Les manœuvres israéliennes et la riposte libanaise

La visite du sous-secrétaire d’État américain pour les Affaires politiques et ancien ambassadeur au Liban David Hale relance les appréhensions sur une éventuelle dégradation de la situation à la frontière sud du Liban. Cette visite intervient justement après une tentative israélienne de construire le mur de séparation entre le Liban et Israël sur un des points litigieux entre les deux pays. La démarche israélienne a d’ailleurs immédiatement abouti à la convocation d’une réunion extraordinaire du Conseil supérieur de défense à Baabda sur une initiative du chef de l’État. À l’issue de cette réunion, le Conseil a annoncé que des instructions strictes ont été données à l’armée libanaise pour faire face à toute agression israélienne contre le Liban.

L’action israélienne et la riposte libanaise rappellent que depuis quelque temps, la tension augmente entre le Liban et Israël. Cela a commencé avec les accusations lancées par le Premier ministre israélien à partir de la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, contre le Hezbollah, de cacher des armes dans les zones résidentielles dans la banlieue sud de Beyrouth et le long de la route de l’aéroport. Ces accusations ont tourné court et on se souvient de la réaction spectaculaire du ministre des Affaires étrangères pour les démentir. Il y a eu ensuite la soi-disant découverte de tunnels creusés par le Hezbollah pour envahir le nord de la Galilée et plus récemment les travaux de construction d’un mur de séparation sur un des points controversés.

Il faut préciser à cet égard que l’existence de ces points (il y en aurait 14 au total) remonte aux négociations pour le retrait des troupes israéliennes en mai 2000. En dépit de la supervision de l’ONU et des efforts de la secrétaire d’État américaine de l’époque Madeleine Albright, les Libanais et les Israéliens ne sont pas parvenus à s’entendre sur le tracé des frontières entre eux et plusieurs portions de territoire sont restées controversées. Il a donc été convenu de tracer ce qu’on appelle « la ligne bleue » qui est une sorte de frontière provisoire en attendant que les deux parties se mettent d’accord sur des frontières définitives. Ce qui n’est jamais arrivé depuis.

Mais cette mésentente n’a pas empêché les Israéliens d’essayer à la moindre occasion de grignoter quelques mètres, d’abord pour chercher à créer un fait accompli et ensuite pour tester les intentions du camp libanais. On se souvient à cet égard de l’incident dit de l’arbre de Adayssé en 2010, lorsque les Israéliens avaient attaqué l’armée libanaise soupçonnée d’utiliser un arbre situé, selon eux, du côté israélien. Ce qui avait provoqué une riposte de l’armée libanaise et le monde s’était mobilisé contre l’arbre incriminé…

Jusqu’à récemment, la décision israélienne de construire un mur de séparation avait donc soigneusement évité les points controversés. Mais jeudi, les Israéliens ont entamé des travaux sur un des points considérés par le Liban comme faisant partie de son territoire. Cette superficie assez modeste (on parle d’un peu plus d’un kilomètre carré) relie en fait les deux localités libanaises de Kfar Kila et Adayssé, et elle abrite 37 constructions. Elle est donc importante sur le plan terrestre mais aussi sur le plan maritime, car si on suit le tracé qui passe par là, cela augmenterait la portion du bloc 9 maritime réclamée par les Israéliens et considérée par le Liban comme faisant partie de ses eaux territoriales.

Ce n’est donc certainement pas un hasard si la visite du responsable américain à Beyrouth, au cours de laquelle il doit rencontrer tous les responsables du pays, intervient à ce moment précis et alors que le Liban avait déjà refusé les propositions du précédent secrétaire d’État américain Rex Tillerson au sujet d’un accord sur le partage du bloc 9, en contrepartie de la renonciation par les Israéliens à revendiquer certaines portions territoriales le long de la ligne bleue.

Pour le Liban, la manœuvre israélienne montre une fois de plus que les Israéliens cherchent par tous les moyens à remporter une victoire même symbolique sur le Liban au moment où ils traversent une période d’échec dans les rapports de force régionaux, notamment en Syrie, avec la perspective du retrait américain de ce pays. Avec l’affaire des tunnels, soulevée au moment du renouvellement du mandat de la Finul par le Conseil de sécurité, les Israéliens espéraient obtenir une modification en leur faveur du mandat de la force internationale déployée à la frontière libano-israélienne. Ils n’ont pas obtenu gain de cause et le mandat de la Finul a été renouvelé sans le moindre changement dans la mission. D’ailleurs, hier, les Israéliens ont annoncé la fin de l’opération dite « Bouclier du Nord » qui était destinée à détruire les tunnels du Hezbollah et qui a duré près de dix semaines.

Aujourd’hui, le grignotage du territoire, sous couvert de construction du mur de séparation, vise, d’une part, à remettre sur le tapis les négociations indirectes sur le bloc 9 en profitant de la visite du responsable américain à Beyrouth. En même temps, les Israéliens veulent tester la solidité du front interne libanais, au moment où les divisions semblent atteindre leur apogée et empêchent la naissance d’un nouveau gouvernement depuis près de 8 mois. De fait, les conflits libanais internes ne cessent de se développer et ils opposent désormais clairement le camp du chef de l’État à celui du président de la Chambre au sujet de la tenue du sommet arabe pour le développement économique et social.

Mais que ce soit du côté du chef de l’État ou de celui du président de la Chambre, on affirme que la position à l’égard des manœuvres israéliennes est inchangée, indépendamment des divergences sur d’autres dossiers.

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