Tennis : Clara Burel dans le grand bain

Ce 5 décembre 2018 demeurera un jour à part pour Clara Burel. Elle se trouve alors au Centre national d’entraînement à Paris quand sa coach, Karine Quentrec, lui apprend qu’elle bénéficiera d’une wild card pour l’Open d’Australie. Il s’agit du point d’orgue d’un automne radieux pour la Bretonne.

Car en 2018, le palmarès de l’Armoricaine, née en mars 2001, s’est étoffé chez les juniors : finaliste à l’Open d’Australie et l’US Open, première sélection avec l’équipe de France de Fed Cup – son plus beau souvenir de l’année, confie-t-elle – et surtout, le 28 octobre, une victoire lors du Masters synonyme de première place mondiale du classement junior. « C’est mon premier trophée de cette importance et il me fait du bien car j’en avais marre de perdre des finales », déclarait-elle alors.

Elle s’entraînait avec les garçons

Cette consécration prend racine dans son enfance. Déjà, à Lannion (Côtes-d’Armor), son ancien entraîneur Olivier Roudet avait vu en elle une compétitrice née. « En match, elle ne lâchait rien. », affirme celui qui l’a coachée quatre séances par semaine de ses 8 à 13 ans. Sur les courts de Louannec, la native de Perros-Guirec se forge un caractère, malgré sa discrétion en dehors des terrains. « Je ne suis pas quelqu’un qui se fait remarquer », insiste l’adolescente.

A neuf ans, elle est déjà au-dessus du lot. Olivier Roudet propose alors à son président de l’entraîner aux côtés des garçons. « C’était pénible de rester avec des garçons, se remémore la néoprofessionnelle. Quand tu es jeune, tu préfères jouer avec tes copines. Mais ça m’a construit au niveau du caractère. » Ceux qui l’ont côtoyée sont également unanimes sur un point. « Elle jouait les bonnes zones, elle ralentissait le jeu, elle savait monter au filet quand il fallait », rappelle son ancien formateur. Seul point faible : le service. « Sur une séance de 2 heures, je passe 30 minutes à m’entraîner à servir, explique Clara Burel. C’est quelque chose que je fais, surtout depuis les dernières semaines. »

De Lannion à l’Insep

A la rentrée 2013, afin d’affronter des concurrentes plus relevées, la joueuse part à Rennes suivre un cursus en sport-études. Une expérience qu’elle souhaite oublier. « J’ai eu quelques soucis d’intégration au pôle. J’étais peut-être un peu trop jeune, pas encore prête à partir de chez moi. » Olivier Roudet complète : « Ses parents n’étaient en plus pas très chauds pour qu’elle parte. Elle est revenue à Lannion trois mois plus tard ». Très vite, l’INSEP souhaite l’intégrer parmi les vingt jeunes de la promotion tennis. « Le fait de partir pour Paris m’a fait un peu hésiter. Puis, quand on a visité l’établissement, l’ambiance m’a plu. » Deux mois plus tard, la voilà donc partie rejoindre l’élite du tennis junior français, et ceci pour quatre saisons (2014-2018).

Finaliste malheureuse à l’US Open junior en septembre dernier, la joueuse fera part d’une autre déception. « Je n’ai pas pu visiter grand-chose comme j’ai beaucoup joué, glissait-elle alors. Depuis petite, j’ai toujours voulu aller à New York. Ça change de la Bretagne. » Mais la récente bachelière n’oublie ni ses parents, qu’elle a « tous les jours au téléphone, même à l’étranger », ni sa région. Toutes les trois semaines environ, elle retourne à Louannec, dans la maison familiale. « J’y retrouve mes amies de collège, et j’en profite surtout pour me reposer ». Sa chambre d’enfant n’a pas changé. On y trouve toujours les posters de son idole Maria Sharapova. Cette même joueuse qu’elle pourrait croiser à Melbourne, à l’Open d’Australie. Mardi, pour le premier Grand Chelem senior de sa jeune carrière, la Française, 551e au classement WTA, devra relever un défi de taille, face à une adversaire de 13 ans son aînée, Carla Suarez Navarro, 23e joueuse mondiale et quart-de-finaliste l’an passée.