Téléthon : des avancées inédites dans la lutte contre les maladies rares

L'AFM-Téléthon annonce des avancées scientifiques notamment en matière de thérapie génique dont les recherches ont lieu dans le laboratoire du Généthon créé par l’association
L’AFM-Téléthon annonce des avancées scientifiques notamment en matière de thérapie génique dont les recherches ont lieu dans le laboratoire du Généthon créé par l’association•
Crédits : Jeremie Fulleringer

Maxppp

“Vaincre la maladie, c’est enfin possible”. Pour sa 32e édition, le Téléthon annonce une vraie révolution dans son combat contre les maladies génétiques rares. Les laboratoires de l’association ont mis au point de nouveaux traitements qui pourraient aider des patients de façon décisive. “Grâce au lien social généré par le Téléthon, on réalise de véritables prouesses thérapeutiques. Tout ce qu’on a semé pendant ces 30 années de Téléthon on le récolte aujourd’hui. On guérit enfin des maladies ; une victoire sur une maladie c’est une victoire sur beaucoup d’autres”, affirme fièrement Laurence Tiennot Herment, la présidente de l’AFM-Téléthon (Association Française contre les Myopathies). 

Tous les ans, l’événement rapporte des dizaines de millions d’euros à l’association : plus de 89 millions d’euros l’année dernière, 93 millions d’euros en 2016. Cette année, l’AFM-Téléthon espère récolter au moins autant de dons qu’en 2017. Si l’association réussit depuis plus de 30 ans à réunir les Français autour de cet événement populaire, elle a aussi dû affronter les polémiques, notamment quant à sa gestion des dons. En 2009, Pierre Bergé, le président du Sidaction, accusait le Téléthon de “détournement de générosité”. Selon lui, une partie des dons récoltés par l’émission était injectée “dans des opérations immobilières”. L’association avait alors porté plainte. Pierre Bergé a été condamné à 1 500 euros d’amendes en 2013. 

Chaque année, l’association engage entre 60 et 65 millions d’euros dans la recherche grâce au Téléthon. Des dons qui lui ont notamment permis de financer le développement de thérapies nouvelles comme la thérapie génique, également fortement remise en cause sur Internet et les réseaux sociaux.  

En 2017, 50,6% des 117,2 millions d'euros de dépenses de l'AFM-Téléthon étaient dédiés à la recherche.
En 2017, 50,6% des 117,2 millions d’euros de dépenses de l’AFM-Téléthon étaient dédiés à la recherche.•
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Visactu

La thérapie génique “contre vents et marées”

La thérapie génique consiste à insérer un “gène médicament” dans les cellules ou l’organisme pour remplacer un gène qui ne fonctionne pas. Une thérapie développée en France principalement par le Généthon, l’institut à but non lucratif créé par l’AFM-Téléthon dans les années 1990.

Après avoir réalisé les premières cartes du génome humain, cet institut s’est transformé en véritable laboratoire spécialisé dans la thérapie génique en France. Il développe aujourd’hui des médicaments. Des recherches qui ont porté leurs fruits cette année, 18 ans après le traitement qui a révolutionné l’espérance de vie des “bébés-bulles” dans les années 2000. Pour Laurence Tiennot-Herment, c’est une réponse à tous les détracteurs de cette nouvelle thérapie : 

Nous avons porté la thérapie génique parfois contre vents et marées, tout le monde n’étant pas d’accord pour dire que c’était une piste d’avenir pour les maladies rares et même au-delà. Aujourd’hui, on voit la concrétisation même pour des maladies neuromusculaires, c’est vraiment un moment important. Nous pouvons dire que vaincre la maladie est désormais possible. 

Une thérapie qui reste toutefois très récente. Elle ne permet donc pas d’avoir assez de recul sur les avancées scientifiques qui ont pu être réalisées. Les patients sont-ils soignés à vie ? Le traitement est-il valable pour tous les patients atteints de cette maladie ? Peut-on affirmer que le patient est “guéri” ? Le premier succès notable concernant cette thérapie remonte aux années 2000. 

