À Rennes, la fusion fait la force

De tous genres et de toutes époques, l’énergie musicale des collectifs a fait vibrer la seconde soirée des Trans Musicales.

Si la première nuit des Trans Musicales fut marquée par le flow et la voix de Disiz la Peste et d’Aloïse Sauvage, ce sont bien les groupes les plus collectifs qui ont fait grimper la température hier soir au Parc des expositions de Rennes. La première surprise de la soirée est venue de Chicago avec le show expérimental de Ben LaMar Gay et ses nombreux musiciens. En harmonie avec les décors futuristes du Hall 8, la formation s’est lancée dans un récit musical extatique, explorant avec modernité toutes les formes de la Great Black Music comme l’aurait fait Frank Zappa, Gil Scott-Heron ou Sun Ra. Free jazz, rock expérimental, spoken world, folklores brésiliens psychés, collages électro-acoustiques et groove hypnotique, rarement l’expression de fusion n’a aussi bien porté son nom. Une musique complexe que le  cornettiste/vocaliste/producteur de Chicago et son combo ont transformé en aventure jouissive.

Jean-Louis Brossard, toujours prompt à jouer sur les décalages, nous a ensuite conviés à une séquence spirituelle magnifique et hors du temps avec l’ensemble The Naghash Ensemble. Un piano, un trio vocal lyrique et des instruments traditionnels pour un instant de grâce où les musiques classiques anciennes et modernes d’Arménie s’orchestraient en parfaite harmonie avec le jazz et le folklore. La magie des Trans vient de cette alternance immuable d’ambiances, de vibrations et le ton est monté d’un coup avec l’afrobass explosive de Muthoni Drummer Queen.

Muthoni Drummer Queen le 07 décembre à Rennes | RF / Schnee

Muthoni Drummer Queen le 07 décembre à Rennes | RF / Schnee

Car autant Pongo, malgré son énergie, avait l’air bien seule sur scène jeudi soir, Muthoni a pu compter sur son collectif pour un show époustouflant devant un public survolté. Avec son hip-hop mutant et féministe, la chanteuse, rappeuse et percussionniste kényane, acommpagnée par ses deux beatmakers suisses, le batteur Félix Fivaz et ses danseuses, la formation a surpassé, de loin, l’énergie des pulsations de la turbulente Greenroom.

Underground System le 07 décembre à Rennes | RF / Schnee

Underground System le 07 décembre à Rennes | RF / Schnee

Difficile de choisir entre l’énergie collective de Muthoni et celle du combo new-yorkais Underground System, qui après avoir offert un set libérateur aux prisonniers de Rennes-Vezin, nous a conviés a un sommet de groove digne du Shrine, le club afrobeat mythique de Fela, d’un concert des 70’s de la Fania ou d’un show de LCD Soundsystem. L’ardente chanteuse et flûtiste Domenica Fossatti et ses six musiciens fusionnent dans une tempête rythmique toute la richesse musicale, passée et future, de la Grosse Pomme.

Dombrance n'a pas non plus rendu l'argent | RF / Chantepie

Dombrance n’a pas non plus rendu l’argent | RF / Chantepie

Fosse électronique officielle du festival, la Green Room a bien manqué de pêche ce vendredi soir avec un line-up souvent décevant. Malgré la bonne humeur de Bruno Belissimo et sa cosmic-disco foutraque, la mayonnaise n’a jamais vraiment pris dans cette arène où se sont succédé un Dow Martin aux abonnés absents, une Gigsta à la techno efficace mais sans saveur et la promesse inachevée d’une véritable techno arabisante par la jeune Marocaine Glitter. A quelques mètres de là pourtant, le beat était roi dans le vaste Hall 09 où le producteur parisien Dombrance a tenu seul le ring avec panache, au point de fait trembler les murs du hangar grâce à ses raffarinades sidérales. Bien plus tard, la magnétique Sara Zinger prenait le micro sous les feux de la rampe pour un dj set millimétré où s’est même invitée une reprise technoïde du The Wall de Pink Floyd.

Morena Leraba, chaman futuriste à Rennes | RF / Chantepie

Morena Leraba, chaman futuriste à Rennes | RF / Chantepie

Presque au bout de la nuit, rendez-vous était également pris avec le mystérieux Morena Leraba pour une véritable leçon de transe. Pointant longuement son bâton vers le ciel dans une ambiance digne de Blade Runner, cet ancien berger originaire du Lesotho au sud de l’Afrique a fait planer mille et un esprits dans un Hall08 hypnotisé par sa fusion fascinante entre bass-music et rap ancestral.

Retour en images sur la soirée du vendredi 07 décembre aux Trans Musicales :

Trans Musicales 2018 : vendredi 07 décembre