Courageusement Indiscrètes

Christelle Bois et Béatrice Mongella, les deux cogérantes de la manufacture de lingerie chauvinoise Indiscrète, se confient sur les épreuves traversées.

Éprouvées, sans cesse. Fragiles, souvent. Fortes, continuellement. Élégantes, toujours. A quelques jours de connaître la décision du tribunal quant à l’avenir de leur entreprise (lire ci-dessous), Christelle Bois et Béatrice Mongella, cogérantes de la manufacture de lingerie Indiscrète à Chauvigny, peinent à retrouver le sourire qui leur va si bien.

Abattement, effondrement et incompréhension

Amaigries, les traits cernés et l’émotion à fleur de peau, les deux femmes viennent de vivre ces dernières semaines endeuillées, amputées de celui qui fut leur ami, collègue et associé. « Le suicide de Didier, ça a été un coup de massue, un terrible choc. Il n’y a pas de mots… », raconte, très ému, le duo dont l’une est aussi brune que l’autre est blonde. Passée l’annonce du drame, commence alors pour les deux femmes des semaines très difficiles. « Avec des phases où se mêlaient abattement, effondrement et incompréhension, confie Christelle Bois. J’ai perdu un ami, mais aussi mes repères professionnels. Une partie de moi est morte avec lui. Didier m’avait orientée, encouragée. Il me disait que j’étais capable. Et puis, il nous avait mis à l’abri des réelles difficultés de l’entreprise. »
Pour Béatrice Mongella, après la sidération et le sentiment d’abandon, « c’est la colère qui est venue. Le suicide de Didier doit être une véritable prise de conscience quant au statut de chef d’entreprise. Beaucoup ne se payent pas et ont d’énormes difficultés à maintenir leurs entreprises à flot avec des problèmes récurrents de trésorerie. Il y a des aspects de l’entrepreneuriat qui sont très difficiles. »
Rapidement et spontanément, la solidarité va s’organiser autour du duo. « Ça a été formidable, reprend Christelle. Avant la disparition de Didier, je m’étais résignée à l’arrêt de l’entreprise. J’avais même fait mes cartons et je m’interrogeais sur ce que j’allais bien pouvoir faire à 52 ans. Mais l’énorme élan de soutien dont nous avons bénéficié m’a permis de trouver des ressources insoupçonnées malgré ma peine. Ça m’a tirée vers le haut. Renoncer aurait sonné la fin d’Indiscrète. Il n’était pas possible que ça finisse comme ça. »

Un élan de solidarité inimaginable

Bien qu’elle avoue « tirer une force des épreuves », pour Béatrice « rien ne valait la vie de Didier, surtout pas l’entreprise mais on ne peut refaire l’histoire et il fallait avancer. Le courage est venu avec cet élan de solidarité inimaginable. Nous nous sommes posé la question d’arrêter ou non mais après la sidération des premiers jours, nous avons choisi de relever nos manches pour rebondir, avancer, ne rien lâcher, notamment pour tous ces gens qui ont cru en nous. Cette solidarité, ça a été notre énergie tous ces mois ».
Malgré tout, après cinq mois d’un quasi-chemin de croix, la sérénité n’est pas au rendez-vous des deux entrepreneuses. « Rien n’est gagné et j’espère qu’on ne se trompe pas en faisant confiance à la justice », reprend la brune Béatrice Mongella. « Ces dernières semaines ont été usantes, tout ça est lourd à porter. Avec toute cette attente, nous n’avons pas pu faire avancer Indiscrète comme nous l’aurions voulu. Cette décision, je l’espère, ira dans le bon sens et mettra un point final à tout ça. Pour que Didier n’ait pas fait ça pour rien », termine, au bord des larmes, la blonde Christelle.

Entretien réalisé mi-décembre.