Villefranche : la librairie de la rue du Sénéchal, une aventure qui dure…

Trente ans déjà. Au début de l’année 1989, Patrice Lesueur créait la librairie du Sénéchal, du nom de la rue éponyme. À la fin des années 1970, celui qui était enseignant de français dans un collège parisien, après des études de lettres à la Sorbonne, voulait revenir dans la région où il possédait des attaches familiales et où il s’était marié avec une Villefranchoise. Sa demande de mutation avait essuyé un refus. Qu’à cela ne tienne. Patrice Lesueur démissionnait de son poste dans l’Education nationale.

Arrivé à Villefranche, Patrice Lesueur créait en 1977 les éditions du Pays d’Oc, spécialisées dans les ouvrages régionaux. Mais dix ans plus tard, le régionalisme perdait de son engouement. “Sa belle période était terminée.” Patrice Lesueur envisageait alors l’ouverture d’une librairie de livres anciens et d’occasion. La première en Aveyron. Il se lançait dans une aventure qui dure donc encore, même si les temps ont bien changé et sont devenus difficiles pour les libraires. “En 1989, nous étions sept libraires en ville, aujourd’hui nous ne sommes plus que deux : Muriel Couderc à La Folle Avoine et moi”, constate Patrice Lesueur. “C’est révélateur d’une situation. Alors, la ville était plus active, plus attractive. Il n’y avait pas les grandes surfaces, qui nous ont fait beaucoup de mal”, déplore-t-il. Ni Internet. Même si sur ce dernier point le libraire est moins catégorique. “Le commerce en ligne, je l’ai pratiqué jusqu’à l’été dernier et je l’ai abandonné, car il ne rapportait pas assez. L’essentiel des ventes se fait avec Amazon, qui a la même action néfaste que les grandes surfaces.”

Patrice Lesueur insiste sur les conseils apportés par les libraires. “C’est avec ce rôle que nous nous démarquons”. Lui n’en est pas avare. Son érudition est remarquable. Et beaucoup franchissent le seuil de sa librairie, établie dans une maison familiale ancienne typée, avec notamment un plafond à la française, pour engager la conversation sur l’histoire de la ville, de la région ou de la nation. Avec à la clef la certitude de trouver ouvrage ancien, d’occasion ou régionaliste.

La librairie du Sénéchal ne recèle pas moins de 20 000 volumes.

Une librairie d’un autre temps encore bien vivante. “Notre profession est en voie de disparition dans les petites villes”, constate Patrice Lesueur. “Il n’en subsistera que dans les grandes agglomérations”, craint-il.