La France en jaune réunie à Bourges

Comme annoncé, la préfecture du Cher a accueilli le plus grand rassemblement de Gilets jaunes de Province, hier après-midi, pour une manifestation pacifiste.

De notre envoyé spécial

Corse, Gironde, Bretagne, Occitanie… Il n’y avait qu’à constater la variété des drapeaux régionaux flottant au vent, samedi midi, place Séraucourt, pour mesurer la route parcourue par certains Gilets jaunes afin de participer à la grande manifestation organisée à Bourges. Preuve aussi d’une détermination intacte, encore renforcée la veille par une prise de parole du chef de l’État accusé de « souffler sur les braises » en ayant déclaré que « beaucoup trop » de Français oublient le « sens de l’effort ». Pour autant, ce rassemblement se voulait pacifiste, comme l’ont rappelé ses porte-parole à la tribune bricolée au pied du château d’eau surplombant la place.

Chants et actions symboliques

Côté revendications, elles étaient plus nombreuses et variées que jamais, entre la « justice sociale », « le pouvoir d’achat », ou encore « la solidarité ». A tel point même que des « cahiers de doléances » étaient mis à disposition pour les recueillir et les transmettre à la préfecture. « L’obtention du référendum d’initiative citoyenne, ce serait déjà bien », lâche toutefois Philippe, 62 ans, tout nouveau retraité du côté de Jeu-Maloches, dans l’Indre.
Après de brèves prises de paroles, le cortège s’est élancé avec une demi-heure d’avance sur l’horaire prévu, sur les coups de 13h30. Encadré à distance par de discrètes forces de l’ordre, il a emprunté pendant près de trois heures les principaux boulevards faisant le tour du centre-ville, celui-ci étant sous le coup d’une interdiction de rassemblement décrétée par la préfecture. Pourtant, les extrémités de certaines rues commerçantes n’étant pas surveillées, certains manifestants plus virulents en ont profité pour quitter le cortège principal et investir l’hypercentre et affronter les nombreux CRS qui y étaient déployés.
Mais la grande majorité des participants a suivi l’itinéraire prévu dans une ambiance bon enfant, se contentant de chants et de quelques actions symboliques, comme une minute de silence devant le monument aux morts de la ville, « en hommage aux deux pompiers décédés à Paris et aux victimes durant le mouvement ». La manifestation s’est achevée là où elle avait commencé, place Séraucourt, vers 16h30.
Quant à l’affluence, le chiffre de 1.200 participants annoncé au départ de la manifestation par la préfecture est rapidement monté à 4.700, à mesure que plusieurs cortèges se rejoignaient, pour atteindre la barre des 6.700 en fin de journée.

Notre live à retrouver sur la nr.fr

en savoir plusEnviron 84.000 personnes ont manifesté samedi, contre 50.000 la semaine dernière, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur (France Info, se basant sur les chiffres de la presse régionale et du réseau France Bleu avance 92.900 manifestants). Toujours selon le ministère, il y a eu 244 interpellations sur l’ensemble du territoire pour 201 gardes à vue.
A Paris, où près de 5.000 membres des forces de l’ordre ont été mobilisés, 8.000 personnes ont défilé « dans le calme » et « sans incident grave signalé », selon le ministère de l’Intérieur. A Bordeaux, ils étaient quelque 6.000 Gilets jaunes, selon la préfecture, à Nantes, 2.600 manifestants (15 personnes interpellées), à Toulouse 6.000, à Lille entre 1.500 et 3.000 selon les chiffres. Ils étaient 2.500 à Rouen, où la manifestation a été émaillée d’affrontements, 2.500 à Caen, 2.300 à Saint-Brieuc, 1.200 à Perpignan, 1.200 à Saint-Étienne, un millier à Lyon ou à Tours. Des incidents se sont produits à Bar-le-Duc (1.200 manifestants) et à Strasbourg (1.500).
Les modalités du Grand débat national, une consultation inédite en France, doivent être dévoilées lundi par le Premier ministre Édouard Philippe qui a réuni vendredi à Matignon une grande partie des responsables syndicaux. Emmanuel Macron doit lui aussi faire connaître les contours du débat via une « Lettre aux Français » qui sera diffusée lundi.