Manifestation des Gilets jaunes à Paris : des commerçants se barricadent

« Moi je fais poser une grille métallique qui me coûte entre 4 000 et 5 000 euros. Depuis 20 ans que je tiens un commerce, je n’avais jamais vu ça samedi dernier. D’ailleurs, j’ai été épargné mais là, je ne prends aucun risque », explique Vincent un commerçant de l’avenue Kléber (XVIe). Si d’autres n’ont pas « investi » dans du matériel de protection lourd, de nombreux artisans étaient à pied d’œuvre ce vendredi pour protéger les vitrines des commerces — aussi bien dans le XVIe arrondissement aux abords et sur les Champs-Elysées notamment au Drugstore — avec des panneaux de bois.

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Des panneaux de bois partout

Le Drugstore des Champs-Elysées (VIIIe) prenait même des allures de camp retranché. Une entreprise installait en effet d’immenses protections histoire de se prémunir des débordements et des casseurs puisque le lieu abrite une épicerie fine mais aussi vend des bijoux, du tabac et possède un restaurant chic prisé des touristes pour sa vue sur l’Arc de Triomphe et les Champs-Elysées. « C’est incroyable de voir en arriver là, souligne Genviève sexagénaire une habituée des lieux. La semaine dernière ils ont tout détruit. Mais là, ce ne sont que des commerçants qui veulent juste travailler. »

Paris, ce vendredi. LP/N.M.

Les mêmes scènes se répètent dans les avenues qui jouxtent les Champs-Elysées. Plus personne ne souhaite prendre le moindre risque et surtout voir une horde déferler dans sa boutique et tout emporter sur son passage. Dans une boutique de vêtements, un vendeur avoue à demi-mot avoir eu « la peur de sa vie » le week-end dernier. Plus loin, plusieurs enseignes avec une vue direct sur la rue, prennent toutes les mesures possibles pour protéger leurs vitres des risques de casse.

La préfecture stricte sur les mesures à prendre

D’ailleurs dès jeudi la préfecture de police, dans un courrier aux commerçants — des avenues Marceau, d’Iéna, Kléber, Victor-Hugo, Foch, Grande armée, Carnot, Wagram, Mac Mahon, Friedland et Ternes mais aussi de la porte Maillot — les invite à « protéger leurs commerces contre d’éventuelles dégradations en apposant des panneaux de protection sur les vitres et retirant les étalages, terrasses, contre-terrasses, véhicules ainsi que tous les objets vulnérables. » Les services du préfet Michel Delpuech demandent aussi aux commerçants de « surveiller les accès afin d’être en mesure de les condamner pour éviter toute intrusion ».

Chaque commerçant devait apposer sa signature au bas du document que nous avons pu nous procurer pour montrer qu’il avait bien été informé. S’il refusait, « l’identité du gérant sera appositionnée sur le présent document avec la mention : refuse de signer ».

Même les palaces parisiens prenaient leurs précautions. Près de l’Etoile, on débarrassait ainsi une terrasse en espérant que cela suffise tout en installant un système de fermeture plus efficace des portes battantes. A l’Arc, célèbre restaurant et boîte de nuit, on terminait même de bâtir un mur après que les grilles ont été arrachées il y a huit jours. Ce vendredi, les derniers coups de peinture étaient donnés pour que les parpaings se fondent dans le paysage. Samedi 1er décembre quelque 142 commerces de la capitale avaient été impactés par les émeutes.

Paris, ce vendredi. LP/N.M. Paris : il vide sa boutique… pour ne pas se faire dévaliser