Alain Juppé quitte Bordeaux pour le Conseil constitutionnel : les réactions des personnalités girondines

L’information est tombée ce mercredi : Alain Juppé va quitter la mairie de Bordeaux pour faire son entrée au Conseil constitutionnel. Une décision sur laquelle il doit revenir jeudi lors d’une conférence de presse.

Michèle Delaunay a été l’une des premières à réagir sur Twitter. La conseillère municipale et métropolitaine PS a indiqué qu’elle sentait “qu’il ne se représenterait pas [à la mairie de Bordeaux]. Je le pressentais à tant de mouvements divers autour des municipales”.

“L’intérêt supérieur de l’État”

La sénatrice UDI Nathalie Delattre, qui fut longtemps adjointe d’Alain Juppé, notamment sur le quartier de Bordeaux Maritime, estime “que c’est une fierté pour Bordeaux qu’Alain Juppé siège au Conseil constitutionnel. Dans une société qui remet en cause les principes démocratiques, il faut avoir des hommes d’État solides et d’expérience.” 

“Juppé, et cela ne m’étonne pas, a toujours fait le choix de l’intérêt supérieur de l’État. Nous sommes dans une situation de crise, depuis treize samedis, il a dit combien il était blessé de voir sa ville abîmée par les gilets jaunes. Sa solidité et sa stature sont indispensables pour veiller au cadre démocratique de notre société comme aux évolutions de la constitution et à la nécessaire participation accrue des citoyens” Nathalie Delattre

“Le maire de Bordeaux abandonne la ville pour un siège bien au chaud au Conseil constitutionnel !” C’est par ces mots que débute le post virulent de Matthieu Rouveyre, sur son profil Facebook. Avant de poursuivre : “C’est au moment où Bordeaux est traversée par des fragilités financières, politiques et sociales qu’Alain Juppé a décidé d’aller se planquer à Paris […]. Un point positif tout de même, Alain Juppé ne briguera pas un énième mandat et avec ce départ les cartes sont largement rebattues à Bordeaux. Même pour la gauche.”

“Un vrai déchirement”

Stéphan Delaux, adjoint au tourisme à la mairie de Bordeaux, indique que “c’est avec une grande émotion que j’ai appris cette nouvelle. L’annonce est brutale, c’est un vrai déchirement après 23 ans de vie politique. Forcément on déroule le film et on se souvient de l’énergie que nous avons déployée. À la surprise se mêle beaucoup d’émotion.”

Michel Duchène, conseiller métropolitain et municipal, qui fut longtemps son principal adjoint, est abasourdi : “Je suis très étonné, je ne m’attendais pas à cela. Il avait l’attitude, le dynamisme, la psychologie de quelqu’un qui se présentait de nouveau, puisqu’il avait lancé des événements et réflexions sur l’avenir de Bordeaux et la Métropole”.

“Une nouvelle page”

“Cette nomination concrétise une grande carrière politique, estime Aziz Skali, référent Gironde LREM. Alain Juppé est un homme d’État dont on connaît la carrière, la hauteur de vue. Tous les Français reconnaissent sa sagesse, il sera parfait dans ce rôle au conseil constitutionnel. Cette annonce qui est surprenante ouvre une nouvelle page à Bordeaux“.

De son côté, Alain Anziani, le maire PS de Mérignac, assure que “c’est une vraie surprise”. “Alain Juppé donnait plutôt le sentiment de bien se préparer pour un nouveau mandat. Il était très investi dans tout ce qu’il faisait, je pensais qu’il allait plutôt continuer sur sa ligne de maire. Nous devions nous voir demain [jeudi, NDLR], je ne sais pas si le rendez-vous sera maintenu. Je voulais en tout cas me féliciter du travail que j’ai pu conduire avec lui,  aussi bien au niveau de la métropole où on a dû faire face ensemble au défi de la mutualisation qu’au niveau des grands projets de Mérignac : le stade nautique, Tarmaq”, poursuit Alain Anziani.