“Bébés-bulles” : la première victoire

Les "bébés bulle" souffrent d’une déficience immunitaire et sont donc confinés dans des bulles comme sur cette photo, à l’hôpital Necker.
Les “bébés bulle” souffrent d’une déficience immunitaire et sont donc confinés dans des bulles comme sur cette photo, à l’hôpital Necker. •
Crédits : BSIP/UIG

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C’est l’un des tous premiers succès de la thérapie génique au monde. En 2000, le Professeur Fischer à l’Hôpital Necker à Paris soigne, grâce à cette thérapie nouvelle, des “bébés-bulles”, des enfants qui naissent sans aucune défense immunitaire. “Ils ne peuvent pas se défendre contre les microbes, un rhume peut les tuer. Ils peuvent aussi développer des cancers car avec un système immunitaire inopérant, on développe plus de tumeurs. Les enfants sont donc confinés dans des bulles et leur espérance de vie est très courte. Par la thérapie génique, on arrive à faire en sorte que leur système immunitaire soit reconstitué, ils peuvent sortir de leur bulle et vivre une vie normale”, explique Serge Braun, directeur scientifique de l’AFM-Téléthon.

La thérapie pour les “bébés-bulles” fonctionne dans près de 100% des cas selon Serge Braun. C’est le seul exemple où le Généthon peut avoir autant de recul. En 18 ans, plusieurs centaines d’enfants ont été traités dans le monde : “La maladie dite des “bébés-bulles” rassemble plusieurs formes de maladies différentes avec des gènes différents mais toutes sont des maladies rares.” Cette année, le Téléthon présentera ainsi Armand, 18 ans. Un ancien bébé-bulle sauvé par la thérapie génique lorsqu’il était tout petit.  

Armand a vécu durant plusieurs mois confiné, il aurait été condamné à vivre dans une bulle avec une espérance de vie très courte. Aujourd’hui, c’est un étudiant plein de vie, il est complètement débarrassé de sa maladie. La thérapie génique est une alternative pour ceux qui ne trouveraient pas de donneur de moelle osseuse compatible, par exemple.                                                        
Serge Braun, directeur scientifique de l’AFM-Téléthon

Pour l’heure, le traitement de référence de cette maladie reste la greffe de moelle osseuse pour ces enfants mais “elle échoue dans 25% des cas, précise le directeur scientifique de l’association. La thérapie génique est une alternative pour ceux qui ne trouveraient pas de donneur compatible.” Un traitement remboursé qui coûte quelques centaines de milliers d’euros. “C’est un traitement unique qui épargne tous les traitements à vie et qui sont eux-mêmes très coûteux donc en réalité c’est un traitement plus abordable qu’une greffe, ajoute Serge Braun. C’est l’avantage de la thérapie génique, dans beaucoup de cas il suffit de traiter une fois et c’est terminé.” 

Une première avancée scientifique qui a ouvert la voie à de nouveaux traitements pour les maladies génétiques du sang, du cerveau, des muscles mais aussi pour le traitement de certains cancers. 

Un traitement pour combattre les maladies génétiques rares du sang

La bêta-thalassémie touche 300 000 personnes dans le monde. C’est une maladie rare mais elle figure tout de même parmi les maladies génétiques du sang les plus fréquentes. Elle entraîne une anémie plus ou moins sévère qui provoque une fatigue parfois insurmontable. Le Professeur Philippe Leboulch a mis au point un traitement il y a 11 ans pour combattre la maladie : 

Lorsqu’on a une forme grave de thalassémie, l’organisme ne fabrique plus de globules rouges. Il faut alors transfuser tous les mois et à vie, sinon les patients ne survivraient pas, ils mourraient avant l’âge de 10 ans. Mais lorsqu’on transfuse les patients, on apporte du fer très toxique pour les tissus : les patients doivent prendre des médicaments à vie contre cette accumulation de fer.

Pour remplacer ce traitement lourd, qui nécessite d’aller à l’hôpital tous les mois, voire tous les 15 jours, la thérapie génique apparaît aujourd’hui comme une véritable solution selon le directeur scientifique de l’AFM-Téléthon : “La thérapie permet de fabriquer des globules rouges sains. On prélève un peu de moelle osseuse chez les malades, on la corrige génétiquement avant de ré-administrer les cellules par perfusion qui vont recoloniser la moelle osseuse et fonctionner normalement.” Des essais cliniques, soutenus par l’association, ont ainsi été réalisés sur plus de 50 personnes. Les résultats sont probants : après un seul traitement, 12 patients sur 13, “ayant la forme la plus fréquente dans les populations asiatiques”, ont été libérés de toute transfusion sanguine. Cependant, ces premiers résultats n’ont que quatre ans de recul. Les autres malades ont diminué leurs besoins transfusionnels de 73%. Parmi les patients, Chonticha, 21 ans. Elle a bénéficié de ce nouveau traitement lorsqu’elle avait 18 ans : 

Avant, j’allais tous les mois à l’hôpital pour une transfusion. La maladie me rattrapait toujours. Tous les 15 du mois, je sentais que c’était le moment de retourner à l’hôpital. Je devenais pâle, je n’avais plus de force, même monter les escaliers, ce n’était pas possible. Mais depuis trois ans, j’ai oublié tout ça, je peux dire que je suis une personne normale. 

