Les sept moines de Tibéhirine béatifiés en Algérie

C’est une première dans un pays musulman. L’Église catholique a béatifié ce samedi en Algérie dix-neuf religieux et religieuses catholiques, assassinés pendant la guerre civile, entre 1994 et 1996. Parmi eux figurent les sept moines de Tibéhirine.

La mort de ces moines trappistes, enlevés en mars 1996 dans leur monastère de Notre-Dame de l’Atlas, à 80 km au sud d’Alger, avait été annoncée le 23 mai par un communiqué du Groupe islamique armé (GIA). Seules leurs têtes avaient été retrouvées. Les frères Christian, Bruno, Christophe, Célestin, Luc, Paul et Michel avaient entre 45 ans et 82 ans.

Quelque 1 200 personnes, dont des centaines venues de l’étranger, se sont rassemblées sur l’esplanade de la chapelle Notre-Dame de la Cruz, qui domine la ville d’Oran (400 km à l’ouest d’Alger) durant les 2h30 de cérémonie. Que « monseigneur Pierre Claverie […] et ses dix-huit compagnons, fidèles messagers de l’Évangile, humbles artisans de paix […] soient dès maintenant appelés bienheureux », a déclaré le cardinal Angelo Becciu, envoyé spécial du Pape, lisant le décret de béatification en latin. Les applaudissements se sont ensuite mêlés aux youyous.

Les proches des bienheureux ont côtoyé le clergé d’Algérie, des religieux catholiques et des imams, ainsi que le ministre algérien des Affaires religieuses Mohamed Aïssa et le secrétaire d’État français aux Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne. Les accolades entre prêtres et imams présents, lors du « geste de paix » de la messe, ont été très applaudies.

En ouvrant la cérémonie, Mgr Paul Desfarges, archevêque d’Alger, a rendu hommage « aux milliers et milliers de victimes de la guerre civile algérienne […] héros anonymes du quotidien ». Une minute de silence a ensuite été observée.

Dans un message lu par Mgr Becciu, le pape François a souhaité que « cette célébration aide à panser les blessures du passé et crée une dynamique nouvelle de la rencontre et du vivre ensemble à la suite de nos bienheureux ».

« En faisant mémoire de la mort de ces dix-neuf victimes chrétiennes, les catholiques d’Algérie et du monde veulent célébrer la fidélité de ces martyrs au projet de paix que Dieu inspire à tous les hommes », a indiqué le pape. « Ils veulent, en même temps, prendre dans leur prière tous les fils et filles de l’Algérie qui ont été, comme eux, victimes de la même violence. »

Il reste peu de chrétiens en Algérie, la plupart ayant quitté le pays à l’indépendance du pays, où l’islam est religion d’État, mais où la Constitution garantit la liberté de culte.