Chang'e 4 en route pour la face cachée de la Lune !

Lentement mais sûrement, et dans une relative discrétion, la Chine poursuit son programme d’exploration de l’espace, et singulièrement de notre voisine sélène.

Le programme lunaire au long cours de la CNSA (China National Space Administration) a débuté il y a une dizaine d’années avec le lancement vers la Lune de la sonde Chang’e 1, en octobre 2007. Suivit Chang’e 2 en 2010, et surtout Chang’e 3 en 2013 : on se souvient de cette spectaculaire mission qui a vu, plus de quarante ans après les vaisseaux américains et soviétiques, une sonde se poser sur la Lune, et un petit robot, Yutu, se promener autour d’elle.

Chang’e, c’est la déesse de la Lune dans la mythologie chinoise, Yutu, son petit « lapin de jade ».

Après le succès de cette mission, deux satellites, Chang’e 5T1 et Queqiao, ont été lancés en 2014 et 2018.

Enfin, cette nuit, une fusée Longue Marche 3 a quitté la base de Xichang en direction de… la face cachée de la Lune ! Chang’e 4 est une copie de la sonde Chang’e 3 et comme sa devancière, elle emporte un petit robot mobile à six roues, que l’on pourrait appeler « Yutu 2 ».

Dans un mois, si tout va bien, la déesse lunaire et son petit lapin de jade se poseront dans l’immense bassin d’impact Aitken, une formation unique sur la Lune, qui intéresse à ce titre les scientifiques, qui, jusqu’ici, n’ont eu accès qu’à des sites, via les missions américaines et russes, situés sur la face visible de notre satellite. On se souvient que la Lune, « bloquée » gravitationnellement par la Terre, effectue un tour de la Terre et un tour sur elle-même dans le même temps, un mois environ, et qu’elle nous présente donc toujours la même face.

Se poser sur la face cachée de la Lune sera donc une première, exigeant un satellite relais pour transmettre les informations de Chang’e 4 et Yutu 2 vers la Terre. Ce relais sera assuré par le satellite Queqiao, installé sur une sorte d’orbite stationnaire autour de la Lune, depuis laquelle il voit continûment et la face cachée de la Lune, et la Terre.

Chang’e 4 devrait donc nous offrir bientôt un panorama du paysage de la face cachée de la Lune, et offrir aux chercheurs des informations sur la formation et l’évolution du singulier satellite de la Terre.

Mais surtout, Chang’e 4 est un prélude à une mission autrement plus ambitieuse : Chang’e 5… Il s’agit là de la répétition du programme soviétique lunaire des années 1970, qui avait à l’époque permis aux Soviétiques de ramener des échantillons lunaires sur Terre. L’engin chinois aura une masse d’environ 8 tonnes, et sera lancé par le lanceur lourd Longue Marche 5, dont le développement a causé quelques soucis à la Chine. L’engin se satellisera autour de la Lune et déposera sur la Lune un atterrisseur, doté d’un étage de remontée…

Si tout se passe comme prévu, cette ambitieuse mission Chang’e 5 se déroulera – forcément – à l’occasion du cinquantenaire du programme Apollo, en 2019. Après avoir posé avec succès trois engins sur notre satellite, après avoir ramené sur Terre avec succès, pour la première fois depuis près d’un demi-siècle, de la poussière et des roches lunaires, la Chine pourra sereinement annoncer officiellement le lancement d’une mission habitée vers la Lune.