Les trois essais cliniques réalisés sur les quatre continents sont désormais terminés et le laboratoire Bluebird bio a déposé, au mois d’octobre, un dossier pour produire le médicament du Professeur Leboulch à grande échelle : “On espère que les patients pourront vite en bénéficier. On ne peut pas dire que la thérapie génique les guérit mais on peut affirmer que l’on a un traitement efficace. Pour la thalassémie, on espère que ce sera un traitement pour la vie.” Une production à grande échelle qui coûte, en revanche, des milliards de dollars, précise le professeur. Il ajoute : “L’avantage de cette approche c’est qu’elle peut être utilisée dans la drépanocytose, qui est une maladie sœur de cette maladie où l’espérance de vie est également limitée.”

De l’espoir pour tous les enfants atteints de myopathie

Les maladies neuromusculaires sont le premier combat de AFM-Téléthon. L’association a été créée pour comprendre ces maladies complexes que sont les myopathies : c’était en 1958. Soixante ans plus tard, les recherches scientifiques permettent d’entrevoir un espoir de guérison. 

Un traitement de thérapie génique a été développé par le laboratoire Généthon pour soigner la myopathie myotubulaire. Cette maladie touche un garçon nouveau-né sur 50 000. Elle provoque une faiblesse musculaire extrême, les enfants ne tiennent même pas leur tête, et une insuffisance respiratoire très importante. 50% des bébés meurent avant l’âge de 18 mois. Le petit Jules, deux ans et demi, a dépassé tous les pronostics, comme le raconte sa maman : 

A mon accouchement, on nous a annoncé que notre fils ne vivrait pas au-delà d’un an, on ne pensait même pas le ramener chez nous. Aujourd’hui, il vit avec nous mais au quotidien c’est un enfant qui ne tient pas sa tête, qui ne tient pas assis, qui ne respire pas seul, il ne peut même pas avaler sa salive. On ne peut pas le laisser jouer tout seul dans un coin, on doit être attentif tout le temps, même la nuit. 

Les premiers résultats des essais cliniques démarrés en 2017 aux Etats-Unis ont été publiés cette année et ils sont surprenants. Sur les sept enfants traités, tous peuvent désormais se tenir assis, tenir leur tête, et, parfois même, jouer. Les sept petits ont également diminué leur besoin en assistance respiratoire. A ce jour, trois enfants n’ont plus du tout besoin d’assistance respiratoire. Un nouvel essai clinique devrait démarrer en France dans les prochaines semaines. La maman de Jules ne sait pas encore si il fera partie de l’expérience mais l’espoir est immense : “Jules est né au bon moment, il a de la chance, une chance que d’autres enfants n’ont pas eu. Si on arrive à intégrer l’essai clinique et qu’on se rend compte que, dans cinq ans, il n’est pas totalement soigné, on se dira tout de même que ça aura fait avancer la médecine et que, pendant cinq ans, il aura eu une vie un peu plus correct.” Au total, une petite vingtaine d’enfants dans le monde participeront à ces expérimentations.

Si on se laisse rêver deux minutes, on l’imagine aller à l’école de manière tout à fait autonome. Jules pourra rester jouer avec les autres enfants de son âge plutôt que de les regarder de son fauteuil. Aujourd’hui, il rigole en les regardant mais j’imagine que ça doit être dur de voir les autres enfants faire des choses que lui ne peut pas faire.                                                        
La maman de Jules

Le traitement de thérapie génique développé par le Généthon fonctionnerait en une seule injection : “C’est l’équivalent d’une greffe, sauf que c’est une greffe de gène“, explique Frédéric Revat, directeur général du Généthon. Si aujourd’hui, il est encore trop tôt pour dire que le traitement fonctionne à long terme sur les êtres humains, chez les animaux il a fait ses preuves sur le long terme : “Nous avons vu des chiens qui n’arrivaient plus à se redresser et qui pouvaient ensuite courir grâce à ce traitement. Nous sommes très contents parce que nous commençons à observer chez les patients ce que nous avions prédit sur la base de nos expériences en laboratoire.” 

