Liga : pourquoi le Betis est une des équipes les plus agréables à suivre en Espagne

Players of Betis  celebrating after La Liga Spanish championship, , football match between Barcelona and Betis, November 11, in Camp Nou Stadium in Barcelona, Spain. (L'Equipe)

Espagne – 19e journée

Futur adversaire du Stade Rennais en Ligue Europa, le Betis Séville a opéré depuis deux mois une remontée spectaculaire en Liga (de la 14e à la 6e place). De quoi rassurer les esthètes du ballon rond, qui voient en l’escouade andalouse une des équipes les plus agréables à suivre en Espagne.

À vrai dire, on pourrait presque s’arrêter là. Partons de ce principe simple : toute équipe entraînée par Quique Setien vaut le coup d’œil. Romantique et dogmatique, l’ancien coach de Las Palmas a découvert la Liga sur le tard, en 2015 (à 57 ans). Depuis, l’ancien international espagnol (trois sélections) ne cesse d’attirer les louanges à la faveur d’un style axé sur la possession, le contrôle et l’ambition, quels que soient les moyens à sa disposition. À la fin d’un match face au Real Madrid, Luka Modric lui avait remis, un jour, un maillot dédicacé, impressionné par la manière dont il faisait jouer ses équipes. Un hommage qui en dit long. Depuis son arrivée au Betis à l’été 2017, Quique Setien a redonné du peps à un club qui en avait bien besoin. Au-delà d’une sixième place finale l’an passé, il a aussi su marquer les esprits. Le but inscrit par les Andalous au stade Santiago Bernabeu, au bout d’une séquence de vingt passes, avait par exemple fait le tour du monde (voir ci-dessous). Cette saison, c’est une performance majuscule, pleine de courage et d’application pour ne pas déroger à ses principes au Camp Nou (pour un succès 4-3), qui a rappelé à quel point Setien est un entraîneur spécial. Au point de figurer pour beaucoup en bonne place parmi les candidats éventuels à la succession d’Ernesto Valverde en Catalogne dans les prochains mois.

Un des fantasmes avoués de Pep Guardiola est de pouvoir aligner une équipe composée uniquement de milieux de terrain. Le technicien catalan est plutôt bien armé à Manchester City, mais au Betis, on se dit qu’il ne serait pas malheureux dans ce secteur. William Carvalho, Sergio Canales, Giovani Lo Celso, Andres Guardado, Takashi Inui, Javi Garcia, Ryad Boudebouz… L’équipe andalouse possède un paquet de joueurs soyeux au cœur du jeu. Sans oublier Marc Bartra ou Aïssa Mandi derrière, la révélation Junior Firpo dans le couloir gauche ou la légende Joaquin devant, les Verdiblancos font partie de ces formations qui maîtrisent, cajolent, attirent et font circuler le ballon comme peu d’autres. Fidèle aux principes de son entraîneur, bien installé dans son 3-4-2-1 (ou 3-4-1-2) lui permettant de couvrir un maximum de terrain, le Betis est la seule équipe avec le FC Barcelone à dépasser les 60% de possession moyenne cette saison en Liga, et la troisième en nombre de passes réussies par match (576), derrière le duo Barça – Real Madrid. Ne comptez pas sur les joueurs du Betis pour dégager loin devant dès qu’ils se retrouvent sous pression. Parce que c’est interdit par Quique Setien, mais aussi parce qu’ils sont très, très forts pour ressortir le ballon proprement et l’amener sereinement jusqu’aux trente derniers mètres adverses.

Ce serait un peu facile de s’enthousiasmer sur une machine à gagner, non ? Car si les Sévillans ont peu d’égal pour faire circuler le ballon sous pression, ils font régulièrement preuve d’un manque d’imagination et/ou d’efficacité accablant lorsqu’il s’agit de se créer des occasions et de punir l’adversaire. Malgré sa grande maîtrise du jeu, le Betis n’est que la septième attaque de Liga (vingt et un buts inscrits), et se place même onzième au nombre de tirs tentés (douze par match en moyenne). Le meilleur réalisateur de l’équipe en Championnat ? Giovani Lo Celso et ses quatre unités. S’il y a du mieux depuis deux mois (treize points lors des sept dernières journées), l’ensemble reste perfectible, ce qui renforce donc la curiosité autour du plafond de ce Betis. Adepte d’un jeu patient, parfois trop, le onze verdiblanco voit parfois son incapacité à concrétiser son emprise lui exploser au visage, comme lors de l’ouverture du Championnat face à Levante (0-3, malgré 77% de possession et vingt-deux tirs tentés), ou la semaine passée contre Huesca (1-2, avec 67% de possession pour seulement sept tirs, dont un cadré). Lorsque Quique Setien entraînait Las Palmas, un journal local avait décrit son équipe ainsi : «On a envie de les tuer, mais on ne peut pas s’empêcher de les aimer». Pas sûr que les supporters de Betis pensent différemment aujourd’hui.

C.C.