Ligue des champions: avantage aux nantis

L’Observatoire football du CIES (Centre international d’étude du sport) a livré un rapport sans équivoque: la Ligue des champions est prévisible. On exagère un peu. Elle est en tout cas plus facilement prévisible qu’avant. Et elle est aussi de plus en plus déséquilibrée.

Au moment où l’UEFA, cédant à la pression des grosses fédérations nationales, a décidé il y a trois ans de réserver quatre places directement en poules pour les quatre plus gros championnats (selon l’indice UEFA), le ver était dans le fruit.

Inquiète par les rumeurs qui prêtaient aux plus gros clubs l’idée de se regrouper pour créer leur propre championnat (le bruit court toujours d’ailleurs), l’UEFA a montré patte blanche pour les garder dans leur giron. Pour le coup, il était prévu une saine émulation, qui aurait dû permettre aux moins nantis une fantastique progression. Bien sûr…

Les chiffres sont là. À la veille des 8es de finales de la Ligue des champions, l’Observatoire du football a analysé les phases de poules de ces dernières années. Cela ne dit pas qui va gagner dès ce mardi dans les chocs à élimination directe, non. Mais cela dégage une tendance. Un brin inquiétante.

L’étude s’étend de 2003 à 2018. On résume.

La répartition des points. Durant les années 2003-2006 le premier de poule inscrivait en moyenne 2,11 points par match, avec une différence de but de +6,38. Sur la période 2015-2018, on passe à 2,26 points, avec une différence de but qui s’établit à +8,91. Le corollaire vaut pour les derniers de poule: l’évolution veut qu’ils marquent de moins en moins de points depuis 2003 et qu’ils prennent de plus en plus de buts.

Constat: l’écart se creuse entre les premiers et les derniers dans chaque poule, lors de cette compétition. Autre indicateur du déséquilibre, le nombre de matches se terminant avec trois buts d’écarts ou plus: en augmentations de près de 17% des rencontres entre 2003 et 2006, on est passé à près de 23% lors des trois dernières saisons.

En soi, pourquoi pas. Sauf que ces chiffres concernent les favoris. Donc les «gros». Le CIES a analysé les cotes sur les sites de paris en ligne de ces dernières années. Quand un favori a été désigné avec une cote de succès de 60% ou plus, cela se vérifie bien plus souvent aujourd’hui que par le passé. En fait, tout ce qui se passe n’est finalement que très logique.

L’UEFA a cédé sous la pression des gros clubs, elle leur garantit quasiment chaque saison une participation directe à la lucrative Ligue des champions, là où les autres doivent batailler dans des éliminatoires incertaines: les riches deviennent plus riches, les pauvres sont de plus en plus distancés et c’est la paupérisation qui guette.

Attention à ce que toute la première partie de la Ligue des champions ne perde pas sa saveur. (nxp)