Gilets jaunes. Paris se barricade

Des planches en contreplaqué sont apposées sur les vitrines du drugstore publicis, sur les Champs-Élysées, à Paris.
Des planches en contreplaqué sont apposées sur les vitrines du drugstore publicis, sur les Champs-Élysées, à Paris. (Photos AFP et EPA)

« On barricade tout pour demain » : planches de bois sur les vitrines, monuments fermés, départs à la campagne… Parisiens et touristes se préparent à un éventuel déferlement de violence insurrectionnelle, ce samedi, à Paris, en marge de la manifestation des gilets jaunes.

« On nous a demandé de ramasser tout ce qui traînait, tout ce qui pourrait servir d’armes », explique Aziz, un agent du service propreté de la mairie de Paris, qui charge de la ferraille à l’intérieur de son camion garé dans une rue proche des Champs-Élysées.

Plus loin, deux autres de ses collègues démontent les grilles en fonte qui entourent les arbres du très chic boulevard Malesherbes, envahi le 1er décembre par des casseurs. « Vous imaginez, si quelqu’un reçoit ça en pleine tête ? », s’inquiète l’un deux.


Une cellule de crise sera activée


Une journée de « très grande violence » est redoutée pour ce samedi par les autorités, qui ont déployé pour cet « acte IV » du mouvement des gilets jaunes un dispositif « exceptionnel ».

8 000 membres des forces de l’ordre seront ainsi mobilisés dans la capitale. Une cellule de crise sera activée et 2 000 éléments de mobilier urbain ont été démontés, a précisé Anne Hidalgo, la maire de Paris.

La Tour Eiffel et le musée du Louvre seront fermés, tout comme les Grands magasins du quartier de l’Opéra et les commerces sur les Champs-Élysées, le principal point de crispation. La RATP a annoncé la fermeture au public de 36 stations et gares, samedi, à Paris. Les stations Charles de Gaulle Étoile, Auber, Bastille, Concorde, Opéra, Madeleine seront notamment fermées dès 5 h 30 « à la demande de la police ».

Sur le boulevard Malesherbes, Louise, gardienne d’un immeuble haussmannien, rentre des poubelles dans sa cour. « Nous sommes nombreux dans l’immeuble à partir à la campagne », explique cette femme qui se dit « fatiguée » d’être confinée dans son appartement pour le troisième samedi consécutif.

La semaine dernière, on a eu très peur que la voiture brûle, là au moins on part avec

« La semaine dernière, on a eu très peur que la voiture brûle, là au moins on part avec », explique-t-elle, de nombreux véhicules ayant été incendiés, la semaine dernière.

À quelques numéros de là, un menuisier s’affaire. « On barricade tout pour demain », explique Denis Thibaudet, qui fixe des panneaux en bois pour protéger les vitrines d’une boutique de champagne. « On en pose même à l’étage, si des casseurs lancent des projectiles », ajoute-t-il.


Engins, outils et produits inflammables mis à l’abri


Dans les rues alentour, les mêmes scènes se répètent. Des hommes en vêtement de travail transportent des plaques de contreplaqué pour protéger les commerces. Des ouvriers confinent à l’intérieur des chantiers, engins, outils et produits inflammables.

Dans une petite papeterie située dans une rue adjacente, « pas de contreplaqué », raconte Serge, l’un des employés. « On va juste fermer et espérer qu’il n’y ait pas trop de casse ».

Ce vendredi matin, l’association des commerçants du quartier lui a transmis des consignes telles que « vider les vitrines », « éteindre les lumières », « ne pas occulter les vitres » car « on pourrait penser que l’on cache des objets de grande valeur », souligne-t-il.

Dans la brasserie, juste à côté, c’est la police qui est passée, la veille au soir. « On nous a demandé de rentrer les terrasses, les pots de fleurs, de fermer les rideaux de fer », témoigne la serveuse.


Les touristes s’adaptent


Les touristes semblent, quant à eux, imperturbables. Plan dans une main, appareil photo autour du cou, une Argentine de 28 ans, visite avec sa mère la capitale française jusqu’à dimanche. « On est venues aujourd’hui visiter les Champs-Élysées parce que l’on sait qu’on ne pourra pas demain », explique-t-elle. Au programme, samedi : le Château de Versailles, situé en banlieue parisienne. « Nous n’avons pas peur, ça arrive souvent en Argentine et on continue à vivre notre vie normalement », tient-elle à préciser.

Bientôt on va nous demander d’enlever tous les pavés de Paris !

De l’autre côté de la Seine, les touristes se pressent au pied de la tour Eiffel. Symbole de Paris, « la dame de fer » sera fermée ce samedi, sur ordre de la préfecture. « C’est pour ça que nous sommes là aujourd’hui », explique Kate Johnson, une Américaine de 64 ans en visite avec sa fille.

Autour d’elles, des hommes en gilet jaune et casque de chantier sur la tête s’activent. « C’est pas en soutien, hein ! C’est pour le travail », s’exclame l’un d’eux, amusé.

Les barrières métalliques sont déplacées, des gravats sont déposés dans des bennes. « Tout doit disparaître », s’exclame Michel, 45 ans. « Bientôt on va nous demander d’enlever tous les pavés de Paris ! ».