Le 14 janvier 2011: des événements … des noms aussi

Nous célébrons aujourd’hui le 8ème anniversaire du 14 janvier 2011, cette date  est restée gravée dans la mémoire des Tunisiens.  Ils ont cru en une nouvelle Tunisie certainement plus libre, plus démocrate et plus civilisée.

 Pourtant, des zones d’ombre planent sur ce départ précipité d’un président qu’on croyait indétrônable et sur les rôles joués par des personnages clés, tels que le général Rachid Ammar ou l’ancien ministre de la Défense, Ridha Grira. Dans un contexte qui restera certainement flou à  plusieurs niveaux, des noms  peu connus pour certains, ont émergé pour devenir des visages aussi identifiables que les personnages publics. Quelques uns se sont même élevés au rang de symboles de ce soulèvement populaire qu’on qualifie, arbitrairement ou à juste titre de révolution. En voici quelques exemples :

Le 17 décembre 2010, Fadia Hamdi inspectrice municipale avait saisi la marchandise de Mohamed Bouaziz qui l’a insultée, elle a réagi en le giflant.  Cet incident a marqué la première étincelle de la révolution.

Mohamed Bouazizi, jeune diplômé universitaire, chômeur, il était vendeur ambulant de fruits et légumes à Sidi Bouzid. Il s’immole le 17 décembre 2010, et succombe à ses blessures  le 4 janvier 2011. Il devient  ainsi  symbole de la révolte.
Célibataire, il avait un frère prénommé Salem et une sœur, Leila. Sa famille réside actuellement au Canada.

Ahmed Hafnaoui est l’auteur de la fameuse citation approximatif : (Nous avons tant attendu ce moment historique) et qui lui a valu le titre du “sage de la révolution”.
Hafnaoui vit aujourd’hui une crise financière difficile après avoir été contraint à vendre son café. Il a fondé une association qu’il a baptisée ‘Association les Jasmins’ , ayant pour but d’encadrer les jeunes et les encourager au travail volontaire, il est également membre de l’observatoire national de l’éducation.

Activistes, blogueurs et artistes
 

Le 14 janvier 2011, Radhia Nasraoui l’avocate et militante était l’une des premières à manifester devant  le ministère de l’Intérieur. Son mari, Hamma Hammemi opposant de Ben Ali était arrêté dans les geôles du ministère de l’intérieur.  
L’un des moments les plus symboliques du 14 janvier était quand l’avocat Abdennacer Laaouini était sorti la nuit dans l’avenue Habib Bourguiba et criait ‘Ben Ali s’est enfui… ‘ Aujourd’hui, il exerce son métier d’avocat et  il est membre du comité de défense des deux martyrs Mohamed Brahmi et Chokri Belaid.

Slim Amamou, cyber-militant et blogueur  avait fait partie de la contestation contre le régime de Zine el-Abidine Ben Ali. Le 22 mai 2010, il tente d’organiser une manifestation pour protester contre la censure du régime qui lui vaut d’être arrêté par la police et interrogé. Il participe à la fondation du Parti pirate en Tunisie.

A la suite de la fuite du président Zine el-Abidine Ben Ali et de la création d’un gouvernement d’union nationale, il est nommé secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports le 17 janvier 2011. Mohamed Aloulou est son ministre de tutelle. En février, il se prononce pour « la liberté totale sur Internet ». Le 25 mai 2011, il  démissionne et rejoint le Parti pirate. Il déclare alors : « J’ai accepté d’entrer dans ce gouvernement avec l’idée de peser sur les décisions. J’en suis sorti parce que nous avons défini un agenda politique clair ».

Amel Mathlouthi était, le 14 janvier 2011, sur place devant le ministère de l’intérieur pour une série de concerts, sa chanson kelmti Horra avait marqué la révolution, qu’elle a continuée à soutenir depuis la France. Elle vit actuellement aux USA et poursuit sa carrière de chanteuse engagée.

Militaires et sécuritaires

Le général Rachid Ammar, chef d’état-major des armées et général de corps d’armée, est aujourd’hui à la retraite. Rachid Ammar général de corps d’armée,  il était  considéré comme héros de la révolution en refusant de tirer sur des civils désarmés, et en assurant publiquement que l’armée se portait garante de la révolution.

Le général Ali Sariati chef de la garde présidentielle et responsable de la garde nationale et de la police, avait convaincu le président Ben Ali de prendre l’avion avec  sa famille en direction de l’Arabie Saoudite, pour revenir plus tard. Seriati a été arrêté par deux officiers de l’armée au moment où l’avion présidentiel décollait de la base militaire d’El-Aouina, mitoyenne de l’aéroport de Tunis-Carthage, pour se rendre à Djeddah, en Arabie saoudite. Deux jours plus tard, le procureur de la République près le tribunal de première instance de Tunis ordonnait l’ouverture d’une enquête judiciaire contre le général et ses adjoints pour « complot contre la sûreté intérieure de l’État », « actes d’agression » et « incitation à s’armer, à commettre des crimes et à provoquer le désordre sur le territoire tunisien ». Il  est aujourd’hui à la retraite.

