Ovation pour l'"Attila" à l'ouverture de la saison de la Scala

Milan (AFP)

La Scala de Milan a ouvert vendredi soir sa saison 2018-2019 avec une version grandiose d'”Attila”, de Giuseppe Verdi, ovationnée par le public.

Les artistes ont été salués par 13 minutes d’applaudissements nourris, et de nombreux “bravo!”, et des pétales roses jetés depuis les baignoires du théâtre.

Certains sifflets ont néanmoins accompagné la montée sur scène du metteur en scène Davide Livermore.

Cette soirée, suivie d’un dîner de gala, est l’un des moments clés de la scène lyrique mondiale et de la vie culturelle italienne. Elle est toujours organisée le 7 décembre, jour de la Saint-Ambroise, le patron de la ville.

Le président italien, Sergio Mattarella, considéré comme le garant des institutions, a été chaudement applaudi pendant cinq minutes avant le début de la représentation, un geste analysé comme un signe de soutien alors que le pays est aujourd’hui dirigé par une coalition populiste.

“La culture et la musique sont le dernier rempart de la démocratie”, a déclaré le président.

“Mattarella mène un mandat extraordinaire, un applaudissement de cette longueur est complètement justifié vu les difficultés qu’il a affrontées et continue à affronter”, a estimé le directeur musical de la Scala, Riccardo Chailly, qui était à la baguette pour cet “Attila”.

– Mise en scène cinématographique –

Davide Livermore avait choisi de placer ce neuvième opéra de Verdi dans une terre occupée d’un “XXe siècle dystopique”.

Mais l’ambiance de son “Attila” est résolument années 1940 et patriotique, avec un drapeau italien bien présent.

Livermore a fait appel aux technologies les plus modernes, en particulier un mur de leds, pour créer via la vidéo des arrière-plans grandioses. Le public est plongé dans une ville détruite ou dans les souvenirs de la courageuse Odabella, qui résiste à l’occupant et finit par tuer Attila.

La mise en scène est quasi cinématographique.

A plusieurs reprises sur scène, un pont grandiose apparaît. Mais contrairement à ce qui était prévu initialement, il ne s’écroule pas quand Attila fait une leçon de morale à Ezio prêt à brader son pays.

M. Livermore a en effet décidé de “changer complètement la scène” quelques jours après la chute d’un viaduc autoroutier ayant fait 43 morts en août à Gênes, par “respect pour les victimes et leurs familles”.

– “Rêve devenu réalité” –

Attila est interprété de façon vibrante par le basse russe Ildar Abdrazakov, qui a été ovationné par le public.

Il a évoqué un “rêve devenu réalité”, en rappelant que jeune, il était tombé amoureux de l’opéra en voyant une vidéo d’une représentation d'”Attila” à la Scala.

Odabella est elle incarnée par la soprano espagnole Saioa Hernandez, qui pour signifier son extrême émotion devant la réaction du public et sa présence à Milan, a baisé la scène.

Elle a souligné que c’était pour elle un “triple début”: “début dans le rôle d’Odabella; à la Scala, un théâtre historique ayant une histoire extraordinaire; et début le 7 décembre, jour important pour le monde lyrique”.

“Toute la soirée a été très intense, même la qualité du silence”, s’est réjoui M. Chailly, en soulignant avoir “senti une tension absolue et continue de la part du public”.

Alors que ce 7 décembre a longtemps été une soirée très exclusive, la Scala s’est ouverte ces dernières années sur l’extérieur.

L’opéra était retransmis en direct par la Rai, la télévision publique italienne, et des chaînes et radios du monde entier.

Une trentaine de lieux de Milan –théâtres, aéroport, marché couvert, hôtels, prisons… — ont également résonné des airs d'”Attila”, avec des projections sur grand écran.

“Milan en ce sens est unique”, s’est félicité M. Chailly.

Pour la suite de sa saison, la Scala, qui a choisi de mettre de nouveau à l’honneur la tradition italienne, présentera notamment “La Traviata” de Verdi, “La Cenerentola” de Rossini ou encore “Gianni Schicci” de Puccini, dans une mise en scène de Woody Allen.