Pour mettre au point ce traitement, le Généthon a investi plus de 12 millions d’euros, sans compter la mise en place des essais sur les patients en clinique. Développer un médicament en essai clinique prend au minimum 10 ans, selon le directeur scientifique de l’association. Pour le Généthon, cette nouvelle découverte ouvre surtout la porte à de nouveaux traitements des maladies neuromusculaires : 

Il existe des centaines de myopathies différentes comme la myopathie de Duchêne. Tout ce qu’on a appris sur la myopathie myotubulaire, nous sommes en train de le déployer sur d’autres myopathies. Nous avons un grand nombre de projets pour ces maladies, nous sommes prêts à partir en expérimentation clinique. Ce qui nous manque, ce sont les financements. 

Syndrome de Crigler-Najjar : la thérapie génique comme alternative aux traitements lourds

Le syndrome de Crigler-Najjar est une maladie génétique très rare du foie : il existe un cas sur un million de naissance selon l’association AFM-Téléthon, 20 personnes sont touchées en France. Cette maladie entraîne l’accumulation anormale dans le sang d’une substance, la bilirubine, qui peut être très toxique notamment pour le cerveau. Elle peut ainsi provoquer des dégâts neurologiques très sévères, voire mortels. Le seul traitement qui existe pour les hommes et femmes atteints du syndrome de Crigler-Najjar s’avère être la photothérapie. Pendant 10 à 12 heures, généralement la nuit, les patients sont contraints d’être sous des lampes UV en permanence. 

C’est très contraignant pour les malades et leur famille, notamment lorsque le patient est petit. Les parents vont se lever de très nombreuses fois durant la nuit pour s’assurer que leur enfant reste bien sous les UV.                                                        
Serge Braun, directeur scientifique de l’AFM-Téléthon

Le premier essai clinique pour traiter Crigler-Najjar a été lancé le 12 février 2018 mais les tests ont réellement démarré il y a quelques jours seulement. Dans la semaine du 3 décembre 2018, Melissa, jeune française de 23 ans, a reçu pour la toute première fois le traitement mis au point par le laboratoire Généthon. Si cela fonctionne, elle ne sera plus obligée de vivre près de 12 heures par jour sous des lampes UV.

Le Généthon a ainsi engagé 18 millions d’euros pour développer un traitement. “Le principe consiste à administrer dans le sang un virus qui va aller dans le foie et de délivrer l’enzyme manquant dans les cellules hépatiques. C’est un traitement unique : il suffit d’injecter une fois pour qu’il fonctionne”, explique Serge Braun. Des premiers essais ont été réalisés chez les rats et une seule injection aurait suffi à corriger la maladie sur le long terme selon les chercheurs. Dix-sept patients vont ainsi bénéficier de cette expérimentation clinique dans quatre différents centres en Europe (répartis en France, en Italie et aux Pays-Bas). La durée de l’essai dépendra des résultats.

Cette expérimentation sera totalement financée par le laboratoire Généthon, qui poursuivra entièrement le programme, selon le directeur scientifique de l’association. “Au total, pour aller jusqu’au bout du développement de ce produit, cela coûtera environ 40 millions d’euros.” 

Aujourd’hui, cinq médicaments de thérapie génique font l’objet d’autorisation de mise sur le marché. Sur ces cinq médicaments, quatre ont été mis au point notamment grâce aux dons du Téléthon. Des technologies qui permettent aujourd’hui de soigner d’autres maladies que celles pour lesquelles elles ont été mises au point, précise l’association :

La technologie issue des avancées sur les “bébés bulle” permet aujourd’hui de traiter certains cancers du sang grâce aux cellules CAR-T, des cellules modifiées génétiquement pour tuer les cellules cancéreuses.

Pour Serge Braun, “on est à l’aube d’une vraie révolution médicale” : “La thérapie génique fonctionne et va maintenant se décliner sur un très grand nombre de maladies. Il y a une centaine d’essais cliniques tous les ans en thérapie génique, c’est une nouvelle phase de médicaments qui est en train de voir le jour.”

Répartition des dépenses engagées par le Téléthon par type et par stade de recherche.
Répartition des dépenses engagées par le Téléthon par type et par stade de recherche. •
Crédits : AFM-Téléthon