“Une mauvaise nouvelle pour Bordeaux”

Yves Foulon, maire d’Arcachon et surtout patron de LR Gironde, depuis octobre 2018, ne cachait pas sa surprise ce mercredi soir. “C’est une mauvaise nouvelle pour Bordeaux et une décision extrêmement surprenante et qui va remodeler l’ensemble de la gouvernance à Bordeaux jusqu’en mars 2020. Nous avons des membres LR à l’intérieur du Conseil municipal de Bordeaux et c’est pour nous l’occasion de considérer que cette ville doit être gérée par un membre de notre famille politique dès la démission d’Alain Juppé, mais aussi que ce membre de LR soit candidat en 2020. Qui ? C’est aux élus du conseil municipal de le décider.”

“La voie de la sagesse”

Yves d’Amécourt assure, sur Twitter : “j’en avais fait le pari avec quelques amis qui eux pensaient le contraire. Le conseiller régional LR et maire de Sauveterre-de-Guyenne adresse, par ailleurs, ses “félicitations” au maire de Bordeaux. “C’est la voie de la sagesse”. 

Philippe Buisson, maire socialiste de Libourne, dit “perdre un complice”.

Edwige Diaz, conseillère régionale RN, s’est elle aussi fendue d’un tweet en fin d’après-midi. “Après Giscard, Jospin et Fabius, c’est au tour de Juppé d’être recasé dans cette officine de la bien-pensance qu’est le Conseil Constitutionnel”.

Quid de la présidence de la Métropole ?

Pour Alain Turby, maire de Carbon-Blanc, “c’est évidemment une surprise. Concernant la Métropole, il va falloir trouver un autre président et là, ce qui est certain c’est que Virginie Calmels ne succédera pas à Alain Juppé dans cette instance. La majorité y est de douze voix pour Communauté d’avenir, ça ne va pas être difficile de trouver 12 personnes qui en veulent suffisamment à Virginie Calmels pour ne pas voter pour elle.”

“La gestion de la Métropole va évoluer car elle reposait sur le poids politique d’Alain Juppé, souligne Clément Rossignol, maire de Bègles. Je ne dis pas que c’est la fin de la cogestion, mais les choses vont changer.” 

Pour Brigitte Terraza, maire divers-gauche de Bruges et vice-présidente de Bordeaux Métropole : “Rien ne laissait présager cela, c’est une très grande surprise. Lors des dernières réunions auxquelles j’ai assisté, Alain Juppé était très investi dans les dossiers de la Métropole. Personnellement, j’espère que son successeur, en tant que président de Bordeaux Métropole aura le même esprit de cogestion, cette même volonté de soutenir les projets des 28 communes en fonction de leur intérêt. 

“C’est une page qui se tourne, on ne s’y attendait pas. C’est brutal parce que c’est un choix personnel qui aura une résonance sur la ville et sur la métropole, souligne Christine Bost, maire PS d’Eysines et vice-présidente de Bordeaux Métropole. Avec Alain Juppé, nous avons pu travailler en bonne intelligence. Pour moi, d’ailleurs, ce fonctionnement est constitutif des intercommunalités. On ne peut pas faire autrement. Son successeur à la métropole devra être consensuel et avoir le sens de l’intérêt général chevillé au corps. Surtout, il ne devra pas être dans des postures partisanes. 

“Je suis triste”

Denis Mollat ne souhaite pas commenter la décision d’Alain Juppé. Il confie simplement : “Il a pris une décision et il sait ce qu’il fait. À partir du moment où il a pris cette décision, on ne peut que l’honorer”

Jérôme Verschave, directeur général de l’Aerocampus : “Je suis triste car avec Alain Rousset (le président de la Région, ndlr), nous avions un duo qui fonctionnait bien. Nous avions la chance d’avoir deux élus qui malgré leurs différences politiques parlaient d’une seule voix sur sur les sujets locaux. Ce sont des élus locaux au sens noble du terme qui faisaient avancer leur territoire.”