Des soldes teintés de jaune

Les commerçants de la galerie marchande d’Auchan Poitiers sud ressentent amèrement l’effet “Gilets jaunes”. En centre-ville, les dires sont mitigés.

Les Gilets jaunes avaient prévu de déambuler dans les rues du centre-ville, hier après-midi, avant d’être contraints de faire demi-tour. Retour donc au centre commercial Auchan qui ressent de plein fouet l’impact du mouvement social.

« Ce qui est perdu ne se récupère jamais, même pendant les soldes! » Cette phrase prononcée par bon nombre de commerçants ne l’est pas uniquement pour chasser les idées reçues mais bien pour démontrer qu’il s’agit de la dure réalité vécue par beaucoup d’entre eux à Poitiers sud et, dans une moindre mesure, par ceux du centre-ville de Poitiers. Le chiffre d’affaires du premier samedi des soldes ne « compensera » donc pas celui des sept autres samedis depuis le mois de novembre. D’autant moins qu’au sud de la ville, les clients ne se sont pas véritablement rué sur les articles sacrifiés.

“J’en suis venu
à les haïr”

« Les clients appréhendent de venir. Une de mes clientes n’était pas revenue depuis novembre, relate Joné Dutaud (magasin d’accessoires Parfois). Aujourd’hui, premier samedi des soldes, j’ai mis en repos une de mes vendeuses. C’est la première fois en 12 ans. Les grilles de la galerie ont été descendues deux fois avant 17 heures; cela crée un mouvement de panique pour les familles et, d’ordinaire, c’est à partir de 16 heures que nous travaillons le mieux. »
Un seul samedi avait permis une activité « normale », le 22 décembre, « parce que nous sommes allés ensemble avec plusieurs commerçants discuter avec les Gilets jaunes pour leur demander de faire une trêve! » Charlotte Essaid (les bijoux Swarovski) ne décolère pas. Avec sa collègue Mathilde Péant, elles estiment que les Gilets jaunes puis les ventes privées dès le 26 décembre ont contribué à « compliquer » la fin d’année. Par rapport au mois de décembre 2016, la baisse du chiffre est estimée à environ 30%. « Nous devions embaucher un renfort pour les fêtes, nous ne l’avons pas prise. A cause de la baisse du chiffre, nos primes trimestrielles et de fin d’année nous passent sous le nez. A côté d’Heuliez, il y a des indépendants et des salariés! » A quelques semaines de la Saint-Valentin puis ensuite de la Fête des mères, les deux vendeuses nourrissent des inquiétudes. « Si cela continue ainsi, en juin, nous fermons boutique! » Chez Jules (vêtements), Fiona Brault veut rester optimiste. « Les gens consomment de plus en plus la semaine. Ils s’adaptent, sont rassurés lorsqu’il y a les forces de l’ordre au rond-point. »

“Un samedi ordinaire”

En centre-ville, Arnaud Delagrave (boutique de chaussures Mam’zelle), rue Gambetta, ne mâche pas ses mots en direction des Gilets jaunes. « A Niort, le 17 novembre par exemple, dans ma deuxième boutique j’ai fait moins 90% du chiffre par rapport à 2016, j’ai renvoyé quatre employées chez elles que j’ai payées. J’ai fait 600€ au lieu de 6.000€. A Poitiers, on a fait trois dimanches en décembre qui ont été catastrophiques. 257€ HT le 9 décembre, 721€ le 16 et 254€ le 23. En décembre, c’est près de 50% de perte. J’en suis venu à les haïr. Le fond du mouvement est bien, la forme exécrable. »
D’autres enseignes imputent aussi la perte de chiffre d’affaires à une baisse de fréquentation générale en centre-ville. Valérie Badouady (bijouterie Gris Perle), rue de la Regratterie, ferme définitivement à la fin du mois. En cause: les travaux à répétition, le stationnement trop cher, le départ des grandes institutions du centre-ville et dans une moindre mesure, la peur du mouvement. Même constat aux Cordeliers. Princia (boutique de lingerie Orcanta): « Ce premier samedi des soldes ressemble à un samedi ordinaire. Il y avait plus de monde pour les ventes privées. » Carine Cleuzet (vêtements Mat de Misaine), quant à elle, déplore l’absence cette année de la « magie de Noël ». Et constate que désormais les soldes ne sont qu’une continuité des ventes privées. « Et nous avons eu beaucoup plus de commandes sur notre site internet. Le mouvement a freiné les gens à venir en boutique. »

> Les commerces sont autorisés à ouvrir ce dimanche. A Auchan sud, notamment, de 10heures à 18heures.