Gilets jaunes : Macron fait son mea culpa avant son intervention télévisée

Trois heures de « paires de baffes » : le président en a pris pour son grade vendredi. En face de lui, dans le salon vert de l’Elysée qui jouxte son bureau, une quinzaine de maires et d’élus des Yvelines, membres de l’association « Génération terrain », qui lui ont dit les choses « cash et sans filtre » sur les racines de la révolte des Gilets jaunes.

Prenant des notes, accompagné d’un simple collaborateur, il les a écoutés, ne décrochant pas une fois son téléphone, et tordant parfois le nez. Comme lorsqu’un participant lui a lancé : « Aujourd’hui, les gens veulent voir votre tête au bout d’une pique ! » « Vous êtes mal aimé, rejeté », ont-ils asséné à un Emmanuel Macron lucide sur sa cote de désamour, avant d’étriller sa méthode de réforme « catastrophique » et « inappropriée ».

« Des choses ont été dites, parfois pas très agréables, car l’exaspération de bon nombre de Français à son endroit est vraiment très forte », raconte Arnaud Péricard, maire Les Républicains de Saint-Germain-en-Laye et cofondateur du collectif.

Plusieurs « conneries » confessées

Après huit jours de silence, le chef de l’Etat leur a confié qu’il s’exprimerait, lundi soir, à la télévision pour répondre aux Français en colère. Il ne viendra pas les mains vides et pourrait faire des annonces sur le pouvoir d’achat et la justice fiscale. « Il y a trop d’impôts, trop de taxes, trop de fiscalité dans ce pays ! » a-t-il convenu devant eux, avant de confesser plusieurs « conneries », comme la suppression des 5 euros d’APL ou les 80 km/h. Edouard Philippe appréciera. « Vous n’imaginez pas comme je ne suis pas aidé… » leur a-t-il avoué, bien décidé à « y remédier » prochainement. Un début de mea culpa ?

C’est Karl Olive, maire LR de Poissy, qui lui a envoyé un SMS au lendemain du saccage de l’Arc de triomphe et de l’incendie de la préfecture du Puy-en-Velay, pour lui proposer de rencontrer des élus de terrain, urbains et ruraux, « hommes et femmes de bonne volonté », toutes tendances confondues. Deux jours plus tard, Macron l’a rappelé : « Banco !»

Pendant trois jours, ces élus ont travaillé d’arrache-pied pour lui soumettre des pistes concrètes sur le logement, les transports, les aides sociales, l’éducation, les territoires. « Par exemple, comment éviter qu’une femme qui élève seule ses enfants voie ses APL diminuer si elle retrouve un emploi à temps complet ? C’est anormal », expose Arnaud Péricard.

« Le putsch n’a pas eu lieu »

Le président a-t-il entendu le message de la rue ? « Je veux aller voir tous les maires de France ! » a-t-il lancé vendredi, déterminé à renouer avec le pays. Nombre de ses proches le pressent à cet égard d’arrêter les phrases méprisantes, comme « les Gaulois réfractaires ». « Il a compris qu’il devait corriger cette rupture avec le peuple », veut croire Karl Olive.

Ce samedi, alors que les Gilets jaunes défilaient à quelques centaines de mètres de son bureau, Emmanuel Macron a passé la journée à l’Elysée avec ses collaborateurs pour préparer sa prise de parole. Le pire, juge son entourage, a été évité. « Le putsch n’a pas eu lieu. Les mesures annoncées ont calmé le jeu », respire l’un de ses fidèles, d’un rire nerveux.

Toute la journée, le Premier ministre s’est affiché en première ligne, se rendant trois fois à la cellule de crise de Beauvau et allant saluer les forces de l’ordre. « Le niveau de tension a baissé », souffle Matignon. Un macroniste avertit : « La crise n’est pas finie. »

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