BOURGES CGT et gilets jaunes cherchent à régler leurs pas

Dans les rues berruyères, où 7 000 personnes se sont rassemblées, les gilets jaunes ont manifesté aux côtés de la CGT sans que les deux cortèges ne se confondent. Ils nourrissent pourtant des aspirations communes.

Ceux qui avaient décidé de venir manifester à Bourges (Cher) en prenant l’autoroute pouvaient déjà prendre la température du déploiement de forces de l’ordre promis par Édouard Philippe. Chaque voiture était stoppée, fouillée et l’identité de ses occupants vérifiée dès le péage de sortie. Des mesures qui n’ont pas empêché des milliers de gilets jaunes et de syndicalistes CGT de se rassembler, les uns sur la place Séraucourt, les autres devant la Maison des syndicats, place Malus. Une manifestation à deux têtes qui, dès son annonce, a rapidement vu ses contours s’élargir. De dimension locale, elle est devenue régionale, avant de revêtir en quelques jours un caractère national. Les gilets jaunes utilisant les réseaux sociaux, tandis que la CGT mettait en mouvement ses organisations pour affréter des cars dans les départements voisins.

Dans le Cher, l’union départementale CGT est « dans le mouvement depuis le 17 novembre », assure son secrétaire général, Sébastien Martineau. « Une fois passé la peur de la récupération de leur part, ils nous ont invités à leurs actions et nous les avons conviés aux nôtres », ajoute-t-il. « Ce qui nous rapproche, ce sont les revendications : le retour de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), l’augmentation des salaires et des pensions, etc. »

À quelques rues de là, le cortège de milliers de chasubles fluo s’élance de la place Séraucourt. Sur les pancartes et les gilets, les slogans fleurissent : « Qui sème la misère récolte la colère », « Tous ensemble pour une vraie démocratie », ou encore : « Nos désirs font désordres ? Vos délires font des hordes. » Florence et Jimmy sont venus de la Vienne pour se joindre au cortège. Lui, ouvrier agricole, est révolté par les paroles d’Emmanuel Macron se plaignant de Français qui n’auraient pas suffisamment « le sens de l’effort ». « Des efforts, on en fait tous les jours. Maintenant c’est aux premiers de cordée d’en faire. » Pour le couple, qui dit s’en sortir tout juste avec leurs quatre enfants, la présence du cortège CGT est une bonne chose, même si, selon Jimmy, « les syndicats sont discrédités, à tort ou à raison ». Celui-ci précise : « Si l’on veut une grève générale, il nous faudra des syndicats. » Florence ajoute : « Et eux sont organisés, nous pas. »

Ils ne rencontreront pourtant pas Éric, dont le gilet porte le sigle de la CGT, et pour qui le mouvement des gilets jaunes a créé une autre ambiance dans les ateliers de Michelin à Saint-Doulchard (Cher), où il travaille et est élu délégué syndical. « Il redonne le moral et l’envie de se bagarrer », ajoute l’ouvrier de production, en débrayage la veille dans son usine. Pour lui aussi, il faut « un vaste mouvement de mobilisation du monde du travail », qui doit « passer par la grève dans les entreprises ». Des aspirations communes qui se croisent, sans toujours parvenir à se rencontrer.

Peu à peu, le cortège de la CGT s’approche de celui, imposant, des gilets jaunes. Quelques voix s’élèvent, refusant que des drapeaux rouges intègrent le cortège, tandis que des étendards flanqués de la fleur de lys ou de la croix de Lorraine y sont brandis sans problème. Une majorité de gilets jaunes ne trouvent pourtant rien à redire à la présence de la CGT, comme Jonathan, fonctionnaire territorial venu de Corrèze. « Je ne savais même pas que la CGT avait prévu de manifester avec nous. Mais ça ne me pose pas de problème. Ils défendent les mêmes revendications que nous. »

Les uns comme les autres semblent souhaiter à leur manière que cette journée, close par quelques heurts avec la police, constitue un point d’étape important dans l’évolution du rapport de forces.