Mounir Mahjoubi, le secrétaire d'État qui aimait parler aux "gilets jaunes"

Depuis le début de cette crise sociale, le monsieur numérique du gouvernement, Mounir Mahjoubi, gère sa communication avec les “gilets jaunes” de façon originale : des échanges connectés sur les réseaux sociaux et des immersions type “Vis ma vie de gilet jaune”. Une position qui agace au sein du gouvernement.

"Élevons-nous pour construire avec les 'gilets jaunes' et tous les citoyens les bases d'une nouvelle République" (M. Mahjoubi)
“Élevons-nous pour construire avec les ‘gilets jaunes’ et tous les citoyens les bases d’une nouvelle République” (M. Mahjoubi) © Maxppp / Frédéric Speich

Face aux gilets jaunes, sa méthode détonne : depuis le début du mouvement, le secrétaire d’État au Numérique Mounir Mahjoubi ne se contente pas de prêter une oreille attentive aux revendications, il interagit avec les porte-paroles et autres manifestants de façon plus personnelle, à grand renfort de messages sur les réseaux sociaux.

Vis ma vie de “gilet jaune”

Le secrétaire d’État de 34 ans ne se contente effectivement pas de “tweeter” et d'”instagramer” avec les “gilets jaunes”, il va jusqu’à se glisser dans leur peau : au lieu de s’envoler au salon de l’électronique de Las Vegas, l’adepte des réseaux sociaux s’est rendu ce vendredi à Fréjus dans le Var pour y suivre un “stage” avec Céline, une “gilet jaune” assistante de vie s’occupant d’handicapés et de malades d’Alzheimer.

Céline, "gilet jaune", invitait en décembre un membre du gouvernement à venir vivre sa vie d'infirmière
Céline, “gilet jaune”, invitait en décembre un membre du gouvernement à venir vivre sa vie d’infirmière / Capture d’écran C8

Ce fils d’une femme de chambre et d’un peintre en bâtiment avait promis, début décembre, de rendre visite à cette mère célibataire, comme lui invitée de l’émission de Cyril Hanouna “Balance ton post”. Au programme pour l’homme politique : une journée auprès des patients de Céline, puis une nuit sur son canapé clic-clac. En retour, la jeune femme est conviée le 24 janvier dans les bureaux de Mounir Mahjoubi à Bercy, à Paris. Elle doit également le suivre lors d’un déplacement à Tours, pour la signature d’une convention sur l’inclusion numérique.

Une tribune dans Le Monde

Ses prises de position, exposées dans une tribune publiée le 1er janvier sur le site du journal Le Monde en guise de vœux, lui valent de sévères remontrances parmi ses pairs. Mais aussi une réponse directe, signée par quatre leaders du mouvement, dont Maxime Nicolle : “Le peuple ne vivra pas à genoux devant une dictature quelle qu’elle soit !!! Portez ce message auprès du gouvernement et du président, dites-leur que nous sommes pour la paix et la non-violence mais à trop subir, même le plus calme des calmes finit par se révolter…”

Aux quatre coins des ministères, les initiatives très “connectées” de Mounir Mahjoubi ont été fraîchement accueillies. Un collègue du secrétaire d’État s’agace : “Sa tribune était pathétique sur le fond. Tous les ministres rencontrent des ‘gilets jaunes’. Mais moi, je fais le tri. Il a perdu pied ! Il veut faire ‘Vis ma Vie’ de ‘gilet jaune’ ? Qu’il vive d’abord sa vie de secrétaire d’État à Bercy !”

Il s’immisce dans un Facebook live de Maxime Nicolle

La première main tendue culottée aux représentants du mouvement remonte au dimanche 9 décembre, au lendemain de l’acte IV : Maxime Nicolle s’exprime en live sur Facebook, quand le secrétaire d’État débarque au milieu des commentaires, lançant cette invitation tout à trac : “Bonjour, je suis Mounir Mahjoubi, accepteriez-vous qu’on discute…”

De nombreux journalistes ont remarqué l'intrusion du secrétaire d'État dans le Facebook Live de Maxime Nicolle
De nombreux journalistes ont remarqué l’intrusion du secrétaire d’État dans le Facebook Live de Maxime Nicolle / Capture d’écran Twitter

Passé l’effet de surprise, les deux hommes font connaissance par téléphone.

Une conversation qui a elle aussi suscité de nombreuses critiques, tenant au profil de l’interlocuteur. Maxime Nicolle ne dissimule pas, par exemple, son intérêt pour certaines théories complotistes. Mais Mounir Mahjoubi, de son côté, assume. Il n’en démord pas : il est “absolument convaincu qu’il faut lui parler”. À lui comme à tous les autres.