Quelles nouvelles stratégies ERP avec le digital ?

En octobre, GreenSI écrivait que dans le digital la relation client et la supply chain sont intimement intégrées en quasi-temps réel. Aujourd’hui ces applications CRM (ventes, services client, marketing…) et SCM (achats, stocks, logistique…), qui sont considérées dans le périmètre de l’ERP, donnent une première idée de ce que pourra être un ERP dans un monde digital. Quelque chose de certainement très différent de ce que l’on connaît aujourd’hui comme un gros système intégré, d’où son nom en français PGI (progiciel de gestion intégrée).

Ce billet poursuit cette réflexion et décode dans l’actualité les repères à prendre en compte dans sa stratégie d’évolution de son (ou ses) ERP et notamment la prise en compte du Cloud et du Digital. La dernière levée de fonds du français Talentsoft de 45 millions d’euros annoncée la semaine dernière, trois ans après une première de levée de 25 millions d’euros, est l’un de ces repères.

Comment expliquer, dans un monde ERP dominé par une poignée d’acteurs qui se partagent plus de la moitié du marché, sur un besoin aussi “ancien” que les ressources humaines, qu’il y ait encore de la place pour un nouvel acteur mondial. C’est en effet l’ambition de cette levée de fonds que de se développer fortement l’international.

La vision de GreenSI c’est celle du début d’une transformation profonde du périmètre de l’ERP tel qu’on le connait.

Talentsoft avec sa gestion des talents, pour en finir avec la seule gestion des ressources humaines (signe des temps), n’est pas le seul acteur à “grignoter” des morceaux, ou plutôt des processus, à l’ERP.

Concur est l’expert de la gestion des notes de frais, avec des interfaces vers des plateformes digitales comme Uber, ou une application mobile pour scanner, et aider les salariés à récupérer leurs justificatifs de déplacements et à l’entreprise de mieux maîtriser ses dépenses.

Workelo est un expert du “on-boarding”, l’ensemble des procédures pour accueillir un nouveau salarié, et faire que ce moment clef pour lui se passe bien… pour le fidéliser.

CashOntime est un expert du recouvrement, c’est pourtant une fonctionnalité bien présente dans les ERP qui gèrent les comptes clients et la facturation depuis bien longtemps.

Il faut voir que ce marché est en croissance de 11% par an mondialement (taille de $31 milliards en 2017). C’est la plus forte croissance, devant le conseil, de tous les segments du marché informatique. Il est donc plus facile pour des nouveaux entrants de s’y faire une place que dans un marché moins porteur. Il attire donc le capital investissement donc les moyens sont actuellement importants.

Ceux qui réussissent utilisent les forces de la transformation digitale en cours, à savoir le Cloud (notamment le SaaS) et surtout cherchent à réinventer une nouvelle expérience utilisateurs. Dans les exemples précédents, l’expérience utilisateur est mise en avant par ces logiciels experts et
permet de rendre conviviaux et personnalisés des processus pas toujours
très souples dans les ERP, trop génériques pour gérer les exceptions.

 

L’expérience utilisateur est un formidable levier d’adoption. Elle s’appuie sur une construction agile et itérative au fur et à mesure des besoins. C’est donc aussi une réduction des coûts associés à la conduite de changement, une des difficultés pour le déploiement des ERP dans l’entreprise et parfois la cause principale des échecs de projets.

Ces nouveaux outils experts font donc plus que d’amener une richesse fonctionnelle, qui souvent existe déjà ailleurs. Ils amènent une richesse collaborative et une intelligence particulière pour comprendre l’utilisateur. GreenSI ne serait pas surpris que ce soit ces solutions qui intègrent prochainement les avancées de l’intelligence artificielle, non pas pour plus automatiser les processus, mais pour rendre plus performants leurs utilisateurs.

 

L’irruption massive de la technologie, partout en dehors de l’entreprise, est une autre raison de la limite du modèle des ERP. Le billet précédent montrait que CRM se développait avec les technologies multicanales, les magasins connectés et demain les assistants vocaux. La Supply-chain elle doit faire face à la prolifération d’objets connectés, à l’impression 3D et demain à la blockchain pour les produits demandant une traçabilité absolue.

Avec une version majeure tous les 5 ans (SAP c’est une tous les 10 ans depuis qu’il a créé la catégorie), l’ERP est victime de la taille de sa base installée pour tenir le rythme demandé par l’intégration de ces technologies dans les usages. Sans compter que la disponibilité d’une nouvelle version, prends encore quelques années à être installée par les DSI si on est pas en SaaS. Il est donc facile pour une startup de faire table rase et de repartir de la feuille blanche pour réinventer un processus, surtout que les technologies d’intégration de données ne manquent pas, voir avec le développement de la RPA (Robotic Process Automation) vont exploser et profiter des investissements en intelligence artificielle.

GreenSI voit donc deux conséquences relativement immédiates à cette situation :

  • Les DSI vont devoir apprendre à gérer le recouvrement fonctionnel et la redondance. C’est pourtant contraire à toutes les règles d’architecture fonctionnelle. Certes, mais ne pas bénéficier intelligemment de cette tendance pourrait enfermer le SI dans une prison dorée risquée à moyen terme si finalement le modèle ERP unique et intégré perd la partie.
  • Les ERP vont donc devoir évoluer vers une plus grande modularité pour la commercialisation de leur offre pour faire face à cette nouvelle concurrence, qui, ne nous y trompons pas, est le révélateur des attentes de leurs clients. Et puis ils font déjà face à la grogne de leurs clients pour ce qui est de la politique de licences (voir La fronde des DSI contre les éditeurs).

Bien sûr les grands éditeurs ne restent pas sans réagir, pour l’instant avec des acquisitions. SAP a par exemple racheté Concur plutôt que de le laisser se développer et devenir un concurrent un peu trop gênant. Et puis Oracle est connu pour sa stratégie de rachat externe plutôt que de développement interne. C’est ce qu’il a fait en reprenant Netsuite, un ERP natif dans le Cloud.

Et puis le cloud, future plateforme dominante des ERP, en tout cas pour les nouveaux entrants, évolue lui aussi.

Une première tendance est aux plateformes de développement (PaaS) à l’instar de Salesforce qui a complété son offre SaaS de cette possibilité. Le pionner du SaaS qui a publié ses comptes récemment, nous donne aussi une information sur la croissance comparative de ses business et notamment sur ses efforts de croissance de 51% de son PaaS, à comparer aux 10% de croissance du Sales Cloud (aligné avec les 11% de croissance des applications d’entreprise déjà cité).

 

Le développement informatique est redevenu une priorité pour les DSI dans le digital. Développer sur une plateforme Cloud permet une intégration plus facile avec les solutions SaaS qui exposent des services. C’est aussi un moyen de combler la fracture potentielle des données entre le “on-premise ” et le Cloud.

Une seconde tendance plus lointaine est celle du développement du Edge, les données locales, versus centrales pour le Cloud, dont on aura besoin pour piloter les usines intelligentes et repenser l’expérience utilisateur dans les magasins par exemple (voir Edge computing: qui va gérer les données). En soi, le Edge est antinomique avec le modèle de l’ERP qui repose sur une base de données unique, multi-métiers, multidevises, multi-sociétés.

Que ce soit par la réduction du périmètre fonctionnel, par le développement du SaaS, le retour du PaaS et du développement spécifique, ou demain de l’intelligence déployée dans le Edge, la fragmentation de l’ERP est acquise. La stratégie SI va devoir s’y adapter, mais c’est peut être l’opportunité d’avoir une stratégie digitale qui ne reste pas superficielle sur le front-office du portail e-commerce.