Les Insoumis rêvent d'une révolution citoyenne

Soutiens du mouvement des gilets jaunes, Jean-Luc Mélenchon et les siens y voient les prémices d’un changement de régime.

Jean-Luc Mélenchon en jubile encore. Mercredi 5 décembre, à la tribune de l’Assemblée nationale, sa réponse au Premier ministre provoque, dès ses premiers mots, les huées des députés La République en marche (LREM). La macronie craint de voir le pays sombrer dans la violence et le chaos, alors que la crise a déjà provoqué plusieurs morts ? Lui enfonce le clou. “Heureux les jours que nous vivons puisqu’enfin la France est entrée en état d’insoumission générale contre un ordre injuste qui durait depuis trop longtemps”, démarre le président du groupe La France insoumise (LFI) au Palais-Bourbon. 

Depuis plusieurs semaines, il en est persuadé : le mouvement des gilets jaunes intègre une bonne partie des caractéristiques de la révolution citoyenne qu’il théorise dans son livre L’Ere du peuple, paru en 2014. S’appuyant sur les exemples latino-américains, tunisien mais aussi espagnol – Los Indignados de la Puerta del Sol, à Madrid -, il y décrit la mécanique qui doit conduire à une prise du pouvoir populaire et à l’avènement d’une VIe République. 

Cahiers de doléances

Ce moment serait arrivé, selon lui. Il ne cesse de citer Lénine : “En haut, on ne peut plus, en bas, on ne veut plus.” Le député LFI de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel partage cet avis. “Le processus de révolution citoyenne a déjà commencé. Il y a une telle envie de renverser la table. Dans la Loire, par exemple, les manifestants organisent des assemblées générales sur les ronds-points qu’ils occupent et rédigent des cahiers de doléances. Ce n’est pas très éloigné des assemblées citoyennes qui débouchent sur la création d’une constituante”, juge-t-il. 

Elu LFI à Clermont-Ferrand, Florent Naranjo avoue lui aussi sa surprise. Venu du NPA et imprégné de réflexes léninistes, le trentenaire était un peu sceptique devant le concept de révolution citoyenne. Voire devant les gilets jaunes eux-mêmes. “Et puis, le 17 novembre, devant le Zénith de Clermont, un petit patron prend la parole. Il ne parle même pas des taxes sur le carburant mais du pouvoir d’achat, des salaires et du coût de la vie”, raconte le concepteur d’applications pour téléphones portables. Les jours suivants, au rond-point de Brezet, la discussion s’engage entre gilets jaunes et conducteurs.  

“Chacun sort de sa case”

Les premières assemblées générales peinent à s’organiser, la plupart des participants n’étant ni syndiqués, ni politisés. “Au début, on parlait surtout des endroits à bloquer. Puis on a commencé à parler de l’actualité, du soutien aux lycéens mais aussi des problèmes des uns et des autres. Chacun sort de sa case. Les différents groupes sociaux sont en train de comprendre leurs intérêts communs”, explique Florent Naranjo. Le militant se marre en glissant avoir entonné la Marseillaise, tout comme les gamins des quartiers nord de Clermont. Il espère désormais le blocage des secteurs stratégiques de l’économie pour “faire en sorte que ce qui se passe sur les ronds-points se reproduise dans chaque entreprise”, comme en 1936 ou en mai 1968. 

Un rêve éveillé d’Insoumis ? Peut-être. Le mouvement tarde à se structurer. Même localement, le moindre porte-parole, plus ou moins auto-proclamé, est rapidement délégitimé. “La démocratie représentative les a tellement laissé tomber qu’il faut un temps d’acceptation avant de déléguer leur parole”, juge le député Insoumis de l’Ariège Michel Larive. Le 3 décembre, il a reçu à sa permanence de Pamiers une cinquantaine de gilets jaunes. Selon lui, les revendications portées correspondent “à 90 %” au programme LFI de 2017, L’Avenir en commun.  

“Ils mettent nos thèses sociales au centre du débat politique. Dans la perspective des européennes, c’est quand même bien mieux que la thématique immigration”, insiste le député, conscient que Marine Le Pen aussi se tient en embuscade. Partisan d’une révolution citoyenne par les urnes, il est sûr d’une chose : “Les gens qui sont dehors depuis trois semaines ne rentreront plus chez eux. Devant l’autisme du gouvernement, ils vont continuer à se radicaliser.” Demain sera un autre jour.