Gilets jaunes : Noëlle Lenoir, cette ancienne ministre qui justifie les violences contre la presse

Le propos semble étonnant de la part d’une ancienne ministre. Noëlle Lenoir, en charge des Affaires européennes entre 2002 2004, a estimé samedi soir sur Twitter que « les journalistes de LCI agressés par les Gilets jaunes sont responsables de ce qu’ils subissent, mais aussi de ce qu’ils font subir aux forces de l’ordre jour après jour ». Un message visiblement parfaitement assumé puisqu’elle l’a même, jusqu’à ce dimanche matin, épinglé, c’est-à-dire placé tout en haut de son fil de publications, de sorte que chaque internaute le voyait plus directement.

Noëlle Lenoir se justifie ensuite, fustigeant des journalistes qui « ont donné à longueur d’antenne une tribune à l’édification de la violence, de la provocation au meurtre, de l’insulte et de la bêtise ». Ce message, semblant justifier la violence qu’ont subie plusieurs journalistes lors de l’acte 9 de la mobilisation des Gilets jaunes (salariés de LCI mais aussi de France 3 ou de l’AFP agressés, journaux régionaux bloqués à la livraison etc.), a suscité des commentaires indignés de plusieurs journalistes mais aussi d’internautes lambda.

« Légitimer la violence, c’est y participer soi-même », tacle l’un, rejoint par un autre qui juge le tweet « totalement indigne et irresponsable ». A l’inverse, une poignée d’autres -anonymes- la défendent, l’un d’eux estimant par exemple que « qui sème le vent récolte la tempête ».

Depuis le début de la mobilisation des Gilets jaunes en novembre dernier, Noëlle Lenoir, aujourd’hui avocate au cabinet Kramer Levin, a pris l’habitude de cibler les journalistes. Par exemple début janvier, pour critiquer France Inter qui « n’a aucune raison de faire la publicité des extrémistes et des bandes factieuses ». Ou, en réponse au président de Reporters Sans frontières Pierre Haski, pour assurer qu’« il faut aussi que les journalistes fassent leur examen de conscience, car ceux qui se montrent complaisants voire larmoyants vis-à-vis Gilets jaunes ne réchapperont pas à la purge si les extrêmes -pas impossible – triomphent. »

Samedi soir, le journaliste du Figaro Jean-Baptiste Garat lui a de son côté répondu, sarcastique : « Ce serait tellement plus simple si elle ne faisait pas son métier, n’est-ce pas ? ». Et d’accompagner son message d’un article de son journal publié en 2015 et pointant les liens entre Noëlle Lenoir, déontologue de l’Assemblée nationale jusqu’à avril 2014, et l’industrie pharmaceutique qu’elle défendait à cette époque en tant qu’avocate dans le combat d’un laboratoire contre l’Etat.

Après son passage au gouvernement, l’ex-ministre avait également été nommée en avril 2017 présidente du comité d’éthique de Radio France, poste qu’elle avait occupé durant quelques mois.

Le site de critique des médias Acrimed avait publié mardi dernier un article sur celle qui était toujours présentée comme « présidente du comité d’éthique de Radio France » et sur son « militantisme contre le mouvement des gilets jaunes ». Avant de retirer l’article et de s’excuser, Noëlle Lenoir n’occupant plus ce poste et donc le texte « ne relevant pas de la critique des médias ».

Noëlle Lenoir n’a pas répondu à nos sollicitations mais a tenté de se justifier ce dimanche en milieu de matinée dans un nouveau tweet : « Ceux qui pensent que je légitime la violence et ne défends pas ardemment la liberté de la presse n’ont pas compris mon souci de ramener les Gilets jaunes à leur dimension réelle pour protéger les journalistes qui en sont victimes. »