Finistère. Grand débat national : les maires ruraux s'interrogent

Nadine Kersaudy, présidente de l’association des maires ruraux du Finistère passe en revue les sujets d’actualité. Sans tourner autour du pot.

Nadine Kersaudy est maire de Cléden Cap-Sizun depuis 1995.
Nadine Kersaudy est maire de Cléden Cap-Sizun depuis 1995.

Nadine Kersaudy, maire de Cléden Cap-Sizun et présidente de l’association des maires ruraux du Finistère passe en revue les sujets d’actualité.

Que retenez-vous de l’année 2018 ?

Il y a bien évidemment le contexte social tendu, le mouvement des Gilets jaunes.

Je retiens aussi des mesures qui n’ont pas été bien comprises : la limitation à 80 km/h, le durcissement du contrôle technique… ou encore le chamboulement des relations entre l’État et les collectivités.

 Qu’en est-il pour les communes rurales ?

J’ai parfois l’impression de radoter ! Cela fait des années que je demande de revoir les critères de calcul de la dotation forfaitaire des communes (DGF), attribuée par l’État. Pourquoi un habitant d’une commune rurale vaudrait deux fois moins qu’un habitant d’une plus grande ville ? Dans le Finistère, plusieurs communes rurales ont vu leur DGF diminuer, notamment dans le pays Glazik.

Les relations entre l’État et les communes ont par ailleurs beaucoup évolué avec la loi NoTRe, adoptée en 2015. Son but était de réaliser des économies. Mais quel est le bilan aujourd’hui ? Ce texte a eu pour effet d’entraîner le transfert de compétences vers les intercommunalités. Ces dernières ont ainsi été renforcées. Mais certaines d’entre elles ont-elles les reins assez solides pour gérer tout cela ?

 On dit que les maires ont le blues. Vous confirmez ?

Parmi nos adhérents, certains en ont marre. Ils n’ont pas envie de se représenter en 2020. En tant qu’élus de petites communes rurales, ils déplorent aussi la perte de représentativité dans une intercommunalité plus grande. C’est notamment le cas de Langolen qui a perdu deux délégués après la fusion entre la communauté de communes du pays Glazik et Quimper communauté.

Face à cela, l’association des maires ruraux de France propose la mise en place d’un binôme paritaire comme au Conseil départemental. Derrière cette idée, le message que l’on envoie au gouvernement et aux hauts fonctionnaires est de ne pas avoir peur de la ruralité.

 Comment percevez-vous le mouvement des Gilets jaunes, vous qui êtes maire d’une commune à l’extrémité du Cap-Sizun ?

Certains de mes administrés arborent un gilet jaune derrière le pare-brise de leur véhicule. Une délégation de Gilets jaunes a demandé à me rencontrer. Ma porte leur est ouverte. J’attends qu’ils s’entendent sur une date. Cela montre que le mouvement n’est pas structuré et qu’il n’a pas forcément envie de l’être.

Et au vu des images de violence, de casse, j’espère que 2019 n’est pas l’année de tous les dangers. Souhaitons que le grand débat national aboutisse à des mesures concrètes. Je suis d’accord et prête à déployer de l’énergie pour l’organiser sur mon territoire à condition que tout ne soit pas déjà ficelé.

 En Cornouaille, le pôle métropolitain souhaité par Ludovic Jolivet, le président de Quimper Bretagne occidentale, attendra. Quelle est votre position ?

Lorsque Ludovic Jolivet est venu présenter le projet aux élus du Cap-Sizun, je lui ai dit qu’il n’avait pas bien expliqué ce qu’était un pôle métropolitain. Ni à quoi ça allait servir. Cependant, je crois qu’il est nécessaire de travailler ensemble tout en prenant le temps d’associer la population, d’expliquer les choses aux élus, et ne rien leur cacher.