Le colonel Sami Sik Salem ancien directeur de la Sécurité présidentielle a été promu au grade de colonel major puis nommé conseiller auprès du président de la République chargé de la direction générale de la sécurité du chef de l’Etat et des personnalités officielles.
En 2018, Sami Sik Salem, consul général à Lyon (France). Il était consul à Tripoli et Toulouse.

Samir Tarhouni, l’ancien patron de la brigade antiterrorisme (BAT) a été l’un des principaux protagonistes du départ de Ben Ali, aujourd’hui, directeur général de la formation au sein du ministère de l’intérieur.
Vers 13 heures, le lieutenant-colonel Tarhouni reçoit un appel de son collègue aiguilleur du ciel à l’aéroport de Tunis-Carthage. “Les Trabelsi [la belle-famille du président] sont en train de se regrouper. Ils cherchent à fuir.”
Le 14 janvier 2011, Tarhouni empêche les Trabelsi de quitter le pays.
Avant de remettre ses otages à l’armée, une heure après la fuite du dictateur, Tarhouni, fait en sorte que la scène soit filmée et diffusée immédiatement sur les réseaux sociaux.

Le colonel Mahmoud Cheikhrouhou, pilote de l’avion présidentiel, avait assuré le 14 janvier 2011 le départ de ben Ali, sa femme Leila Trabelsi, son fils Mohamed, sa fille Halima et son fiancé. Il a reçu l’ordre de rentrer à Tunis sans Ben Ali. Il est aujourd’hui à la retraite.

Elyes Mankbi, commandant adjoint de l’aéroport militaire d’El Aouina et actuellement PDG de Tunis Air. Mnakbi aurait confisqué le portable de Imed Trabelsi le 14 janvier alors qu’il était dans la salle d’embarquement de l’aéroport Tunis Carthage, avec plusieurs membres de la famille Trabelsi. Imed Trabelsi essayait de contacter l’un des fils de Kadahafi et l’homme d’affaires Aziz Miled afin de joindre un homme d’affaire italien en Sicile, qui lui avait promis de lui envoyer un avion sur le champ à l’aéroport Tunis Carthage.
Mnakbi a essayé de faire patienter Imed Trabelsi qui n’arrêtait pas de poser des questions quant à l’atterrissage de l’avion italien, et ce jusqu’à l’aube du 15 janvier 2011 pour voir ses rêves s’envoler.
De la devise d’une valeur d’un milliard et demi, des bijoux d’une valeur de 7 milliards appartenant à la famille hussinite, ont été saisis.

Les personnalités politiques

Le Premier ministre tunisien, Mohamed Ghannouchi, prend l’intérim du gouvernement quand le président Ben Ali fuit le pays le 14 janvier après midi.
Ghannouchi forme un nouveau gouvernement dit d’union nationale le 17 janvier 2011, mais la présence de membres du RCD à des postes clés provoque, en moins de 24 heures, la colère de la population et la démission de plusieurs ministres d’opposition.

A la suite de manifestations, il annonce la composition d’un nouveau gouvernement. Le départ du RCD de Mohamed Ghannouchi le jour même n’a aucun effet sur la suspicion que l’opinion publique tunisienne entretient à son égard.
 A l’issue du premier Conseil des ministres de son nouveau gouvernement, il est annoncé que l’Etat prend possession de tous les biens mobiliers et immobiliers du RCD. Ce n’est cependant pas suffisant pour les manifestants qui exigent la dissolution du parti.
Ghannouchi présente sa démission le 27 février 2011. Il est aujourd’hui  à la retraite.

Fouad Mbazaa, président de l’assemblée nationale, était le successeur constitutionnel. Mais, malade, il a refusé l’interim.
Le lendemain, Fouad Mebazaa, en qualité de président de la Chambre des députés, est désigné président de la République par intérim par le Conseil constitutionnel, en application de l’article 57 de la Constitution de 19596. Il est aujourd’hui à la retraite.

Ahmed Friaa est un universitaire et chercheur dans le domaine de la théorie des structures et des mathématiques appliquées aux sciences de l’ingénieur, aujourd’hui à la retraite du ministère de l’enseignement supérieur. Il a été nommé le 12 janvier 2014, soit deux jours avant le 14 janvier au ministère de l’Intérieur, il n’y sera resté que 15 jours, quittant son poste le 27 janvier 2014.

Ridha Grira était à la tête de l’institution militaire, il a joué un rôle très positif dans les événements du 14 janvier 2011, ayant conduit au départ de Ben Ali. Il a  fait arrêter Ali Seriati.
Le 20 septembre 2011, un mandat de dépôt est émis à son encontre pour des accusations portant sur la période où il a occupé les fonctions de ministre des Domaines de l’Etat et des Affaires foncières. Même s’il n’est reconnu coupable dans aucune des affaires le concernant, il est maintenu en détention. Son état de santé se détériore et son avocat fait plusieurs déclarations pour aviser les autorités et l’opinion publique.
Le 4 mars 2014, il est libéré sur décision du tribunal de première instance de Tunis. Il est toutefois condamné à 36 ans de prison dans plusieurs affaires.

Une liste non exhaustive des noms qui ont été en plein ou de près dans ce 14 janvier 2011, qui, quoi qu’on en dise, aura marqué une étape importante de l’histoire de la Tunisie post –coloniale.