Va-t-il y avoir six listes de gauche aux élections européennes ?

Ségolène Royal ne sera pas candidate aux élections européennes. La gauche modérée, socialiste et écologiste se retrouve plus que jamais éparpillée.

Ségolène Royal
Ségolène Royal © AFP / JUAN MABROMATA

“Je reprends ma liberté de ne pas être candidate, mais je reste dans le jeu des européennes” a déclaré Ségolène Royal sur France Inter, vendredi matin, estimant que les conditions pour se présenter, notamment l’union de mouvement de gauche écologiste, n’étaient pas réunies.

“Une partie de pocker dérisoire”

“C’était la dernier carte du PS dans une partie de pocker dérisoire“, voilà comment le porte-parole de Générations, Medhi Ouraoui a réagi après l’annonce de Ségolène Royal. 

Il faut arrêter de se mettre la rate au court bouillon, à chaque fois qu’un homme ou une femme providentiel.le, qui était ministre déjà sous Mitterrand ou Jospin,  annonce qu’il va prendre enfin sa retraite. C’était la dernier carte du PS dans une partie de pocker dérisoire qui n’est pas à la hauteur des enjeux que rencontrent la gauche, l’écologie et le pays.

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Medhi Ouraoui, porte-parole du mouvement Générations

Par Laurence Peuron

Il s’est réjoui que des personnalités “toxiques”  prennent leur retraite et que cesse enfin la “camisole démocratique” sur la gauche.

Benoît Hamon de sont côté est certain qu’il va dès lors devenir la force centrale du rassemblement à gauche. Il a fermé la porte lundi à une alliance avec le PS, tant qu’il siège avec le PSE (Parti socialiste européen), un parti qu’il qualifie de “supplétif des conservateurs” au Parlement européen.

Les écologistes préfèrent se présenter sans Royal

Le chef de file des écologistes, Yannick Jadot, a rejeté le 21 décembre la proposition de Royal d’être numéro deux sur une liste qu’il conduirait, et laissé sans réponse mercredi un message d’un de ses proches, le député Guillaume Garot.  

Interrogée sur ces fins de non-recevoir, Mme Royal a estimé que MM. Jadot et Hamon auraient des “comptes à rendre (…) si au lendemain des élections européennes nous avons un chaos au niveau du Parlement européen, une forte montée en puissance des nationalismes”.  

Oui Ségolène Royal, j’aurai des +comptes à rendre+ pour défendre l’écologie et l’Europe. Justement ! Nous devons à nos concitoyens clarté, constance et cohérence pour défendre une Europe solidaire et écologique“, a rétorqué Yannick Jadot sur Twitter.

Ségolène Royal s’est fait la conviction qu’il y allait y avoir six listes sur un espace représentant 20% des voix ! C’est un peu désespérant…”, a commenté l’un des proches de l’ancienne ministre.  

Le PS, le PCF, Générations, EELV, la France insoumise mais aussi Génération écologie, les Radicaux de gauche et le NPA ont d’ores et déjà annoncé leur intention de présenter des candidats le 26 mai 2019.  “Ce qui intéresse Ségolène Royal, c’est 2022“, croit savoir un sénateur PS. “Si elle mène ce combat pour finir à 7%, elle est hors-jeu pour la présidentielle“, décrypte-t-il.  Certains en sont sûrs, elle va enjamber les européennes tout en jouant la « Madame bons offices » et récupérer le parti socialiste quand Olivier Faure, lesté d’un mauvais score, devra céder sa place.

Le PS continue de chercher une union

Ségolène Royal a signalé que “l’équipe actuelle du PS autour d’Olivier Faure sont ceux qui ont le plus compris la logique du rassemblement, ils ont été capables de s’effacer (…) pour accepter l’idée d’une liste avec un.e politique / un. représentant.e de la société civile.”

Le PS a de son côté salué le “geste” de Mme Royal, qui doit selon lui “invite(r) au sursaut“. Il s’est engagé à continuer à travailler à l’union, au côté notamment de Place publique, le parti lancé par l’essayiste Raphaël Glucksmann.  Ségolène Royal bénéficiait du soutien d’une grande partie des siens, même si certains ont pu pointer qu’après “15 ans passés avec le couple François Hollande/Ségolène Royal”, il était temps de changer.

Le PS va donc continuer de “travailler au rassemblement autour de combats communs, comme il le fait depuis le 20 décembre avec Place publique, le mouvement lancé par Raphaël Glucksmann.  

Le PS, le PCF, Générations et Place publique se sont à nouveau mis autour de la table jeudi pour une deuxième réunion de travail, selon Place publique.  “Les calculs boutiquiers et les intérêts personnels ne sont plus de saison. Dans une crise comme celle que nous traversons, chacun doit se placer à la hauteur de l’attente et du moment“, souligne le PS.

Certains espèrent maintenant qu’Olivier Faure va “sortir du bois”.  Reste que le PS court le risque de ne pas même dépasser les 5% de voix nécessaires pour envoyer des députés européens à Strasbourg.