"J'ai peur que le débat soit manipulé" : les craintes dans la commune où le grand débat national sera lancé

Le maire de Grand Bourgtheroulde a promis de remettre mardi à Emmanuel Macron le cahier de doléances rempli par ses administrés en mairie.
Le maire de Grand Bourgtheroulde a promis de remettre mardi à Emmanuel Macron le cahier de doléances rempli par ses administrés en mairie.•
Crédits : Maureen Suignard

Radio France

Grand-Bourgtheroulde est une commune de 3 800 habitants située à une trentaine de kilomètres au sud de Rouen. Le bourg est dynamique avec le long de la grande rue plusieurs boulangeries, la boucherie, la pizzeria, le fleuriste à l’entrée très soignée, et même le bureau de Poste.

À la tête de la commune, un jeune élu de 38 ans, sans étiquette. Vincent Martin a constaté que ses administrés soutenaient largement le mouvement des “gilets jaunes”. “C’est une population qui est assez représentative :  une population assez mixte, avec des retraités, une population rurale mais aussi de jeunes cadres qui se rendent sur l’agglomération de Rouen à 30 kilomètres. Nous voyons bien qu’il y a eu un écho très important dans des bassins de vie comme les nôtres parce qu’on a besoin de la voiture pour faire ces trajets.”

Dans la commune de Grand Bourtheroulde dans l'Eure de nombreux habitants ont posé un gilet jaune dans leur voiture
Dans la commune de Grand Bourtheroulde dans l’Eure de nombreux habitants ont posé un gilet jaune dans leur voiture•
Crédits : Maureen Suignard

Radio France

Désormais, de nombreuses vestes fluorescentes ornent les tableaux de bord des voitures. Michel, un retraité de 80 ans a posé son gilet dans sa voiture: “J’ai presque 80 ans et depuis le début, je mets mon gilet parce que je trouve que nos gouvernants, qu’ils viennent de n’importe quels bords, pensent d’abord à eux avant de penser aux citoyens. Les premiers “gilets jaunes” n’étaient pas des casseurs. C’était des gens qui manifestaient qui disaient “nous on en a ras-le-bol de payer pour ces gens qui croulent sous l’argent.” Ils ne savent plus quoi en faire et où ils le mettent ? Dans de grosses industries où les gens travaillent à fond pour leur faire gagner des dividendes” se désole Michel. 

“On ne mérite pas tout ce qu’il nous fait Macron”

Michel dit avoir une situation correcte, se réjouit d’avoir une maison et une voiture. Ce n’est pas forcément le cas de Francis, lui aussi retraité. “On ne mérite pas tout ce qu’il nous fait Macron. Ma femme a une petite retraite. Elle touchait 805 euros et depuis la hausse de la CSG elle ne touche plus que 788 euros. Heureusement que je suis avec elle, qu’est ce qu’elle ferait de 788 euros ?” 

La question du pouvoir d’achat est au cœur des préoccupations de Francis, mais il dénonce également une déconnexion, une fracture entre la population et les élus. “Moi je ne demande pas qu’il démissionne mais qu’il écoute la population ! _Sincèrement je ne sais pas si il réalise comment vivent les gens, il y en a qui sont vraiment dans la misère_.”   

À Grand Bourgtheroulde, il n’y a pas d’opposition entre les commerçants et les “gilets jaunes”. Johan qui a créé son restaurant il y a deux ans estime que tous ont les mêmes difficultés: “Nous on est des petits commerçants donc on est face aux clients, on écoute. Ils ont du mal à y arriver ils aimeraient bien consommer plus mais il ne peuvent pas . On a à peu près le même niveau de salaire. Par exemple moi _j’ai un salaire moyen et pourtant je suis artisan, je gagne à peu près le SMIC_.”

“J’ai peur que le débat soit manipulé”

Les commerçants ont du retirer leur terrasses, leur pancartes, tout ce qui pourrait être utilisé comme projectile en cas de débordement ce mardi. La visite d’Emmanuel Macron est certes au cœur des discussions mais les habitants se disent plutôt indifférents. Ils n’attendent pas vraiment grand chose du grand débat national à l’image de Gaël, un autre commerçant très mobilisé depuis deux mois. J’ai peur que le débat soit manipulé, que cela ne soit pas restitué comme il le faut. Ils vont vouloir qu’on aille dans leur sens. On nous parle de ruissellement mais le ruissellement il est là et il se fait par le bas pour le haut. Ce dialogue vient beaucoup trop tard” explique Gaël désabusé. 

Pour l’ancien maire de la ville Bruno Questel, l’enfant du pays désormais député la République En Marche de l’Eure, c’est une erreur de ne pas participer au débat: “Ne pas user de son droit c’est y renoncer. _On ne peux pas après revendiquer en demandant  de nouveaux droits si on n’use pas des droits dont on dispose déjà_.”

Le grand débat aura lieu jusqu’à la mi-mars. Chacun pourra organiser des réunions à l’échelle du quartier, de la commune, de la région. Une plateforme en ligne sera également ouverte. Le gouvernent a cadré ce débat en délimitant quatre thèmes : celui de “la transition écologique”, “la fiscalité et les dépenses publiques”, “la démocratie et la citoyenneté” et puis “l’organisation de l’état et des services publics”.

Pour Vincent Martin, le maire de Bourgtheroule, les citoyens doivent s’emparer du débat et les maire jouer un rôle d’intermédiaire: “J’ai déjà entendu que c’était que de l’enfumage que ça ne servait à rien mais il faut au moins essayer de faire ce premier pas pour consigner les demandes et faire remonter les informations. Nous regarderons tous ensemble comment cela va se passer après.”

Un cahier de doléances à la mairie

Véronique et Michel écrivent dans le cahier de doléance qui sera remis au président de la République
Véronique et Michel écrivent dans le cahier de doléance qui sera remis au président de la République•
Crédits : Maureen Suignard

Radio France

En attendant, le grand lancement, il est toujours possible de s’exprimer dans le cahier de doléance, posé dans l’entrée de la Mairie. Assis derrière le bureau, Véronique et son mari Michel sont très concentrés, mais plutôt pessimiste. “Avec tout ce que j’ai à payer, il nous reste 1000 euros pour vivre par mois donc je demande qu’il supprime la CSG et qu’il enlève la minoration pour les longues carrières.” explique  Michel. Une situation difficile d’autant plus que Véronique ne travaille plus: “Là j’ai fini mes droits au chômage, je ne touche plus rien. J’ai travaillé 35 ans à l’usine pour rien, ce n’est pas normal.” Mais le couple souhaite tout de même garder espoir et espère qu’ils seront entendus. 

Le maire s’est en tout cas engagé à remettre en main propre ce cahier de doléances au président de la République.