Rennes: Pourquoi les femmes ont-elles si peu de place sur les scènes musicales?

En 2016, 12 % des groupes qui se produisaient sur les scènes de musiques actuelles françaises comptaient une femme. D’ailleurs, à la tête de ces structures, on ne trouvait que quatre femmes, sur les 53 que compte l’Hexagone. Ce constat établi par le collectif HF Bretagne illustre à lui seul les inégalités qui sévissent dans le monde musical.

« Le premier état des lieux datait de 2006. On pensait que le milieu de la culture était progressiste. On s’est rendu compte que c’était très inégalitaire. On ne s’y attendait pas », témoigne Clémence Hugo, membre de l’association.

« On est sous représentées »

Depuis 10 ans et la publication du rapport Reine Prat, la situation n’a pas vraiment évolué. L’association HF Bretagne a donc décidé d’agir. Ce samedi, elle organise une table ronde sur le thème « Les femmes haussent le son » en marge des
Trans Musicales. Et entend profiter de la présence de nombreux professionnels du secteur pour faire passer son message : « donnez plus de place aux femmes et elles la prendront ».

« On est sous représentées. C’est valable sur scène, parmi les techniciens, dans les structures et même dans le public qui vient aux concerts », insiste Clémence Hugo. L’association a donc invité plusieurs femmes à témoigner de leur parcours. La plus connue d’entre elles est sans doute Eloïse Bouton.

Cette ex-Femen a longtemps œuvré comme journaliste rock et rap. Pas vraiment des milieux réputés féminins. « On m’a souvent reproché d’être féministe et d’aimer le hip-hop. Mais c’est un formatage. Il y a plein de femmes qui font du rap, et dans tous les pays. C’est juste qu’on n’en parle pas », regrette la fondatrice du webzine Madame Rap.

Rennes: Les Vagins Enchantés, le collectif qui met des filles derrière les platines https://t.co/8iGPo6zfhJ pic.twitter.com/39V49OtEAc— 20 Minutes (@20Minutes) September 22, 2018

A l’occasion de la 40e édition, des Trans Musicales, nous avons interrogé le programmateur emblématique du festival à ce sujet. « Il y a beaucoup de filles sur la scène des Trans et depuis longtemps. Mais je ne fais pas de quotas, assure Jean-Louis Brossard. A la technique, on voit de plus en plus de filles. C’est une bonne chose. »


« Pourquoi une femme jouerait mieux de la harpe ? »


Dans les studios de répétition, les femmes ne représentent que 10 % des musiciens. Comment l’expliquer ? « Il y a de multiples raisons, c’est parfois même inconscient. En quoi un homme serait-il meilleur pour jouer de la batterie ? Et pourquoi une femme jouerait mieux de la harpe ? Biologiquement, je ne pense pas que ce soit prouvé », glisse la membre de HF Bretagne.

Le concert de Fuel Fandango aux Trans Musicales de Rennes en 2011. – C. Allain / APEI / 20 Minutes
Aujourd’hui salariée de l’Armada Productions, elle a elle-même subi des remarques sexistes, notamment à ses débuts dans des structures musicales. « J’accueillais des artistes. Mon maître de stage m’a regardé et m’a dit : “avec ton sourire, tu iras loin”. Moi je voulais juste qu’on me juge sur mes compétences », regrette-t-elle.

Pour tenter de faire avancer les choses, le collectif planche sur un « pacte de l’égalité », sorte de boîte à outils à la disposition des structures culturelles. « Il y a plein de petites choses à mettre en place : féminiser les équipes, changer la communication, équilibrer la programmation », énumère Clémence Hugo. A l’écouter, on se dit que le chemin est encore long.

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