les deux bouts, travaille comme caissière et rêve d’être artiste. Un beau jour, son frère aîné frappe à la porte. Vincent (Guillaume Gouix) a 30 ans, elle ne l’a pas vu depuis plus de dix ans. Il sort de prison. Elle lui ouvre les bras mais il a tout à apprendre d’un monde dont il a été si longtemps privé. Sans compter qu’il est habité par une rage qui explose sans crier gare. « Les drapeaux de papier » raconte sous forme de chronique sensible, l’existence que se bâtissent Charlie et Vincent, rescapés d’un naufrage familial évoqué par petites touches. Film délicat, formel, à la limite du maniérisme, par un jeune réalisateur de 19 ans, Nathan Ambrosioni.


“Alita”

Adapté d’un cyber-manga japonais de la fin du XXe siècle, par James Cameron qui depuis plus de 20 ans, rêve d’en faire un film, “Alita” laisse de côté bon nombre de codes de la saga initiale mais file des thèmes à la mode : l’héroïsme des invisibles, le poids du passé, l’intrépidité des filles. Derrière une trame assez conventionnelle, le récit contient cependant assez de mystère pour tenir en haleine et d’ampleur visuelle pour imposer son univers. Une ville impitoyable, Iron City, où l’on poursuit les androïdes, où rodent la mort et la violence. Au-dessus, suspendue comme un astre arrêté dans sa chute, Zalem, la cité que l’on n’atteint jamais, semblable à un paradis trop visible pour n’être pas piégé. Nous sommes en 2563, autant dire que tout est possible. Alita, gracieuse cyborg de 300 ans (Rosa Salazar) qu’un médecin solitaire (Christoph Waltz) trouve à la décharge et ressuscite, va peu à peu recouvrer la mémoire. C’est à la fois une adolescente et une ancêtre, mi femme mi machine, avec un cœur de fillette et une force de guerrière. Le film, produit par Cameron et mis en scène par Robert Rodriguez, se termine sans livrer son secret, et pour cause : plusieurs épisodes sont prévus.